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Riches et pauvres dans l’Église ancienne (collectif)

nouvelle édition revue et augmentée, Paris, édition J.-P. Migne, coll. « Lettres chrétiennes » no 2, 2011, 404 p.
P. Michel Gitton

La notice au revers de la page de titre nous apprend que « le présent volume est la réédition entièrement renouvelée du volume publié par A.-G. Hamman et F. Quéré en 1962 dans la collection "Ichtus" et réimprimé en 1982 ». De fait, on peut apprécier la traduction complètement révisée, ainsi que les notices et le guide thématique, également nouveaux. L’introduction historique de notre ami Jean-Marie Salamito retiendra spécialement l’attention ; on y trouve non seulement un éclairage sur les textes, leur thématique et leurs sources, mais un aperçu du contexte socio-économique où s’inscrivent leurs auteurs.

L‘idée du dossier (qui remonte à la première édition) est de rapprocher un texte extrêmement suggestif d’un des premiers Pères (Clément d’Alexandrie) sur la question de la richesse et les enseignements de tout un groupe d’évêques des IVe et Ve siècles sur la conduite à tenir pour les chrétiens détenteurs de richesse. Le traité de Clément (qui vient de connaître une édition critique et une traduction dans la Collection des Sources Chrétiennes [1]) reste pionnier en ce domaine. Se détachant d’un mépris pour les richesses, encore présent dans les milieux encratites, il s’agit pour lui d’affirmer, dans une société chrétienne où règne une certaine aisance et où coexistent des riches et des pauvres, la légitimité de l’usage des biens de ce monde, à condition d’être conscient des graves responsabilités que crée la possession.

Les sermons des grands évêques des siècles suivants, dont on nous donne tout un florilège, recouvrent tous les domaines : depuis le rappel des devoirs positifs en matière de bienfaisance, jusqu’à des considérations de justice sociale. C’est chez eux que se formule pour la première fois la thèse, promise à un grand avenir, de la « destination universelle des biens », la propriété privée n’étant qu’une mesure de protection, et qui n’est pas absolue, surtout lorsque la misère réduit les pauvres à la dernière extrémité.

On aura bien intérêt à entendre les plaidoyers vibrants des Pères pour que l’on prenne en considération la personne des pauvres. Dieu, lui, les connaît par leur nom (le pauvre de la parabole est nommé, c’est Lazare, là où le riche n’a même pas de nom, juste retour des choses d’ici-bas !).

P. Michel Gitton, Membre de la communauté apostolique Aïn Karem, directeur-gérant de Résurrection, prêtre du diocèse de Paris.

[1] Édition de Carlo Nadi et Patrick Descourtieux, Cerf, coll. « Sources Chrétiennes » no 537, 2011.

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