Rechercher

Éditorial

L’éloge du Logos
P. Michel Gitton

C’est une dette de reconnaissance dont s’acquitte aujourd’hui la revue Résurrection. Depuis fort longtemps la pensée de celui qui est maintenant notre pape émérite a irrigué notre travail. Non seulement, il nous confia jadis deux articles : « Comment Dieu se donne à connaître » (Ancienne série n°38, 1972, p. 9-14). « Annoncer Dieu aujourd’hui » (Ancienne série n°50, 1976, p. 82-96), mais la trace de ses réflexions sur la relation entre philosophie et théologie, sur l’institution de l’eucharistie, sur l’eschatologie et bien d’autres sujets se retrouverait facilement dans différents numéros de la revue, anciens ou plus récents.

À présent, nous avons voulu manifester par une livraison spéciale notre attachement et notre reconnaissance à ce maître incontesté que Dieu nous a donné et dont la pensée reste pour nous une boussole dans les tourbillons d’aujourd’hui et de demain.

Certains ont voulu le caractériser comme le « dernier pape européen ». L’avenir dira ce qu’il en sera de la nationalité de ses successeurs sur le trône de Pierre. Mais ce qui est sûr, c’est que les problématiques qu’il a esquissées et sur lesquelles il a apporté un enseignement décisif sont sans doute loin d’être périmées. La confrontation avec la sécularisation reste le défi majeur de notre Église, quoi qu’on en dise, et on est sans doute loin d’avoir tiré tout le parti possible des réflexions qu’il a peu à peu rassemblées sur ce thème. Car on peut légitimement penser que ce qui a commencé effectivement par le monde occidental (Europe et Amérique du Nord) atteindra tôt au tard toutes les cultures et toutes les religions du monde, broyant sur son passage toutes les identités, comme c’est déjà si largement amorcé. La réponse ne peut venir que d’un examen en profondeur des sources intellectuelles de ce qui est en jeu dans les processus en cours. Si c’est le christianisme qui a porté en lui les racines de la modernité, comme on peut le penser, c’est d’un nouvel examen des concepts-clefs de liberté, d’autonomie, de tradition, de progrès, etc… que doit partir toute tentative pour redonner un sens à l’aventure humaine. C’est ce que le pape Benoît XVI, dans la suite à Jean-Paul II, nous a appris à faire.

Or la marginalisation de la foi catholique repose pour une part importante sur le sentiment qu’elle est devenue étrangère à un monde qui change vite et se renouvelle sans cesse. Sa prétention à affirmer une vérité définitive qui transcende le temps heurte le constat immédiat de l’évolution accélérée des mœurs et des paradigmes en usage. Un des apports majeurs de Joseph Ratzinger aura été, nous semble-t-il, sur ce terrain, de penser l’apport positif de l’histoire dans une vision du monde qui ne renonce pas à la cohérence : si on peut percevoir dans le devenir un sens et une direction, c’est qu’il possède une finalité, en même temps qu’un commencement, en Dieu.

Pour illustrer cet intérêt porté à la notion d’évolution, nous pouvons prendre deux exemples, apparemment très éloignés l’un de l’autre, celui de l’évolution des espèces animales, menant à l’apparition de l’homo sapiens et celui de l’émergence de la littérature biblique à partir du monde des religions et des mythes du Proche-Orient. Ces deux domaines ont été présents à la réflexion de Josef Ratzinger dès le début de son enseignement, la question de l’évolution a accompagné toute sa carrière intellectuelle [1].

Dans les deux cas, la pensée chrétienne a longtemps vécu dans la conscience qu’il y avait des ordres différents, irréductibles l’un à l’autre, comme le sont les ordres pascaliens. La distinction de l’homme, créature pensante et libre, par rapport à tout l’univers matériel ne remonte pas seulement à Descartes, elle est la base même du droit qui distingue a priori les personnes et les choses. Et, pour ce qui est de la Bible, sa différence avec tous les autres textes religieux de l’humanité a longtemps été tenue comme une donnée de base, à telles enseignes que quand les recherches sur le Proche Orient ont permis de découvrir des textes qui semblaient presque mot pour mot reproduire des passages bibliques, on les a d’abord soupçonnés de plagiats des païens qui avaient pillé la littérature sacrée.

Or il ne s’agit pas de nier les différences, ce que presque personne ne soutiendrait sérieusement : il est difficile de contester que l’espèce humaine a connu un développement intellectuel et culturel sans exemple dans le règne animal. Et, pour ce qui est de la Bible, il serait tout aussi difficile de refuser de reconnaître dans la trajectoire d’Israël et de son Livre quelque chose d’absolument unique dans l’histoire de l’humanité. Mais, ceci étant admis, la vision moderne de l’évolution semble apporter un cadre explicatif tout à fait cohérent pour rendre compte de ces différences : il peut exister un processus continu qui débouche sur l’émergence de nouvelles possibilités, sans qu’on soit obligé d’imaginer pour expliquer ce saut qualitatif autre chose qu’un lent développement des éléments déjà présents, ou au moins potentiels, dans le stade précédent : que ce soit par le rôle dévolu au hasard (Darwin), que ce soit dans la perspective d’une augmentation simplement quantitative (Marx), le « plus » résulte finalement toujours du « moins », sans finalité, ni nécessité de faire intervenir une cause extrinsèque (Dieu par exemple). D’ailleurs les termes de « plus » et de « moins », comme toute hiérarchie mise entre l’avant et l’après, pourront être refusés, comme déjà entachés d’un soupçon de finalité.

On soulignera que l’émergence est tout sauf un arrachement brutal par rapport à ce qui lui sert de support : la Bible parle évidemment le langage des mythes avant toute démythologisation, et les premiers hominidés sont complètement de plain-pied avec les grands singes au point que la distinction est presque impossible à faire entre les uns et les autres. S’il y a émergence d’un élément nouveau (et, encore une fois, on peut difficilement le nier), c’est sur la base d’imperceptibles mutations qui font passer d’une rive à l’autre ; notre perception d’une totale nouveauté vient souvent de la disparition des maillons intermédiaires que précisément les découvertes scientifiques font ressurgir. Il est intéressant de voir qu’un chercheur comme le regretté Jean Bottéro, spécialiste de la littérature mésopotamienne, qui avait commencé par parler de la foi au Dieu unique d’Israël comme d’une nouveauté radicale liée à Moïse [2] en est venu peu à peu à entrer dans une perspective évolutive qui n’y voit plus que la fermentation progressive de données culturelles diverses [3].

On passe facilement de cette présentation des choses à une vision globale que l’on est en droit d’appeler évolutionniste. Celle-ci est devenue, comme l’a remarqué depuis longtemps J. Ratzinger, « une sorte de philosophie première qui représente une véritable base pour une compréhension éclairée du monde » [4]. Les réalités qu’elle cherche à expliquer sont toutes couchées à plat, et n’indiquent aucune direction que l’axe temporel de leur apparition. L’hominisation n’est nullement le terme de l’évolution, c’est un palier comme un autre jusqu’à ce que l’espèce humaine s’efface à son tour devant d’autres formes imprévisibles pour l’instant.

C’est ici que la réflexion chrétienne trouve son point d’application. Elle n’a pas à se prononcer sur le travail de recherche qui continue selon exigences propres, mais il lui revient de mettre en garde contre les limites des constructions théoriques élaborées à partir des découvertes scientifiques pour tenter de donner une vision globale de l’évolution. Dans le même texte, J. Ratzinger cite une remarque du P. Teilhard de Chardin qui en dit long : « ce qui distingue un matérialiste d’un religieux, ce n’est plus le fait qu’il autorise une relation entre l’infrastructure physique et la superstructure psychique des choses, c’est qu’il fixe à tort le point d’équilibre définitif du mouvement cosmique uniquement du côté de l’infrastructure, c.à.d. du déclin ». - « Déclin », car ce que Teilhard appelle ici l’infrastructure, c.à.d. la réalité inanimée qui sert de support à l’apparition du vivant, est alors régie exclusivement par le principe d’entropie [5], la dégradation de l’énergie (à l’inverse du vivant qui est « néguentropie », c.à.d. pouvoir illimité de complexification et de développement).

Entre une présentation qui fait du vivant, et par la suite de l’être pensant, un bourgeonnement (un « pourrissement », dit Benoît XVI) à la surface des choses matérielles et celle qui voit dans la matière la préhistoire de l’esprit, on est placé face à une alternative, que la science ne peut résoudre par elle-même. Dans les deux cas, l’évolution sera prise en compte, mais dans un cas elle sera un mécanisme vide qui ne mène à rien, dans l’autre elle sera le chemin par lequel apparaissent des réalités de plus en plus denses et autonomes.

Finalement cette alternative est celle du « sens » : les choses ont-elles un sens ? L’évolution a-t-elle un sens ? On peut certes le refuser. Mais que restera-t-il après cela de la raison ? Le savant fait par sa simple recherche le pari du sens, les phénomènes ne sont pas un agrégat absurde de phénomènes sans suite. Comme le dit encore Benoît XVI : « la raison peut-elle véritablement renoncer à la priorité du rationnel sur l’irrationnel, au caractère premier et originel du Logos [6], sans s’annuler elle-même ? » (p. 23). Ne peut-on déjà remarquer que l’organisation même des sciences a répondu empiriquement à ces exigences, en dégageant progressivement, pour chaque niveau d’être apparu sur l’échelle de l’évolution, un domaine scientifique distinct, doté de ses procédures propres, développant une approche différente, qui est, notons-le, de plus en plus en interaction avec les sujets concernés (chimie, biologie, psychologie etc…).

Dans l’autre domaine que nous avons envisagé, celui de l’évolution qui a précédé la canonisation des textes formant aujourd’hui la Bible, Benoît XVI est connu pour avoir développé une approche dénommée lecture canonique [7]. Il ne s’agit pas de tourner le dos aux recherches qui sont parvenues à dater plus ou moins précisément les différents matériaux dont est composée la Bible, à en préciser l’origine, à montrer comment différentes influences ont pu se combiner pour parvenir aux textes sur lesquels nous réfléchissons, mais cette approche laisse entière la nécessité de partir de l’autre bout de la chaîne et de postuler un « sens plénier » que portent déjà en germe les toutes les formulations partielles et même tâtonnantes des documents les plus anciens. Les livres retenus dans le canon des Écritures (juives et chrétiennes) ne sont pas n’importe quels écrits, leur regroupement progressif, qui un jour est devenu officiel, s’est opéré autour de la conscience qu’avaient les scribes d’Israël qu’ils portaient entre eux une cohérence (ce qui ne veut pas dire uniformité !), au-delà de leurs différences d’époque, de genre littéraire, de style, d’approche théologique, etc… Cette cohérence n’est pas le résultat de l’effort fait après coup pour synthétiser un héritage complexe en le simplifiant, mais elle accompagne tout le développement, en tissant des liens multiples d’un texte à l’autre. Le jour frisant qu’on veut aujourd’hui projeter sur ces textes pour faire apparaître entre eux des clivages, des tensions, des distorsions n’est pas sans valeur, mais il ne rend pas moins nécessaire la recherche de la continuité postulée par la réalité canonique, car si des hommes, qui étaient conscients comme nous de certaines discordances, les ont laissées en l’état sans chercher à les masquer au moment de les transmettre, c’est qu’ils avaient le sentiment que ces divergences n’étaient pas sans signification et qu’elles contribuaient par quelque côté à la richesse encore plus grande du sens global dont ils se savaient humblement porteurs.

Là encore ce qui est en jeu, c’est la primauté du sens sur le non-sens. La Bible, comme le grand livre du monde, apparaît saturée de sens à qui veut bien prendre la peine de regarder avec cet a priori de confiance. Cela n’empêchera nullement le travail minutieux de repérage des données de détail, la recherche des mécanismes en jeu derrière chaque phénomène, mais si l’ensemble est intelligible, classable, c’est qu’il répond à un projet. On n’est pas obligé pour cela de supposer des coups de pouce de la causalité divine, ni de charger Dieu d’expliquer ce que nous ne sommes pas encore en mesure de comprendre. Le seul miracle, mais celui-là est énorme, c’est qu’il y ait une coïncidence entre notre intelligence et le langage des choses, et que notre esprit puisse décoder le message que lui adresse la réalité.

C’est ce que Benoît XVI rapproche du thème du Logos, pris cette fois-ci en son sens le plus théologique. Si il y a, à la source de tout, non pas une identité vide (« je suis moi »), mais ce premier « accord parfait », le rapport éternel du Père et du Fils dans l’amour (l’Esprit Saint), c’est là ce qui fonde divinement la possibilité pour l’intelligence humaine de penser le même et l’autre, de distinguer pour unir, de repérer des analogies, de réfléchir sur des ensembles. L’homme est doté d’une « logique » qui lui vient du Logos et qui lui permet, non de donner un sens aux choses, mais de déchiffrer avec toutes les ressources de son esprit le sens que Dieu y a mis.

Revenons au Cardinal Ratzinger, qui, dans sa célèbre conférence à la Sorbonne du 27 novembre 1999, déclarait :

il faut se demander si la réalité est apparue par hasard et nécessité (ou, selon Popper se rattachant aux idées de Butler, par luck et cunning – par un heureux hasard et par probabilité), et provient donc de l’irrationnel – la raison, étant un sous-produit dérivé par hasard de l’irrationnel, devient donc insignifiante au bout du compte dans l’océan de l’irrationnel ‒, ou bien si ce qui forme la conviction fondamentale de la foi chrétienne et sa philosophie reste vrai : In principio erat Verbum ‒ Au commencement de toute chose est la force créatrice de la raison [8].

Saint Grégoire de Nazianze exprimait à sa façon la participation de l’intelligence créée au Verbe éternel et sans doute le pape émérite a-t-il médité sur ce texte :

Car ce que le soleil est dans les choses sensibles, ainsi est Dieu dans les choses intelligibles. En effet l’un illumine l’univers visible, l’autre l’invisible. L’un rend les figures corporelles semblables au soleil, l’autre rend les natures intellectuelles semblables à Dieu. Et de même que celui-là (le soleil) donne la puissance à ceux qui voient et à ceux qui sont vus, aux uns de voir, aux autres d’être vus, et lui-même est la plus belle des choses visibles : ainsi Dieu crée, pour ceux qui pensent et ceux qui sont pensés, aux uns la puissance de penser, aux autres d’être pensés, étant Lui-même le sommet des choses intelligibles, auquel tout désir s’arrête et au-delà duquel il ne se porte plus nulle part [9].

Les articles de ce numéro voudraient contribuer à mettre en valeur cet aspect de l’héritage de notre pape émérite. Nous remercions d’abord notre ami Rémi Brague, longtemps lié à l’aventure de Résurrection, qui nous a confié ses réflexions sur le thème de notre numéro : « ontologie et histoire », deux mots qui semblent s’opposer, mais qui trouvent leur terrain d’entente paradoxal dans le cadre de la foi chrétienne, qui se veut dépendante de l’initiative de Dieu, le Dieu éternel et Tout Puissant, qui a voulu avoir commerce avec le temps des hommes.

Nous avons voulu publier à nouveau l’article de Jean Lédion paru dans un numéro précédent, qui, partant de la thèse de Josef Ratzinger sur la théologie de l’histoire de saint Bonaventure, nous révélait une vision de l’eschatologie qui ne fait pas du temps de l’Église une simple période d’attente : pour beaucoup, sous prétexte que tout a déjà été donné en plénitude dans le Mystère pascal, aucun évènement vraiment significatif ne serait à prendre en considération entre l’Ascension et la Parousie. Suivant en cela Joachim de Flore, Bonaventure considère que l’apparition du renouveau spirituel, qui a abouti pour lui au franciscanisme, détermine un moment décisif dans l’histoire du salut. L’histoire n’est donc pas vaine, et, même après la venue de Jésus, Dieu parle à travers elle.

Alexis Fogelman nous fait entrer dans le dialogue qui s’est noué entre deux des plus grands théologiens allemands du XXe siècle, Karl Rahner et Josef Ratzinger, et qui a tourné autour de la particularité historique de la foi chrétienne et de sa revendication à l’universalité. Là où Rahner cherche une structure générale dont l’acte de foi « catégorial » ne serait qu’un cas particulier, Ratzinger nous montre la démarche de Dieu prenant le risque des aléas de l’histoire pour rencontrer personnellement chaque liberté humaine qui s’ouvre aux signes que Dieu lui a laissés.

Isabelle Rak a voulu quant à elle se pencher sur le document Dominus Jesus, élaboré par le Congrégation pour la doctrine de la foi en 2000 sous la responsabilité du cardinal Ratzinger (et approuvé par Jean-Paul II) et qui convie les hommes de toute religion et de confession chrétienne à se situer avec nous dans une attitude de dialogue autour de la Vérité, car aucune unité sérieuse ne peut venir d’un consentement mou qui laisse pendantes toutes les questions qu’engage la foi. Si Dieu a parlé pour se faire entendre des hommes, c’est que sa révélation n’est pas livrée à l’arbitraire des habitudes de pensée et des différents héritages culturels, il nous faut chercher ensemble, humblement, la trace de la vérité, dont il a mis l’instinct en nos cœurs.

La question de la véritable portée du concile Vatican II n’a cessé d’accompagner Josef Ratzinger depuis ses débuts comme prêtre et théologien jusqu’aux plus hautes fonctions magistérielles. Le P. Éric Iborra nous montre ce qu’est cette herméneutique de la continuité qu’il a défendue et illustrée sans cesse. C’est un grand encouragement à reprendre les textes du Concile et à les relire, non comme une nouveauté absolue, ni comme un simple rappel du passé, mais comme ouvrant des voies réellement nouvelles, parce que solidement fondées sur le roc de la foi apostolique.

L’enseignement moral du Pape Benoît XVI mériterait une étude en lui-même, cette partie de la théologie, qui était moins directement son domaine au départ, a été abordée par lui avec le souci de rejoindre la réalité contemporaine sans rien perdre de la richesse doctrinale portée par la tradition de l’Église. Sur question du genre, il est intervenu, non sur les recherches elles-mêmes qui ont été menées et qui doivent être prises en considération, mais sur les extrapolations qui en ont été tirées pour soutenir une politique. C’est ce que nous montre le P. Laurent Sentis.

La thèse de Peter S. Kucer, que résume pour nous Alexis Fogelman, met en valeur l’originalité de J. Ratzinger face à un théoricien dont on pourrait penser a priori qu’il est proche de ses convictions, John Milbank, un des fondateurs du mouvement Radical Orthodoxy. Celui-ci a attiré l’attention sur Giambattista Vico, un penseur des années de la fin du XVIIe siècle et du début du XVIIIe, auteur de toute une théorie de la connaissance qui relativise l’ontologie au profit d’une approche historique de l’homme et de ses œuvres. Mais, pour le pape émérite, le rapprochement ne peut se faire au détriment du caractère définitif de la vérité sur Dieu et sur l’homme, la connaissance part de l’histoire, mais ne réduit à la constatation d’un devenir.

Les différents articles ne prétendent pas épuiser l’intérêt de la question, ce ne sont que des coups de sonde dans un domaine qui devra être approfondi. Mais, tel qu’il est, ce numéro voudrait dire à notre cher pape émérite l’immense merci qui monte de nos cœurs pour tant de leçons dont nous souhaitons vivre.

P. Michel Gitton, Membre de la communauté apostolique Aïn Karem, directeur-gérant de Résurrection, prêtre du diocèse de Paris.

[1] On cite ses conférences radiodiffusées de 1968 sur « foi en la création et théorie de l’évolution » et on sait aussi qu’en 2006, il a réuni un séminaire de ses anciens élèves à Castel Gondolfo sur le thème « Création et Évolution ». Plusieurs des passages que nous allons citer sont repris à l’introduction du cardinal Schönborn, parue dans Création et Évolution, Parole et Silence, 2007, qui cite divers discours de Ratzinger-Benoît XVI sur les questions concernées.

[2] Babylone et la Bible, Entretiens avec Hélène Monsacré, Les Belles Lettres 1994, p. 223 : « une vision religieuse d’une totale nouveauté ».

[3] Au commencement étaient les dieux, Paris, Pluriel, 2004

[4] Discours à la Sorbonne du 27 novembre 1999, cf. Schönborn, op. cit., p. 20.

[5] « Le deuxième principe de la thermodynamique ou principe d’évolution des systèmes affirme la dégradation de l’énergie : l’énergie d’un système passe nécessairement et spontanément de formes concentrées et potentielles à des formes diffuses et cinétiques (frottement, chaleur, etc.). Il introduit ainsi la notion d’irréversibilité d’une transformation et la notion d’entropie. Il affirme que l’entropie d’un système isolé augmente, ou reste constante » (Wikipedia).

[6] Le Logos est le Verbe dont parle saint Jean au début de son Évangile. Mais, en grec, logos dit à la fois la parole et la raison (et aussi la proportion) : la pensée philosophique est née dans la lumière du logos, où se dévoile l’être des choses.

[7] Une bonne introduction dans l’article d’Olivier Artus, « la lecture canonique de l’Écriture – Une nouvelle orientation de l’exégèse biblique », dans Communio XXXVII/3, mai-juin 2012, p. 75-85.

[8] Cité dans Schönborn, op. cit., p. 22-23.

[9] Sur Athanase, discours 21,1 (PG 35, 1084).

Réalisation : spyrit.net