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N° 59 (ancienne série) · Oct-Déc 1978
Liminaire : Un nouveau tournant
La Revue Résurrection est née en 1956. Sa longévité pour une publication lancée par des jeunes gens est singulière. Néanmoins son histoire a connu des étapes très différentes.
Ses fondateurs étaient tous des anciens de ce fameux Centre Richelieu, longtemps la plus importante organisation d’étudiants catholique. Venus de la famille des Lettres et de la famille des Sciences, ils avaient voulu continuer à travailler ensemble au profit de la culture théologique du monde des adultes dans lequel ils étaient entrés. Leur initiative reçut dès le début l’aide de plusieurs théologiens. Au sommaire du premier numéro sont inscrits les noms du P. Cazelles, du P. Rogues, du P. Brien, du P. Daniélou, du P. Bouyer. Les éditions Bloud et Gay en assuraient alors la confection et la diffusion. Cette dernière connut un extraordinaire succès lorsque la revue traitait le thème du pèlerinage des étudiants à Chartres. Mais elle » fit un malheur » lorsque sortit un numéro double sur l’Apostolat des Laïques. On y prenait hardiment parti en un domaine contesté. Une seconde édition devint nécessaire et le Pape Pie XII en garda longtemps un exemplaire sur son bureau.
A partir de 1959 la revue émigre vers les hauteurs de Montmartre et son comité de rédaction est envahi par des étudiants en théologie issus du même milieu. Plusieurs, devenus prêtres et même chapelains à la Basilique du Sacré Coeur, y jouent un rôle important. Sa diffusion est soutenue par la fondation des cours de théologie dont elle devient en quelque sorte l’organe officiel.
Entre temps, des équipes de recherche théologiques ont vu le jour à Montmartre. Elles ont pris le nom de » Résurrection « . Elles rassemblent des normaliens, des agrégatifs et bientôt des jeunes universitaires. C’est elles qui prennent en charge la publication. De ce fait le niveau philosophique est singulièrement relevé. Certains de ses abonnés sont déconcertés mais les milieux intellectuels sont intéressés. De nouveaux rédacteurs apparaissent, le P. Ratzinger, le P. Urs von Balthasar, le P. Toinet.
Une nouvelle génération des équipes Résurrection, pour atteindre davantage de lecteurs, ramène la revue à un niveau plus accessible. C’est ce souci qui suscite le numéro spécial Chrétien quelle est ta foi ? qui en cent articles résume toute la foi catholique. Dix mille exemplaires sont rapidement enlevés tant ils correspondent aux besoins d’un public avide de doctrine mais aussi de langage simple et jeune.
Et voici que sans rien changer à la rédaction les éditions Desclée de Brouwer acceptent à leur tour de se charger de la confection et de la diffusion de la revue. Tout porte à croire que la collaboration sera fructueuse et que la persévérance à maintenir Résurrection contre vent et marée sera récompensée. Le nom même de cette publication n’est il pas une promesse de durée et d’efficacité ?
Maxime CHARLES
Le Christ à l’épreuve de l’histoire et de la modernité
Evénement pour Résurrection que la parution de ce cahier n° 59 ! La réédition prochaine de Chrétien, quelle est ta foi ?, le numéro spécial de l’an dernier, a établi des liens entre nos équipes étudiantes et la maison Desclée de Brouwer, qui prend désormais en charge l’édition et la diffusion régulière de ces cahiers théologiques. Nous nous réjouissons de ce patronage bienveillant et nous espérons qu’il permettra à notre travail de connaître une plus large audience et ainsi aux membres de notre mouvement de sentir davantage la dimension apostolique de leurs recherches.
Le thème d’étude de nos groupes pour l’année qui commence est la christologie. Plus précisément, c’est le mystère du mal et de la Rédemption qui nous retiendront dans les prochains trimestres ; mais il nous a paru bon de consacrer d’abord une livraison à l’analyse de notre connaissance du Christ. Aujourd’hui en effet, le témoignage chrétien n’attend pas d’avoir parcouru le long chemin des méandres rationnels pour parler du Christ. Le plus souvent, Il est devenu à la fois le commencement, le centre et l’aboutissement de l’apologétique. Cette démarche ne peut que réjouir. Mais elle fait redoubler d’importance la question de savoir si l’on peut accorder toute sa confiance à ce que les textes sacrés, et après eux la communauté croyante affirment à propos du Seigneur.
C’est à cette question que les articles du présent cahier se sont attaqués. Car le soupçon contre ce qui se dit du Christ est fort, et multiforme. On s’en prend sur le plan de l’exégèse aux textes du Nouveau Testament eux mêmes. Ils seraient le fruit de la créativité collective des Apôtres, peu soucieux de la fidélité aux événements. G. Nanterre invite nos lecteurs à élargir leur regard et à le porter au delà de certains cantons de l’exégèse historico critique pour constater que, même hors des frontières du christianisme (entre autres chez des chercheurs juifs), les faits rapportés par les Evangiles sont considérés avec tout leur poids historique. Cette ligne de réflexion est poursuivie par J. A. Laneyrie, qui entend montrer comment, d’une façon générale, la force du renouvellement évangélique ne s’oppose pas à la fidélité à la Tradition mais en jaillit. L’exemple même du Christ indique assez que l’affirmation de la liberté ne consiste pas dans le refus de toute paternité, mais qu’au contraire l’éternelle jeunesse du message vient de la fidélité du Fils qui a répété au monde les paroles de Celui qui l’a envoyé (cf. Jean 8, 26).
Une autre forme du soupçon jeté sur la christologie est l’hésitation croissante du monde contemporain à affirmer clairement la divinité du Fils éternel. Cette hésitation est tempérée ou voilée par un engouement ostentatoire pour l’homme Jésus, dont le rôle essentiel serait de galvaniser des énergies, de donner plus de dynamisme à des pratiques humaines. J. P. Fourquet et F. Boye ont été alertés par ce mode de pensée qu’ils retrouvent par exemple dans le livre récemment publié en France de H. Küng, Etre chrétien. Le premier manifeste que l’Evangile ne se présente nullement comme un manuel d’éthique individuelle ou collective. Le second article, avec des accents claveliens, insiste sur la nécessité d’une fidélité intégrale au mystère, du Christ pour que le témoignage soit authentiquement chrétien. Trop de croyants aujourd’hui ont ratifié les conséquences de la mentalité moderne et, partant, dénaturé leur foi. Le monde contemporain sait très bien que les cadres de pensée de la modernité ne sauraient être des fourches caudines par lesquelles le message chrétien devrait passer. Puisque ce message venu du passé est porteur d’avenir, puisqu’il livre des » paroles de vie éternelle « , nous sommes en droit et en devoir de le garder intact et de le faire résonner d’une manière nouvelle par nos paroles, et surtout par notre vie chrétienne.
A travers ces études, le lecteur sentira le désir de démasquer tous les faux obstacles à la possibilité de connaître le Christ, mais il verra aussi se mettre en place des éléments positifs d’un véritable accès au Christ. Cet accès a des exigences rationnelles ; il est pourtant d’abord un chemin spirituel, une recherche assidue, une découverte progressive du Coeur du Seigneur P. Ballet invite à prendre un tel chemin, à trouver dans la méditation des Evangiles le rabbi, l’ami, le Fils de Dieu, le Ressuscité.
Comme nous l’avons fait dans le précédent cahier à propos de la théologie trinitaire, nous offrons pour la commodité de l’information théologique, une brève histoire du dogme christologique.
L’article de Michel Laurent évoque une difficile question de méthodologie, au centre de tous les débats sur les différents essais contemporains de christologie. Faut il partir de la vie concrète de Jésus pour essayer de le proclamer Christ, Seigneur et Dieu, ou bien suivre un mouvement inverse ? Faut il bâtir une » christologie d’en bas « , ou une » christologie d’en haut » ? Mais surtout, est ce là la vraie question ?…
Enfin l’essai de notre ami Jean Yves Coindreau présente d’une manière originale un problème sous jacent à la plupart des débats actuels : faut il retrouver la vérité du christianisme en deçà de l’élaboration conceptuelle et dogmatique de l’Eglise, ou bien cette dernière n’est elle pas la garantie indépassable d’une véritable fidélité à l’événement fondateur ?
Au moment où s’achève la composition de ce numéro, nous nous réjouissons avec l’Eglise, et nous rendons grâce pour l’élection de JEAN PAUL Il au siège apostolique de Pierre. Elle a déjà mis maintes fois sous la plume des commentateurs deux mots qui ont orienté cette » ouverture » et l’ensemble du cahier : tradition et renouveau. Puisse celui qui archevêque de Cracovie s’est à plusieurs reprises intéressé aux activités des étudiants de Montmartre accueillir notre présente contribution comme un premier et respectueux hommage.
RESURRECTION
SOMMAIRE
Mgr Maxime CHARLES
Liminaire : Un nouveau tournant
Dans le même numéro
- Peut-on encore écrire une vie de Jésus ?NANTERRE Gabriel
- Une tradition pour un renouveauLANEYRIE Jacques-André
- Le christianisme n’est pas une éthiqueFOURQUET Jean-Pierre
- Comment parler du Christ aux hommes d’aujourd’hui ?BOYE François
- Découvrir Dieu sur le visage du Christ. Christologie d’en-haut, christologie d’en-basLAURENT Michel
- Prier avec l’ÉvangileBALLET Pascale
- Le Dieu juif et le diable grecCOINDREAU Jean-Yves
