← Rechercher dans les archives
N° 67 (ancienne série) · octobre 1981
L’homme est fait pour Dieu
A ceux qui, à l’instar de saint Augustin, de saint Ignace de Loyola, de Charles de Foucauld, ont fait un jour l’expérience bouleversante de l’irruption de Dieu dans leur vie, le thème du présent cahier de Résurrection apparaîtra comme une évidence.
Ceux ci rediront avec le grand docteur africain : » Tu nous as faits pour toi et notre coeur est inquiet jusqu’à ce qu’il t’ait trouvé. » Ils méditeront le fameux principe et fondement des » Exercices » : » L’homme est fait pour servir, louer et honorer Dieu. » Ils confesseront avec le plus célèbre ermite du XXe siècle : » Aussitôt que je sus qu’il y avait un Dieu, je compris que je ne pouvais faire autrement que de vivre uniquement pour lui. «
Pourquoi donc cette affirmation aussi centrale de notre foi est elle si peu prise au sérieux dans notre Occident moderne ? On concédera, en effet, qu’il faut dans une vie humaine donner une certaine place à la religion pour consacrer les grands moments de la vie humaine, on accordera éventuellement une certaine réalité à la vie spirituelle. Mais orienter la totalité d’une existence en fonction de Dieu, cela ne semble pas sérieux.
Faire à Dieu une place dans notre vie ou trouver notre place devant Dieu, seule source de notre vie ? Tout chrétien est confronté un jour à cette alternative, c’est le moment de la » seconde conversion « . Comprenons alors que Dieu est tout et qu’il est indécent d’assigner à Dieu une place, fût elle la plus élevée de notre système de pensée. C’est Dieu qui juge et qui donne à chacun sa place selon sa vocation propre et pour son vrai bonheur.
Assigner à Dieu une place bien connue, que ce soit pour l’honorer ou pour mieux l’en déloger, c’est l’éternelle tentation de l’idolâtrie. Cette tentation dont le Pape Jean Paul Il débusquait l’an dernier dans son discours aux évêques de France, la forme très radicale en notre modernité. » L’homme contemporain, disait il, est soumis à la tentation du refus de Dieu au nom de sa propre humanité » et il ajoutait que cette tentation était particulièrement menaçante dans la mesure où » l’homme n’a de sens que comme image et ressemblance de Dieu « .
C’est donc par souci de l’humanité de l’homme (souci qui va de pair avec celui de la gloire de Dieu) qu’il importe de se démarquer point par point d’une modernité qui en s’éloignant de Dieu croit être humaniste alors qu’elle n’est qu’idolâtre. L’équipe des rédacteurs de Résurrection a voulu baliser ce démarquage.
Dans son étude originale et judicieuse au sujet du sacrifice, Pierre Julg ouvre des pistes de recherches dont nous ne doutons pas qu’elles seront bientôt parcourues. Nous avons demandé à notre ami Roland Hureaux, ancien de l’équipe rédactionnelle de Résurrection, de résumer à notre intention l’analyse très fine qu’il propose au sujet des sciences humaines et de leur statut : en quoi le christianisme se distingue t il d’une gnose ? L’idée d’une relation avec Dieu peut sembler incompatible avec la liberté et l’inachèvement du désir humain qui ne pourrait subsister que par l’absence de son objet. Face à une hypothétique » théologie de la béance « , Jérôme de Gramont montre combien le désir est respecté dans une authentique relation d’amour, de complaisance. Marie Ange O’Connell étudie de façon brève mais éclairante, l’usage des images humaines pour parler de Dieu. Enfin Christine Martin nous ramène à l’essentiel : l’amour que suscite en nous la Trinité et qui est notre raison d’être. A travers chacun de ces articles et, malgré leur technicité, transparaît de façon discrète mais non moins certaine le goût profond qui anime chaque auteur pour la louange de Dieu, louange en laquelle tous nos discours (et tous nos écrits) trouvent leur vérité et leur achèvement.
Résurrection
SOMMAIRE
Liminaire
Dans le même numéro
- Anthropologie du sacrifice et théologie de la rédemptionJULG Pierre
- De la connaissance à la relationHUREAUX Roland
- Théologie de la béance, théologie de la complaisanceGRAMONT (de) Jérôme
- Des images humaines pour parler de DieuO’CONNELL Marie-Ange
- Comment la Trinité nous donne d’aimerMARTIN Christine
