Rechercher

Badaliya, au nom de l’autre (1947-1962), (Louis Massignon)

présenté et annoté par Maurice Borrmans et Françoise Jacquin, préface du cardinal Jean-Louis Tauran, Paris, Cerf, coll. Patrimoine, 2011, 400 pp.
P. Michel Gitton
Vient de paraître le livre qui permet de comprendre de l’intérieur quel fut le plus intime du chemin de Louis Massignon (1883-1962) à la frontière du christianisme et de l’Islam. Badaliya, terme qu’on peut traduire par substitution, renvoie à l’expérience première de sa conversion en 1908, qu’il sait liée à la prière et à l’offrande cachée de Huysmans, le converti de La Salette. Par la suite, sa fièvre de se donner en offrande de substitution pour les pécheurs et les infidèles ne connaît plus de repos et la petite fraternité qu’il propose en 1937 à Mary Khalil (une catholique de rite grec melkite) est tout sauf un salon où l’on cause et où l’on échange courtoisement sur ses différences religieuses. Le projet qui prend corps après la guerre, au Caire et à Paris, est celui d’une amitié exigeante, exigeante surtout pour les chrétiens, qui s’efforcent de se dépayser pour rejoindre le frère musulman, qui témoignerait à sa façon de la foi abrahamique. On ne peut qu’être impressionné par la qualité intérieure de celui qui porte cette fraternité, et en même temps quelque peu énervé par ce qui semble bien être une naïveté inconfusible, un respect qui confine à l’aveuglement, devant les faiblesses de l’Islam et sa réelle intention qui est de soumettre par tous les moyens le monde à la loi islamique. Face à cette réalité, nous avons droit à toutes les ambiguïtés du « témoignage », de la prédication silencieuse, de la croissance de l’Évangile qui ne se mesurerait pas en chiffres, etc. Est-ce ainsi qu’on pourra servir nos frères de l’Islam et leur ouvrir la porte de la foi ? Qu’il soit permis d’en douter.

P. Michel Gitton, Membre de la communauté apostolique Aïn Karem, directeur-gérant de Résurrection, prêtre du diocèse de Paris.

Réalisation : spyrit.net