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N° 80-81 · février-mai 1999

Éditorial


Est-ce l’approche de l’an 2000 qui réveille les vieilles lunes ? Toujours est-il que la théorie de l’évolution biologique, que l’on croyait, à juste titre, scientifiquement bien établie, et très généralement reconnue comme valide au sein du monde chrétien, redevient la cible, non seulement des fondamentalistes irréductibles, en Amérique ou ailleurs, mais de certains catholiques pour lesquels elle demeure une hypothèse pure et simple. Interpréter le récit de la Genèse comme une « autre » théorie scientifique, devient alors une tentation simplificatrice à laquelle, on l’a vu récemment, succombent même certaines instances officielles aux États-Unis.

Résurrection ne pouvait rester indifférent à ce débat que nous aurions cru, il n’y a pas si longtemps, complètement dépassé. La revue a d’abord voulu donner des éléments scientifiques, en rappelant les preuves et les mécanismes qui établissent, dans l’état actuel des connaissances, la pleine capacité de la théorie de l’évolution à expliquer la progression du vivant dans l’histoire du cosmos. Que le professeur Michel Delsol et ses collaborateurs en soient ici profondément remerciés.

Mais si cette théorie rencontre encore de nos jours de telles réticences, c’est parce que, contrairement à ce qui se passe en cosmologie (par exemple le « Big Bang ») ou en physique des particules, elle interpelle directement l’homme sur la question fondamentale de son origine. Et la difficulté d’identifier clairement l’apparition de l’homme en tant qu’être pensant et tourné vers Dieu ouvre la porte à bien des hypothèses concernant ce processus d’hominisation. Le débat engagé dans ces colonnes entre Michel Delsol et le Père Michel Gitton montre bien la complexité de la question posée et la nécessité de maintenir que la vérité sur l’origine de l’homme doit être une, qu’elle relève du discours scientifique ou de la Révélation biblique.

Nous ne prétendons pas ici résoudre tous les problèmes posés dans ce contexte, mais la réflexion sur l’existence d’un premier couple humain, même inaccessible aux données actuelles de la paléontologie, fait prendre conscience de certains enjeux qui dépassent très largement la question des origines, pour nous entraîner dans les moments les plus douloureux du siècle qui s’achève. Le Père Jean-Michel Garrigues, dans une de ses conférences de Carême, montre bien en effet en quoi la doctrine biblique du monogénisme peut seule préserver l’entière dignité de l’homme et l’écarter de la tentation raciste dont notre siècle a malheureusement connu les pires extrémités. Si tous les hommes ne descendent pas des mêmes parents, alors « l’inégalité des races humaines » risquerait de trouver un commencement de justification…

Peut-être alors, à la lecture du message de Jean-Paul II à l’Académie Pontificale des Sciences en 1996, comprendrons-nous mieux pourquoi l’Eglise est directement intéressée par la question de l’évolution. Parce qu’elle est « plus qu’une hypothèse », selon les termes du pape lui-même, elle concerne directement la conception de l’homme telle qu’est nous est donnée dans la Révélation. Homme en croissance, à l’image de la Création toute entière, mais surtout homme voulu par Dieu pour lui-même et appelé à entrer dans son intimité. Cela, aucune théorie ne saurait le démontrer ; mais, comme toute autre activité de l’esprit humain, la pensée scientifique doit préserver, dans ce domaine comme dans bien d’autres également très actuels, la dignité de l’homme et son irréductible liberté.

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