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N° 147-148 · mars-juin 2012
Plan-guide pour le pèlerinage de Vézelay du 2 et 3 juin 2012
Dans le vaste supermarché planétaire, où sont présentes toutes les croyances, il est difficile aux chrétiens de s’orienter. Sommés de reconnaître que tout se vaut et que la seule valeur absolue est la tolérance, ils ont bien du mal à parler de la vérité à laquelle ils sont attachés et à la partager avec leur entourage.
Il est important pour eux de retrouver la fierté de leur foi, qui n’est pas seulement une croyance comme une autre, mais une démarche parfaitement originale, qui répond à l’initiative d’un Dieu qui s’est penché vers l’homme.
Ensuite, il leur sera possible de prendre en considération les différentes croyances et de pouvoir dialoguer avec elles.
LE SALUT PAR LA FOI : LA FOI VUE DE DIEU
1) Le dessein de Dieu : amener tous les hommes à lui dans une rencontre libre
Dieu a créé l’homme pour une vocation qui fait de lui bien plus qu’un animal supérieur : il a été fait pour Dieu (et pas seulement par lui). La réussite de son humanité dépend donc de sa capacité de répondre à l’amour de Dieu pour lui.
Il ne s’agit pas seulement d’une réussite morale, d’une vie inspirée par le souci du bien, mais bien d’une rencontre personnelle, où l’homme s’ouvre librement à Dieu pour le connaître et l’aimer.
2) Cette rencontre a un nom : la foi
La foi n’est pas d’abord une conviction personnelle au sujet de Dieu ou de la vie avec lui, elle est la réponse que l’homme peut donner à Dieu lorsque celui-ci se révèle à lui. Elle n’est pas la condition fixée par Dieu (ou par l’Église) pour que les hommes soient sauvés, elle est ce salut lui-même, dans la mesure où, là et là seulement, s’opère la jonction de la liberté humaine et de la liberté divine.
La foi est par principe un don total, un engagement définitif : devant l’immensité du don de Dieu, l’homme, qui découvre qu’il est appelé par grâce à y participer, ne peut que se livrer sans condition à celui qui lui tend les bras.
Mais la foi est un don sérieux, qui requiert de l’homme réflexion et maturité : c’est tout l’homme qui va à Dieu, avec son cœur et son intelligence. Dieu ne prend pas l’homme par surprise, il patiente et se plie à ses délais.
3) La rencontre est rendue possible par la venue du Fils et le don de l’Esprit
Le Père a envoyé son Fils, pour qu’il soit connu « en longueur d’onde humaine ». C’est à travers un visage d’homme que Dieu vient au-devant de l’homme. Ainsi, il n’écrase pas son partenaire, il tamise sa propre puissance et lui offre néanmoins un accès direct à Dieu.
La foi, c’est accueillir cette initiative, la reconnaître et y entrer librement, c’est accepter que Dieu soit assez fou pour nous donner son Fils. C’est croire qu’il a pu accepter qu’il meure pour nous, c’est reconnaître qu’il ne l’a pas laissé prisonnier de la mort, mais qu’il l’a rendu à la vie pleinement, l’élevant à sa droite pour faire de lui le juge des vivants et des morts.
L’Esprit, don de Dieu, vient fissurer toutes nos citadelles d’incrédulité, il prépare les cœurs à la rencontre du Christ, permet de lire les signes que celui-ci nous donne, fortifie nos élans vers la vérité et l’amour et rend féconde la rencontre.
4) La rencontre s’étend à travers l’Église apostolique
Pour que cette rencontre atteigne tous les hommes de tous les temps, sans cesser d’être une rencontre personnelle, la Bonne Nouvelle est communiquée par des hommes envoyés par le Christ. Mais c’est toujours lui qui est présent à chaque étape de la transmission, lui qui reste actif dans la parole, la prière et les sacrements de son Église. Et c’est l’Esprit qui nous le dispense goutte à goutte et nous imprègne de lui.
L’Église ne fait donc pas écran au Christ, bien au contraire c’est par elle que se reproduit, à chaque génération, la rencontre première. C’est chaque homme qui jusqu’à la fin du monde est mis ainsi en présence de Jésus et peut répondre oui ou non à son amour. De ce choix dépend son sort éternel, car la vie éternelle était déjà dans cette rencontre.
Concernant le cas de ceux qui n’ont pas pu bénéficier de l’annonce apostolique (morts avant lui ou en dehors de son Église), le dogme de la descente aux enfers nous apprend que, dans le mystère de sa mort, le Christ est allé proposer à ceux qui l’avaient attendu plus ou moins consciemment une rencontre mystérieuse. On peut penser que cela vaut non seulement de ceux qui vivaient avant sa naissance, mais de tous ceux qui n’ont pu le rencontrer, faute d’avoir entendu la Bonne Nouvelle.
L’ACTE DE FOI : LA FOI VUE DE L’HOMME
1) La foi, don de Dieu et démarche de l’homme
La foi est une rencontre, où Dieu agit à la fois par les signes extérieurs qu’il donne et par la grâce intérieure de l’Esprit, qui, loin de court-circuiter la liberté humaine, la sollicite, la met en mouvement et accompagne sa démarche.
L’action de Dieu est première, c’est Dieu qui nous a aimés le premier, et sans lui nous ne pourrions pas avoir la foi, ni nous mettre en marche vers lui. Pourtant la démarche humaine est requise, au moins pour ceux qui ont l’âge de raison. Sans elle, l’acte de foi serait nul et le baptême invalide.
2) La foi, volonté et intelligence
Dieu veut que les hommes viennent à lui de tout leur être, il ne veut pas d’une adhésion tronquée, ou uniquement sentimentale. La foi est un acte à la fois volontaire et intelligent, qui mobilise toutes les facultés humaines : on ne peut pas voir sans vouloir voir, mais la lumière qui commence à filtrer aide l’intelligence à repérer les indices et à les coordonner jusqu’à la quasi-certitude de la vérité.
La sensibilité, souvent mise en mouvement par des circonstances extérieures (beauté du culte, sympathie pour certaines personnes déjà croyantes), n’est pas suffisante, mais, si elle est une mauvaise maîtresse, elle peut être une bonne servante : elle hâte la conclusion de la démarche et entraîne l’ultime adhésion dans un climat de ferveur et de joie.
3) Vérités nécessaires
La foi n’est pas seulement le fait de croire en Dieu, c’est-à-dire d’admettre son existence. Comme le dit saint Jacques : « Tu crois que Dieu est un ? Tu fais bien. Les démons le croient, eux aussi, et ils frissonnent » (Jc 2,19). La foi, c’est accueillir toute l’initiative de Dieu qui vient jusqu’à nous, c’est reconnaître (au moins pour les adultes et ceux qui ont l’usage de leurs facultés) le mystère de la Trinité et celui de l’Incarnation rédemptrice. L’Église a refusé de reconnaître la validité de baptêmes donnés en pays de mission sans un minimum de catéchèse.
Pourtant, tout croyant qui accède à la foi n’a pas forcément une connaissance précise de toutes les vérités que l’Église professe, mais, dans la lumière qui lui a été donnée, il possède en germe tout le dépôt de l’Église, qu’il accepte pour l’instant globalement.
4) La foi « opérant dans la charité »
L’adhésion au Christ ne peut se concevoir sans une ferme volonté de l’homme de faire tout ce qui est en son pouvoir pour lui plaire. La foi au vrai Dieu suppose qu’on reconnaisse sa sagesse et sa bonté et qu’on veuille tout faire pour répondre à son projet sur nous-mêmes et sur le monde.
La valeur de la foi ne se mesure pas aux réussites morales et spirituelles du croyant, qui restent soumises à des faiblesses récurrentes dues aux séquelles du péché originel. Ce dont l’Église veut être sure, c’est de la claire volonté du sujet de suivre les commandements du Christ. C’est pourquoi il est demandé au catéchumène d’exprimer son rejet de Satan, en même temps que sa volonté de suivre le Christ.
5) La profession de la foi
La foi, une fois admise, est destinée à être professée (confessée, exhomologeïsthaï) explicitement. Le Christ promet à ceux qui le reconnaissent devant les hommes de les reconnaître devant son Père (Mt 10,32). C’est à cette confession publique jointe à la croyance du cœur qu’est promis le salut (Rm 10,10).
La confession de la foi peut aller jusqu’au témoignage suprême, celui du martyre, si les circonstances l’exigent et s’il n’est d’autre alternative que le reniement.
LA FOI ET LES AUTRES CROYANCES
1) Regard sur les croyances
Les croyances présentes sur le marché ne forment pas un ensemble homogène : certaines sont des théories philosophiques ou morales, d’autres engagent l’homme dans un chemin avec le divin, qui suppose la reconnaissance d’une transcendance.
D’autre part, il est incorrect d’accorder à toutes les croyances le même crédit : s’il en est certaines qui élèvent incontestablement l’homme et lui ouvrent un coin du ciel, d’autres le dégradent et l’abêtissent.
C’est spécialement vrai des superstitions, qui sont souvent des croyances religieuses déviées. Au lieu d’ouvrir l’homme à Dieu et à son projet, elles prétendent utiliser le divin dans une vision utilitaire pour le mettre au service des désirs les moins nobles de la créature humaine. Cultivant l’irrationnel, elles forment souvent un système qui enferme ses adeptes dans un fonctionnement sectaire.
2) Originalité de la foi
La foi n’est pas sur le même plan que les autres croyances, même les plus respectables dans leur genre, qui reposent essentiellement sur l’homme, lequel se représente le divin à partir de ce qu’on lui a dit, pour l’honorer ou au contraire le nier. La conviction correspondante peut être très forte et déterminer des actes héroïques ou cruels, elle sera toujours distincte de la foi.
La foi n’est pas une opinion sur Dieu ou sur le monde, elle est une réponse librement donnée à une personne, à Dieu qui se révèle, elle engage l’homme dans la suite du Christ et l’amène à unifier peu à peu toute sa vie autour de ce choix.
3) Attitude à l’égard des « autres »
L’existence d’autres croyances ne doit pas ébranler la foi du croyant, qui sait que son adhésion au Christ est une réponse à un don prévenant de Dieu, qui, sans mérite de sa part, lui a laissé entrevoir la vérité. Il ne saurait ni mépriser les tentatives méritoires que tant d’hommes ont faites pour se rapprocher de Dieu, ni considérer que chacun doit rester tranquillement chez soi avec ses idées.
L’apostolat auprès des croyants d’autres religions doit être respectueux des élans sincères qui amènent les hommes sur le chemin de la vérité, sans illusion non plus sur le danger d’idolâtrie qui pèse sur toute croyance qui n’a pas été passée au feu de la révélation du Sinaï (« il n’y a de Dieu que Dieu ») et de la rencontre avec le Christ.
4) Liberté religieuse et laïcité
L’Église nous demande de respecter la liberté religieuse et de ne pas demander à l’État de réprimer les croyances qui s’opposent à la foi chrétienne (déclaration Dignitatis Humanae de Vatican II, 1965). Mais il n’est pas interdit de penser que des doctrines et des pratiques qui mettent gravement en péril certaines valeurs de la vie humaine pourraient légitimement être poursuivies par la loi.
Néanmoins, là n’est pas le chemin normal pour triompher de l’erreur. Les armes de la conviction, celles des « fils de lumière », sont les plus convenables pour défendre et promouvoir la vérité. Et ce sont elles, le plus souvent, qui se révèlent aussi les plus efficaces à long terme.
La rencontre sur un pied d’égalité de toutes les doctrines et de tous les cultes dans l’espace public peut être une chance pour les chrétiens, s’ils savent affronter avec foi et discernement une situation de concurrence, au lieu de rêver d’un protectionnisme devenu utopique.
Le dialogue, le débat, supposent certes reconnaissance de l’autre, respect, mais non mise entre parenthèses de sa foi, ni même oubli du désir d’amener l’autre à partager le trésor que nous avons reçu (en acceptant d’ailleurs la réciproque).
CONCLUSION
L’avenir est à l’évangélisation, jeunesse de la foi.
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