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Le Chant de Pâques. (Sédulius)

Paris, J.P. Migne, coll. Les Pères dans la foi n°103, 2013, 270 pp.
P. Michel Gitton

La politique des éditeurs de la collection « Les Pères dans la foi » consiste actuellement à varier les approches, et, au lieu de fournir la publication des différents ouvrages des grands auteurs de l’époque patristique l’un après l’autre, il s’agit de réunir soit des florilèges de textes sur un thème donné, soit de faire connaissance avec des genres mineurs, ou que nous croyons tels. C’était le cas des « lettres édifiantes » réunies dans le dernier titre de la collection (La lettre au service du Verbe), c’est encore le cas des paraphrases édifiantes de Sédulius que nous analysons aujourd’hui (le Chant de Pâques).

Nous savons que les chrétiens de l’époque patristique et encore ceux du Moyen-Âge ont beaucoup aimé ce genre, versifié ou non, et de grands noms comme Grégoire de Nazianze n’ont pas dédaigné de s’y adonner. Sédulius, sur lequel on est très mal renseigné, vivait sans doute dans la première moitié du Ve siècle, en Italie ; il fait partie, à ce que l’on voit, de cette élite cultivée déjà profondément christianisée, attirée par la vie religieuse comme Sulpice Sévère ou Paulin de Nole. Il se réfère à un maître spirituel auquel il fait hommage de ses œuvres et qui semble avoir eu sur lui une profonde et durable influence, mais qui n’est pas autrement connu, Macédonius. L’œuvre se partage entre une version poétique, c.à.d. versifiée et une forme de peu postérieure et sensiblement différente, en prose.

À la lecture de ces textes, chargés de réminiscences poétiques, tout autant que de sève biblique, on admire sans doute la ferveur qui la sous-tend, on découvre de-ci de-là quelques belles trouvailles. Mais la longueur, la surcharge, le goût pour les effets littéraires, tout nous fait regretter la simplicité du texte original, avec lequel l’auteur prend parfois des libertés. On ferme les yeux sur l’apparition du Christ à la Vierge Marie, que Simplicius n’est pas le dernier à imaginer, mais on est plus gêné de déformations comme celle qui amène à parler du paralytique de Nazareth (sic), alors qu’il s’agit de l’épisode du paralysé porté par ses amis au pied de Jésus à Capharnaüm. Il est vrai que le texte de Matthieu (9, 1-8) ne porte pas le nom de Capharnaüm (à la différence de Mc 2,1), mais dit « sa ville ». Il n’en faut pas plus pour Sédulius qui brode : « de là, le Seigneur passant par mer sur d’autres rives, entra sur sa terre natale, là où il voulut naître dans son corps et où son père lui-même fixa sa patrie » (p.118, le livre en prose ne dit pas autre chose, p. 248). Capharnaüm devient Nazareth et Nazareth devient Bethléem ! Le Père ou le père (Joseph) ? On ne sait. Des méprises de ce genre, qu’on devine assez nombreuses, empêchent de goûter la poésie qu’essaie de rendre au mieux la traduction de Bruno Bureau. Les notes, dont la plupart ne dépassent pas le niveau de nos anciens Lagarde et Michard, n’y aident pas non plus.

Objet d’étude, certes, témoins d’un temps et d’un goût, cette œuvre ne détrônera pas la Vie de Jésus-Christ de Ludolphe le Chartreux, ni mêmes les Visions de Catherine Emmerich.

P. Michel Gitton, Membre de la communauté apostolique Aïn Karem, directeur-gérant de Résurrection, prêtre du diocèse de Paris.

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