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N° 69 (ancienne série) · 4ème trimestre 1982
Le mystère de la Création
De tous les articles du Credo, l’affirmation d’un Dieu » créateur du ciel et de la terre » est celui qui peut sembler le moins spécifiquement chrétien. La plupart des religions, en effet connaissent des mythes de la création, dont les récits bibliques semblent bien proches. D’ailleurs, au delà des représentations mythiques, l’idée d’une création, d’un commencement absolu du monde, est largement répandue, dans la culture moderne comme dans les cultures dites primitives. On admet volontiers qu’il existe un Dieu, cause première, premier moteur, architecte ou horloger, qui est à l’origine du processus par lequel le cosmos est devenu tel que nous l’observons.
Si la foi chrétienne en la création n’était que cela, alors elle ne serait qu’une sorte de foi minimale commune à la majeure partie de l’humanité, permettant d’identifier le Dieu juif et chrétien avec le Dieu créateur de bien des religions, ou avec l’Etre Suprême des philosophes. La théologie de la création ne serait qu’une sorte de préliminaire philosophique à l’exposé de la foi chrétienne. Rien n’y laisserait présager que le Dieu créateur est aussi Celui qui destine l’homme à l’adoption filiale, que le Dieu unique est aussi Trinité. On n’y trouverait rien qui permette de dire : Dieu est Amour.
Mais si nous relisons attentivement notre Credo, nous découvrirons qu’il contient une vision profondément originale, et spécifiquement chrétienne, de la création
Je crois en un seul Dieu, le Père tout puissant créateur du ciel et de la terre, de l’univers visible et invisible.
Je crois en un seul Seigneur, Jésus Christ, le Fils unique de Dieu… par qui tout a été fait…
Je crois en l’Esprit Saint, qui est Seigneur et qui donne la vie…
Dans le symbole de notre foi, l’idée de création est reprise dans une perspective trinitaire. Elle est intégrée dans l’histoire du salut dont elle est le commencement, et qui s’achèvera par » la résurrection des morts et la vie du monde à venir « . Le Créateur est d’abord le Père, qui est à l’origine de tout au sein même de la Trinité; il crée toutes choses dans le Fils, tandis que l’Esprit parfait cette oeuvre. C’est pourquoi toute la création a été faite, selon le dessein bienveillant du Père, en vue de l’adoption filiale des hommes dans le Fils unique, par l’Esprit. La création est un mystère, qui a sa source dans le mystère même de la charité divine, c’est à dire de l’amour des personnes trinitaires.
Après une brève analyse des mythes égyptiens et babyloniens de la création, Bertrand Ramongt nous montre l’originalité du récit biblique, et de son accomplissement dans l’incarnation du Verbe.
Jérôme de Gramont, dans son très bel article, nous montre que la création nous révèle quelque chose de la gloire et de l’amour de Dieu : à travers elle, nous pouvons éclairés par la Révélation entrevoir, non seulement le Dieu unique cause de toutes choses, mais le Dieu d’amour qui est Père, Fils et Esprit. Tout un courant de la tradition patristique va dans ce sens, d’Irénée à Maxime le Confesseur, en passant par les pères cappadociens et par Cyrille d’Alexandrie.
Pour illustrer ces réflexions théologiques, nous présentons quatre brefs articles qui relient à la théologie de la création des domaines aussi divers que la poésie (commentaire de l’Eve de Péguy, par Alyette de la Chaise), l’art (Hélène Pichon), la liturgie juive et chrétienne (Marie Ange O’Connell), et l’étude scientifique du cosmos (Gabriel Nanterre).
Il était nécessaire, dans ce cahier sur la création, d’aborder le difficile problème du rapport entre naturel et surnaturel. C’est ce que fait Pierre Marcellin en étudiant les polémiques des XVIe et XVIIe siècles à ce sujet (Cajetan, Suarez). Il montre qu’entre la distinction nature/surnature chez saint Thomas, et le concept de » nature pure » de ses commentateurs du XVIe, s’est produit une déviation ruineuse pour la théologie.
Vincent Bourguet nous propose ensuite une étude sur le concept d’analogie de l’être, qui est fondé sur la création ex nihilo comme don du Père à son Fils.
Enfin, nous sommes heureux de clore ce cahier par une » méditation théologique » d’un de nos amis et ancien collaborateur, Jean Yves Lacoste, professeur à l’Ecole Biblique de Jérusalem.
RÉSURRECTION
SOMMAIRE
Liminaire
Dans le même numéro
- La création : des mythes au VerbeRAMONGT Bertrand
- Le climat de la grâce : commentaire d’un extrait de l’Ève de PéguyLACHAISE (DE) Alyette
- La liturgie gardienne du cosmosO’CONNELL Marie-Ange
- Représenter la créationPICHON Hélène
- Le cosmos peut-il nous apprendre encore quelque chose ?NANTERRE Gabriel
- Naturel et surnaturel : de l’ordre à l’économieMARCELLIN Pierre
- De l’analogie : une clef pour comprendre la créationBOURGUET Vincent
- Du désir de Dieu, méditation théologiqueLACOSTE Jean-Yves
