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N° 72 (ancienne série) · 1er trimestre 1984

Le sacrement de la réconciliation


Il y a quelque chose d’incroyable, d’admirable dans cette manière divine, d’amener les hommes à l’innocence. Tant d’insistance et de douceur mêlées. Comment ne pas s’étonner, au moment de présenter le sacrement de réconciliation, qu’il nous soit tant donné pour un geste si simple ?

Le sacrement de pénitence est l’occasion pour chaque baptisé de revenir au cœur du mystère rédempteur, au moment où le projet de Dieu sur le monde redevient cette déclaration d’amour qui lui est faite, personnellement. Ce que chacun de nous savait peut être, mais si mal. Pour parodier Pascal, qu’il y a loin entre nous savoir aimés et nous sentir pardonnés. L’amour divin nous surprend toujours.

Dans l’article qui ouvre ce numéro, Alyette de la Chaise nous invite à contempler Celui qui est venu tout d’abord sur les routes de Palestine apporter le pardon aux pécheurs. C’est bien le même regard miséricordieux du Christ, cette visibilité humaine du pardon infini de Dieu qui se reflète aujourd’hui dans le sacrement, dans la simple rencontre du pénitent et du confesseur. Aussi cette évocation du face à face de Jésus et des pécheurs de son temps nous introduit elle naturellement notre réflexion sur la pénitence.

Le pardon venu du Fils rend possible le retour de cet autre fils le fils pécheur, prodigue : nous mêmes encore – vers la maison du Père. Cette histoire est celle de l’enfant prodigue, non plus un récit direct de la vie du Christ, mais c’est bien de lui encore qu’il s’agit. C’est sous la forme d’un commentaire de la parabole de saint Luc que Vincent Bourguet nous montre la relation qui existe entre l’œuvre du Fils et la conversion du pécheur. Comment le fï1s prodigue devient le fils pénitent.

En analysant la théologie médiévale, Florence Jardin aborde la même question du retournement du cœur. Derrière les questions scolastiques portant sur la contrition à quelles conditions notre repentir est il sincère ? animé par un vif désir d’aimer Dieu ? Il s’agit dès lors de retrouver cette relation coopération entre l’œuvre de Dieu, la grâce du pardon toujours offert, et cette libre réponse de l’homme qui commence dans le repentir.

Mais parler de repentir, de péché, de pénitence, n’est ce pas enfermer l’homme dans le cercle de bien tristes pensées ? Les deux articles qui suivent font justice à cette accusation tant de fois entendue. Loin d’être complice d’une culpabilité diffuse ou de forger des consciences malheureuses, le christianisme nous libère précisément parce qu’il nous montre ce que le péché veut dire et à quel amour nous sommes promis, parce que c’est en même temps que nous découvrons la véritable horreur de la faute et la véritable richesse de la charité. Tel est le propos de Jean Clair Giraud. Jeanne Pérault le complète en montrant comment la pénitence du fidèle, librement accueillie, devient un signe d’amour et une action de grâce.

En marge de ces études théologiques, Guy Fessier nous propose une illustration littéraire du thème de l’aveu à travers les romans de Bernanos.

Les deux derniers articles de ce numéro inscrivent le sacrement de pénitence à l’intérieur d’une histoire qui est tout à la fois personnelle et ecclésiale. Histoire personnelle, qui est celle d’une vie spirituelle, et dont nous parle Charlotte Le Bouteiller en répondant à la question suivante : pourquoi, si nous avons reçu au baptême la plénitude de la grâce, avons nous encore besoin de cet autre sacrement ? Histoire ecclésiale, qui est celle de la constitution, cœur après cœur, de ce corps mystique du Christ qu’est l’Eglise. Avec les réflexions d’Isabelle Ledoux sur l’Eglise qui concluent ce numéro, notre regard peut ainsi se tourner vers l’avènement dernier du Fils de miséricorde et la royauté à venir.

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