← Rechercher dans les archives
N° 36 (ancienne série) · Juil-Sept 1971
Religion, Métaphysique, Révélation
Que le christianisme ne soit pas simplement une forme de la religion, de la connaissance naturelle de Dieu, c’est une chose qu’il est important de redire. Mais notre temps a vu paraître une opinion inverse. Le christianisme n’aurait rien à voir avec la religion. Bien plus son essence serait de contester celle ci. On pose d’autre part que notre temps est celui de la fin de la religion. Il y aurait donc comme une remarquable coïncidence du christianisme et de la mentalité moderne. Ils auraient ceci de commun qu’ils seraient source de sécularisme. Le problème serait de savoir alors ce que devient le christianisme dans un monde postreligieux. Il devient l’expression de la suffisance de l’homme à lui même, qui trouve par ailleurs dans la technologie son moyen d’expression.
Il n’est pas besoin de souligner les sophismes et les confusions qui sont à la base de pareilles affirmations. Il y a l’affirmation que la révélation détruit le sacré, alors qu’elle ne détruit que l’idolâtrie. Il y a l’affirmation que la science élimine la religion, alors qu’elle en fait cruellement sentir le besoin. Il est pitoyable que des chrétiens se soient faits les disciples d’idéologies antireligieuses au moment même où nous assistons à la faillite de ces idéologies. Mais enfin tout ceci nous oblige à réfléchir sur ce qu’est la religion pour le christianisme. Par religion nous entendons le fait que, l’homme étant par son être en relation avec Dieu, la reconnaissance de cette relation est constitutive de l’accomplissement, de son être, en sorte que le défaut de cette reconnaissance en fasse un être mutilé et incomplet. Cette reconnaissance est d’abord le fait religieux comme tel ; elle peut devenir réfléchie c’est alors le fait métaphysique, métaphysique pour nous s’identifiant à théodicée.
La tendance à opposer religion et révélation est apparue dès les origines du christianisme dans le gnosticisme. L’essence de ce mouvement était de contester que le Dieu de la religion, connu à travers le monde et la conscience, fût le vrai Dieu et de lui opposer le Dieu de Jésus-Christ. C’est contre ce dualisme que saint Irénée a affirmé la continuité de la création et de la rédemption. L’homme que le Fils de Dieu vient sauver est celui que ce même Fils de Dieu a créé dès l’origine. C’est cet homme que par l’incarnation il vient saisir pour le libérer du mal et pour l’introduire dans la gloire. Ce qui est sauvé est ce qui a été créé. Et ceci implique que la création est foncièrement bonne. C’est par ailleurs l’homme tout entier que la gloire transfigure. L’homme est appelé à la maîtrise de la matière, et cette souveraineté s’accomplit par la transfiguration du corps. Il est appelé à vivre avec des frères et cette charité s’accomplira dan la communion des saints. Il est appelé enfin à connaître et à aimer Dieu; et cette contemplation s’accomplira dans la vision béatifique.
C’est de ce dernier aspect qu’il s’agit ici. La vision de Dieu à laquelle l’homme parvient par la grâce implique qu’il a été créé capable de connaître et d’aimer Dieu. C’est cette dimension de son être que la grâce purifie et accomplit. Or cette dimension est la religion. Elle est la part la plus précieuse de l’homme. Comment le Christ, qui sauve tout l’homme, ne sauverait il pas cette part, la plus précieuse de lui même ? La religion fait partie de ce qui a été créé. C’est ce que l’Ecriture signifie en disant que l’homme a été fait à l’image de Dieu. C’est la dignité même de son intelligence qu’elle ne soit pas seulement capable de dégager les lois du monde matériel, de pénétrer dans l’intériorité des autres par le témoignage, mais qu’elle soit aussi capable de connaître celui qui l’a faite et duquel elle se reçoit à chaque instant.
Cette connaissance de Dieu fait partie de l’expérience humaine universelle. Elle n’est pas une chose parmi les autres choses. Elle est la profondeur de toutes choses. Elle est ce dont toutes choses éveillent la soif sans la donner pleinement. A travers la passion de la recherche, l’intelligence vise non pas l’intelligibilité de telle ou telle réalité partielle, mais ce qui donne à toute réalité d’être intelligible. A travers la beauté de telle ou telle merveille de la création, c’est la Beauté même dont le désir blesse son coeur. A travers l’exigence de sa conscience, elle perçoit un Bien qu’elle ne peut pas ne pas aimer et qui fonde seul l’obligation par laquelle elle se sait liée.
C’est donc à l’intérieur de lui même que l’homme rencontre ce qui le dépasse. Il prend conscience que, dans la racine même de son être, il est en rapport avec un Autre. La religion sera la reconnaissance joyeuse de cette radicale dépendance. L’homme éprouve qu’il ne dispose ni de son origine, ni de son sens, ni de son terme. L’expression concrète de cette dépendance est la prière. Elle constitue un des grands royaumes de l’expérience humaine. Elle est prière d’adoration devant le poids presque trop lourd de la gloire incréée perçue dans ses reflets créés. Elle est prière d’action de grâces, eucharistie, reconnaissance devant les dons qui descendent du Père des lumières. Elle est demande, conscience d’une radicale indigence et obscure certitude d’un Amour qui saura y répondre.
Mais par ailleurs cette réponse au don de Dieu est le fait d’une volonté libre. La connaissance de Dieu n’est pas d’ordre purement spéculatif. Elle engage l’homme tout entier. Elle n’est pas neutre. Elle comporte une décision. Elle est entraînée avec tout l’homme dans le drame du salut. Il y a des péchés contre Dieu. Il y a la possibilité pour l’homme du refus de Dieu. Sa responsabilité est engagée. Là aussi il est exposé aux suggestions du Malin. La religion demande cette conversion du coeur à laquelle l’homme se refuse parce qu’il a peur de ses exigences. Il cherche tous les divertissements, ceux du travail comme ceux du loisir, pour éviter d’être confronté à Dieu. Surtout, reconnaître Dieu implique pour l’homme de renoncer à sa suffisance, d’accepter de n’être plus à soi, d’entrer dans la vie de l’amour. Son intelligence s’y refusera, dans sa prétention à se faire la mesure de toute chose, et sa volonté, dans son effort pour se constituer son propre projet et se donner sa propre loi.
Le refus de Dieu peut se constituer en idéologie et prendre ainsi un caractère collectif. C’est ce qu’on appelle de façon générale le sécularisme. Dans une situation de ce genre, les esprits se trouvent pris dans un contexte dont Dieu est absent et sont informés par ce contexte. Une sorte d’écran se constitue qui les empêche de percevoir les signes à travers lesquels Dieu ne cesse de parler. On arrive alors à un type de société où c’est l’absence de Dieu qui apparaît comme la réalité normale et la religion comme une survivance étrange. Il peut arriver que cette crise religieuse tienne à ce que les signes à travers lesquels s’exprimaient les religions ne soient plus perçus. Le problème sera alors de rejoindre les expériences nouvelles à partir desquelles la rencontre avec Dieu peut s’opérer. Si la rencontre avec Dieu présente en effet toujours les mêmes caractères fondamentaux, elle peut prendre son point de départ dans des expériences différentes. Et c’est ainsi qu’un décalage peut se créer entre les religions historiques et l’expérience religieuse vivante.
Mais qu’il s’agisse d’un refus individuel ou d’une opacité collective, la privation de la dimension religieuse reste toujours quelque chose de contraire à la nature et constitue une sorte de mutilation. La religion n’est pas une matière à option, une interprétation possible entre d’autres interprétations. Elle est constitutive d’un humanisme complet. L’absence de Dieu aussi bien dans la pensée d’un individu que dans la vie d’une société crée toujours un vide, est un obstacle à l’épanouissement, trahit une indigence. Si étendue qu’elle soit et elle l’est plus apparemment que réellement , elle constitue un scandale, le scandale par excellence, la radicale subversion. Car Dieu est celui qui existe souverainement, qui est la suprême merveille, qui est la source de toute vie. Si être intelligent c’est connaître la réalité, l’oubli de Dieu est un manque d’intelligence. C’est pourquoi, quelles que soient les qualités que puisse par ailleurs présenter un athée, l’athéisme est toujours quelque chose avec quoi il ne peut y avoir de compromission.
Historiquement la rencontre avec Dieu, constitutive de l’homme, s’exprime à travers les diverses religions. Ces religions ne sont pas diverses en tant qu’elles n’auraient pas le même objet. Toutes sont l’expression de la recherche du même Dieu. Mais cette recherche de Dieu s’exprime selon les peuples d’après la diversité des génies religieux. Les religions sont des créations de l’homme. Elles sont même les plus hautes créations de l’homme. C’est à travers elles que le génie des peuples s’est exprimé de la manière la plus haute. Ce qui est vrai des diversités dans l’espace l’est aussi des diversités dans le temps. Chaque grande époque a son type de génie religieux, comme son génie politique ou artistique. Précisément un des problèmes aujourd’hui cet de percevoir quelles sont les formes que prend la recherche de Dieu dans la civilisation industrielle.
Toute religion étant recherche de Dieu comporte sa vérité. Mais cette recherche, étant le fait de l’homme, comporte toujours sa part d’erreur. Il y a donc toujours dans les religions une sorte de mélange. Elles ne sont jamais pures. Ceci est vrai au niveau des croyances. Cherchant l’absolu, l’homme peut le situer là où il n’est pas, dans les réalités créées. C’est ce qu’on appelle l’idolâtrie. Toutes les religions ont leur part d’idolâtrie. Ceci est vrai des religions historiques. Mais notre temps aussi présente ses idolâtries. On peut identifier Dieu avec le sens immanent de l’histoire. On peut le confondre avec la totalité humaine. Il y aura transcendance par rapport à l’individu, mais ce sera une fausse transcendance.
C’est cette idolâtrie que les prophètes de l’Ancien Testament n’ont cessé de dénoncer. C’est elle qu’aujourd’hui encore juifs, musulmans et chrétiens ont toujours à dénoncer. Mais ce que la Bible et l’Evangile dénoncent est l’idolâtrie et non la religion. C’est pourquoi c’est une erreur que font aujourd’hui nombre de théologiens, quand ils voient dans la Bible une critique du sacré et dans les prophètes, les premiers des désacralisateurs. D’où les attaques contre la religion naturelle, contre la connaissance naturelle de Dieu dont témoigne toute une littérature. Il y a là une confusion totale. C’est la sacralisation indue de la nature et du pouvoir que dénonce la Bible, non le caractère sacré que toute réalité revêt en tant qu’elle est créature et signe de Dieu. En détruisant ainsi la religion, c’est la réalité même que la révélation vient sauver que l’on détruit, c’est sa raison d’être qui disparaît.
Ce qui reste vrai, c’est que l’homme religieux comme tout l’homme est marqué par le péché. Certes la tradition chrétienne, de saint Paul au Concile du Vatican, a toujours affirmé que l’intelligence humaine était capable de connaître Dieu et son coeur de l’aimer. Elle n’a jamais dit que, laissée à elle même, l’intelligence humaine pouvait parvenir à connaître Dieu dans la vérité de ce qu’il est. C’est pourquoi c’est dans la lumière de la révélation que la connaissance naturelle de Dieu s’accomplit dans sa propre ligne. Ce qu’on peut appeler philosophie chrétienne est cela. C’est ce que l’homme pouvait connaître de Dieu par son intelligence, mais qu’il ne connaît en fait qu’aidé par la révélation. Ici encore la révélation vient saisir l’homme religieux.
Par ailleurs, il est très important de dire que lorsque l’Evangile est annoncé aux hommes d’une religion et accueilli par eux, non seulement il ne détruit pas cette religion, qui est la forme propre chez ce peuple de la recherche de Dieu, mais il lui permet de s’accomplir dans sa propre ligne. Il la purifie de ses erreurs, il en dégage les vertus. Il n’en serait autrement que si l’Evangile était imposé à ce peuple sous la forme qu’il a prise chez un autre peuple. Un Indien qui devient chrétien n’a pas à devenir chrétien à la manière anglaise, pas plus qu’un grec ancien, en devenant chrétien, n’avait à le devenir à la manière juive.
Non seulement la révélation purifie la religion, mais elle l’accomplit. La religion était une recherche de Dieu. Mais cette recherche, l’homme laissé à lui même ne pouvait en atteindre pleinement l’objet. Il pouvait affirmer l’existence de Dieu, il en restait séparé par l’abîme de la transcendance. Cet abîme Dieu seul pouvait le franchir. C’est là le sens profond de la révélation. Elle est le geste de Dieu venant vers l’homme, pour permettre à l’homme de monter vers Dieu. La religion était recherche de Dieu par l’homme, la révélation est recherche de l’homme par Dieu qui permet ainsi à l’homme de trouver Dieu.
Mais ici encore nous voyons la signification que garde l’homme religieux dans le mystère chrétien. Il est ce que Dieu vient chercher pour lui permettre de s’accomplir au delà même de ses voeux. Si l’homme ne cherche pas Dieu, s’il n’est pas un être religieux, la révélation perd tout son sens. Ou bien elle vient ajouter à l’homme quelque chose qui lui était radicalement étranger. Elle n’est pas alors salut de l’homme. Elle lui substitue une réalité étrangère. Nous retrouvons le gnosticisme dont nous parlions au début. Aussi bien cette transfiguration de la religion par la révélation est elle toujours progressive. Nous ne sommes jamais que des païens en voie de conversion. Ainsi le christianisme assume et ne détruit pas l’homme religieux, mais le transfigure. Il serait autrement inhumain. Or le sens même du mystère de l’Incarnation est que c’est l’homme tout entier que le Fils de Dieu sauve.
La connaissance naturelle de Dieu est dans la religion un fait humain universel. Elle n’est pas réservée à quelques intellectuels. Elle est aussi bien le fait des humbles et des petits. Mais ce donné premier, il est légitime et nécessaire, autant que possible, d’en vérifier les démarches, d’en critiquer les expressions, d’en réfléchir les fondements. La connaissance religieuse, telle que nous l’avons examinée jusqu’à présent, se prolongera en connaissance philosophique. Or cette connaissance philosophique de Dieu a été souvent contestée. Son statut en régime chrétien est à déterminer.
C’est elle dont aujourd’hui particulièrement un certain fidéisme fait bon marché. Il ne voit pas qu’ainsi il risque de laisser le domaine de la pensée rationnelle à de pseudo métaphysiques ou même à l’abandon de la métaphysique. Par ailleurs il renonce par là à montrer que la foi est quelque chose d’intelligent, dont on peut rendre compte, qui résiste à la critique. Il en fait une décision arbitraire, subjective, incommunicable. La grande faiblesse de la culture chrétienne actuelle est l’absence de métaphysique.
Et, comme on ne peut se passer de métaphysique, elle se trouve ainsi livrée à de fausses métaphysiques. Et c’est ainsi qu’on voit l’exégèse ou la morale se dévoyer par carence philosophique.
Ce qui a suscité de notre temps une désaffection à l’égard de la métaphysique telle qu’elle était conçue dans l’enseignement catholique est que cette métaphysique était identifiée à une certaine forme de métaphysique, celle de saint Thomas. Cette métaphysique reste actuellement parfaitement valable. Rien n’est d’ailleurs plus absurde que d’appliquer aux métaphysiques le principe, valable pour les théories scientifiques, selon lequel les nouvelles hypothèses éliminent les anciennes. Péguy avait déjà fait justice de cette vision historisante de la philosophie. Aristote n’a pas rendu Platon périmé, ni Kant saint Thomas. Il n’y a pas de révolutions coperniciennes en métaphysique. Surtout, comme c’est le cas aujourd’hui, quand il y a un nouveau Copernic tous les ans.
Il y a une unité foncière de la métaphysique, quand sa démarche est correcte. L’histoire de la métaphysique n’est pas celle de systèmes parfaitement hétérogènes qui ne seraient chacun que l’expression de la singularité individuelle ou le reflet du contexte social. Il y a une unité de l’objet, il y a une unité de l’esprit, il y a une unité de la démarche. Mais cette commune démarche peut prendre son point de départ dans des donnés différent. En ce sens il n’y a jamais qu’une preuve de l’existence de Dieu, qui consiste à montrer que cette existence est impliquée dans des données par ailleurs indubitables de l’expérience humaine. Mais ces données indubitables ne sont pas nécessairement les mêmes, ou du moins ce ne sont pas les mêmes qui apparaissent comme le meilleur point de départ.
Ainsi la preuve kantienne de l’existence de Dieu à partir de la raison pratique et des implications de la conscience morale est parfaitement valable. Mais je n’ai jamais compris en quoi elle rendait caduque la preuve de saint Thomas par la finalité. La preuve blondélienne de l’existence de Dieu à partir des exigences de l’action et de l’implication de la volonté voulante dans la volonté voulue ne fait aucunement que la preuve augustinienne à partir de l’exercice même de la vie de l’esprit et de sa référence à une vérité qui en est la norme soit pour autant sans valeur. La démarche valable pour tel esprit sera celle qui partira de ce qui pour lui est l’indubitable, le plus évident.
C’est là ce qu’on peut appeler la philosophia perennis, c’est elle qui, reprenant un certain nombre d’affirmations valables de la pensée antique et les perfectionnant à la lumière de la révélation, a suscité dans les premiers siècles de notre ère de grands philosophes juifs, comme Philon, chrétiens comme Grégoire de Nysse et Augustin et, au Moyen Age, musulmans comme Avicenne, chrétiens comme saint Thomas. Il ne faut pas oublier que cette métaphysique occupe quinze siècles d’histoire. Ce qui est vrai, c’est qu’elle doit perpétuellement rejaillir de l’expérience d’une époque, qu’elle doit être perpétuellement conçue et renouvelée, qu’elle ne doit jamais devenir une tradition scolaire coupée de l’expérience vécue, tout en cherchant perpétuellement un stimulant chez ceux qui l’ont développée de façon plus géniale.
Loin que la foi détruise l’intelligence, elle la libère de ses incertitudes, elle lui permet de s’élancer joyeusement et hardiment dans l’exploration de l’être. Cette exploration est déjà à son niveau ce que fait la pensée scientifique. Et celle ci, par son réalisme, donne à la métaphysique de grands exemples. Mais il est pitoyable que la métaphysique, elle, doutant d’elle-même, rampe au niveau d’un positivisme qui l’empêche de s’emparer des espaces pour lesquels elle est faite et d’accomplir la tâche que les scientifiques eux mêmes attendent d’elle. C’est dans le climat de la grâce que l’intelligence peut atteindre son suprême achèvement. La trahison des chrétiens en ce domaine est une trahison à l’égard de l’homme.
Le refus de la métaphysique est un corollaire de l’athéisme. Car la métaphysique implique la reconnaissance d’un donné. La reconnaissance de ce donné implique qu’on ne se le donne pas à soi même. Elle implique donc qu’on le reçoit d’un autre. Elle est donc déjà acceptation de Dieu. C’est pourquoi il y a dans une certaine fureur contre l’ontologie l’expression d’un refus de Dieu. L’athéisme a besoin que le monde soit absurde. Ou qu’il soit une pure matière à quoi l’esprit donnerait seul un sens. Mais non pas dont il aurait à découvrir le sens pour pouvoir d’ailleurs coopérer avec celui qui a donné le sens. Qu’il y ait ainsi une damnation de l’esprit qui choisisse le néant pour n’avoir pas à rendre grâce de l’être, cela est dans la logique du refus.
Mais que des chrétiens dénoncent la métaphysique, qu’ils rejettent toute ontologie, c’est là quelque chose qui n’a pas de sens. C’est un blasphème contre une création dont leur foi les oblige à reconnaître la valeur. C’est une sorte de contradiction interne. C’est cette contradiction qui les établit dans cette sorte de conscience malheureuse où ils ne sont capables que de contester et jamais d’attester. C’est elle qui provoque leur stérilité. Car on ne crée que dans la joyeuse certitude. Petite fille intelligence, petite lumière qui éclaire notre nuit, reflet créé de la lumière incréée, nous te bénissons comme un don de Dieu. Déjà à travers sa création tu nous guides vers Lui avant que par sa grâce tu nous Le fasses contempler dans la plénitude de sa lumière.
Cardinal Jean DANIÉLOU
Dans le même numéro
- Note sur la connaissance naturelle de Dieu selon Vatican IROBERT J
- Instance psychanalytique et désir de DieuBERT Thierry
- Connaissance naturelle et RévélationBLUM Martine, ZELIK Esther
- Gloire et expression de Dieu selon saint BonaventureBOTTINO Martine
- Qu’est-ce que qu’affirmer Dieu ?BRUAIRE Claude
- Note sur le positivisme logiqueCOSTANTINI M, DUMONT E, SENTIS L
- Celui que nous nommons le VerbeCOSTANTINI Michel
- La rencontre rationnelle de Dieu selon saint Thomas d’AquinDANROC Gilles
