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N° 70 (ancienne série) · 1er trimestre 1983
La conscience du Christ
Jésus avait il conscience d’être le Fils de Dieu ? Voilà une question que se posent bien des chrétiens aujourd’hui, et qui est sans doute l’une des plus difficiles pour le théologien comme pour l’exégète.
D’un côté, au nom d’une exégèse scientifique, on voudrait ne voir en Jésus que l’homme en devenir qui, totalement donné aux autres et à la mission prophétique que Dieu lui a confiée, est finalement conduit à la croix. S’il a su un jour qu’il était le Fils de Dieu, il s’agissait là de quelque chose qu’il avait d’abord ignoré, puis dont il avait pris conscience à l’occasion d’événements extérieurs, de ses relations avec ses disciples ou de ses affrontements avec ses adversaires.
A l’opposé, au nom du dogme, d’autres s’élèvent contre toute idée d’un devenir dans le Christ, comme attentatoire à sa divinité. Le Christ a toujours su qu’il était Fils de Dieu, d’une façon qui n’aurait pas connu d’évolution. Certes, le Christ est un homme, mais prêter attention à son humanité comme telle, à son devenir temporel, à sa croissance, serait inutile au christianisme, voire même nuisible.
Face à ces deux types de positions, nous voudrions proposer une autre approche du problème, que nous pensons fidèle à la Tradition de l’Eglise.
Nous pensons que le Christ a été vraiment un homme, qu’il a donc connu le devenir et la croissance, mais d’une manière parfaite parce que filiale : s’il a voulu, dans son humanité, connaître l’ignorance, la dépendance, c’est parce qu’il est le Fils, c’est à dire celui qui reçoit tout de son Père, selon un accroissement progressif qui est lié à notre humanité. Jésus montre qu’il est Dieu, non pas en révélant des capacités surhumaines, mais en réalisant, dans une humanité semblable à la nôtre, son être de Fils.
Affirmer que Jésus, dès son plus jeune âge, a eu une perception immédiate de cette filiation, est donc compatible avec l’existence chez lui d’une croissance et d’un devenir. Mais d’autre part, affirmer ce devenir, loin de diminuer la divinité du Christ, révèle, à travers la manière dont il a su être homme, la manière dont il est Dieu, c’est à dire ce qui, au sein même de la Trinité, le distingue du Père et du Saint-Esprit : qu’il est le Fils.
Gabriel Nanterre, dans l’article qui ouvre ce numéro, présente différents aspects du problème de la conscience du Christ, face aux différentes remises en cause.
L’article de Pierre Julg aborde le difficile problème que pose l’exégèse du Nouveau Testament : peut on affirmer, d’après les textes évangéliques, que Jésus savait qui il était, ou bien doit on accepter, au nom de conclusions prétendues scientifiques, que Jésus n’a jamais pensé être le Fils de Dieu ?
Marie Ange OConnell nous montre, par des exemples tirés des vies de Jésus (Hegel, Strauss, Renan) comment des présupposés philosophiques peuvent mutiler complètement la personnalité du Christ, montrant ainsi, a contrario, la nécessité d’une vision globale de celle ci : celle que nous présentent les évangélistes.
Les articles d’Isabelle Guyot et de Charlotte Le Bouteiller montrent le premier à propos du ministère de Jésus, le second à propos de son enfance la cohérence de la figure de Jésus que dessinent les quatre évangiles.
Il était ensuite nécessaire d’aborder, d’un point de vue théologique, la question du devenir et de la croissance de Jésus.
Isabelle Ledoux montre en partant de la théorie des sciences du Christ selon saint Thomas dAquin comment la perfection du Verbe incarné est compatible avec sa croissance.
Les articles, plus techniques, de Vincent Bourguet et de Jérôme de Gramont, essaient de montrer que la réflexion sur la conscience de Jésus n’est pas une spéculation gratuite, mais est d’une grande importance pour la théologie de la Rédemption, au même titre que la mise en lumière, au 7e siècle par Maxime le Confesseur, du dogme des deux volontés du Christ.
En guise de conclusion, nous présentons cinq » thèses » qui résument la position à laquelle nous sommes arrivés sur ce problème difficile. Conclusion qui se voudraient une invitation à la réflexion et à la prière.
RESURRECTION
SOMMAIRE
Liminaire
Dans le même numéro
- Simples remarques sur la conscience du ChristNANTERRE Gabriel
- L’exégèse peut-elle nous révéler la conscience de Jésus ?JULG Pierre
- La conscience du Christ à travers les vies de JésusO’CONNELL Marie-Ange
- Ce Jésus que nous pouvons connaître et aimerGUYOT Isabelle
- L’enfant Jésus : croissance et perfectionLE BOUTEILLER Charlotte
- La croissance du ChristLEDOUX Isabelle
- De l’humanité du Christ à l’humanité du chrétienBOURGUET Vincent
- La science transfigurée par la charitéGRAMONT (de) Jérôme
