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N° 80-81 · fév.-mars 99.

L’alliance créatrice en Adam et Ève


Dieu donne à tous les hommes la source de leur unité

Nous sommes de nouveau devant notre Dieu, ce Dieu qui passe par des hommes. Dans l’alliance créatrice de Dieu avec Adam et Ève, le couple de la Genèse n’est pas seulement le prototype de tous les couples et de l’alliance conjugale que Dieu renouvelle avec chacun d’eux de génération en génération. Adam et Ève constituent inséparablement ce couple qui est l’origine du genre humain, de la multitude de tous les humains dans leur universalité.

Le couple des origines dans la Genèse

Quand Dieu fit passer devant Adam tous les animaux créés avant lui, celui-ci « chercha une aide qui lui soit assortie et n’en trouva pas » (Gn 2,20). Dieu alors façonna du côté d’Adam, c’est-à-dire d’une humanité comme la sienne, une épouse qui ne descende pas d’un couple humain antérieur.

Même si, au début, le premier couple n’est appelé par la Genèse que par les termes génériques d’ « homme » et de « femme » (Gn 1,27 ; 2,7 ; 2,18 ; 2,23 etc.), il est aussitôt identifié par son nom propre d’Adam et d’Ève qui exprime sa vocation de source pour toute l’humanité. « L’homme appela sa femme Ève, parce qu’elle fut la mère de tous les vivants » (Gn 3,20). « Le jour où Dieu créa Adam, il le fit à la ressemblance de Dieu. Homme et femme il les créa, il les bénit et leur donna le nom ‘d’Homme ’, le jour où ils furent créés » (Gn 5,1-2). Le nom ‘d’Homme’, le nom de notre espèce humaine, est tiré de ce premier couple d’Adam et d’Ève. Le livre sacré nous dit que l’humanité entière en est issue.

Cela explique l’oscillation entre le singulier et le pluriel dans le récit de la création de l’homme. « Dieu dit : « Faisons l’homme [au singulier] à notre image, comme notre ressemblance, et qu’ils dominent [au pluriel] sur les poissons de la mer, les oiseaux du ciel, les bestiaux, etc. »» (Gn 1,26). Dieu passe non seulement par le couple mais par ce couple originel pour produire le genre humain qui doit se reproduire et dominer sur tous les animaux de la terre. C’est à ce couple qu’il dit : « Soyez féconds et multipliez-vous, emplissez la terre et soumettez-la » (Gn 1,28).

Le récit des origines a-t-il une portée historique ?

Mais le récit de la Genèse ne vise-t-il pas en fait l’humanité collectivement personnifiée, de manière allégorique, dans le couple d’Adam et d’Ève ? Beaucoup le pensent en s’appuyant sur le fait que les premiers chapitres de la Genèse ne sont pas écrits en un genre littéraire de type historique.

A cet argument je répondrai à la fois oui et non. Non, la Genèse n’est pas un livre historique au sens moderne, et déjà au sens classique (cf. Thucydide) ou biblique (cf. livres historiques), de l’histoire comme reconstitution des événements passés à partir de témoignagesCf. la déclaration de la Commission biblique pontificale en 1948 : « La question des formes littéraires des onze premiers chapitres de la Genèse est bien plus obscure et complexe. Ces formes littéraires ne répondent à aucune de nos catégories classiques et ne peuvent pas être jugées à la lumière des genres littéraires gréco-latins et modernes », cité par Jules CARLES, Le premier homme, PUF, Paris, 1970, qui contient une information scientifique intéressante même si nous ne partageons pas ses conclusions théologiques sur la nécessaire maturation culturelle des premiers hommes pour atteindre « l’âge de raison », ce qui a pour conséquence la dissolution du caractère unique et personnel du péché originel originant.. Certes il n’y a pas eu de témoins de la création du premier couple, pas plus que de la création du monde, dont la Genèse nous donne le récit. Pas de témoin signifie qu’il n’y a donc pas non plus de document relatant l’événement. Il faut attendre dans la Genèse l’histoire d’Abraham, d’Isaac et de Jacob, le récit de la vie des patriarches pour voir affleurer une tradition porteuse d’histoire au sens où nous l’avons définie.

Cependant, je dirai que le début de la Genèse a une portée historique en un sens ultime qui est d’ordre métaphysique, c’est-à-dire qui touche à l’être, à la réalité même de l’événement. A travers le récit des commencements, entièrement fait de symboles, la Révélation nous donne néanmoins d’atteindre dans l’obscurité de la foi la réalité nue de l’événement historique de la création du premier couple. Elle nous permet de rejoindre le fait à travers les images d’un genre littéraire qui emprunte ses éléments aux mythologies environnantes du Moyen-Orient, tout en les réaménageant profondément en fonction de la Révélation à Israël du Dieu unique et créateur. Le mythe fournit le “ comment ” du récit, mais à travers ce « comment » nous atteignons en vérité le « quoi », l’événement réel de la création du premier couple.

L’Ancien Testament témoigne de la foi au premier couple

Croire au premier couple de la Genèse n’est pas ce que l’on appelle du fondamentalisme biblique, comme on le dit parfois trop facilement aujourd’hui. Le fondamentalisme prend au pied de la lettre les symboles du récit de la création comme un témoignage historique qui aurait par lui-même valeur scientifique. Mais il ne s’agit pas de donner une portée scientifique immédiate au « comment » de la création du premier couple, mais de croire au fait qu’il y a eu création d’un couple originel d’où est issu tout le genre humain.

Cela c’est l’interprétation que la Genèse donne d’elle-même, comme nous l’avons vu (cf. Gn 3,20 et 5,1-2). Elle nous fait toucher du doigt, dès les origines de la création, cette grande loi de Dieu dans la dispensation de son dessein bienveillant : Dieu passe par des hommes, par le particulier, pour rejoindre tous les hommes, l’universel. Dieu passe par un couple pour produire l’humanité dans sa multitudeCf. Jacques MARITAIN dans Approches sans entraves, Paris, 1973, éd. Fayard, pp. 161-162 : « Si enfin nous nous tournons vers ce qu’on peut appeler les mœurs divines, il nous apparaît que chaque fois qu’a eu lieu un changement historique d’une immense portée, Dieu a voulu qu’il soit l’œuvre d’un seul (ou de deux seuls). C’est le cas d’Abraham devenant, par son acceptation du sacrifice d’Isaac, le père de tous les croyants. C’est le cas de Moïse faisant sortir d’Égypte le peuple d’Israël. C’est le cas de la Vierge en laquelle le Verbe éternel a pris chair ( … ). Quoi d’étonnant que la Révélation nous apprenne que d’un seul couple humain la nature de chacun de nous soit issue, et à ce que de la tragique et bienheureuse histoire de ce couple (o felix culpa) elle charrie la marque de génération en génération. ».

Nous retrouvons cela dans la généalogie du Premier Livre des Chroniques (1 Ch 1,1) qui, par-delà même Abraham, commence avec Adam. Celui-ci apparaît comme le père de l’humanité. C’est ce dont témoigne la Bible quand, pour parler de manière habituelle d’un homme, elle l’appelle un « fils d’Adam ». Fils d’Adam parce qu’il tire son origine première de celui-ci. C’est ce qu’exprimera, à la fin de la Révélation de l’Ancien Testament, le Livre de la Sagesse en un langage hellénistique de type plus philosophique qui dégage la portée métaphysique du récit de la Genèse : Adam est le « père du monde, le premier être formé par Dieu, quand il fut créé seul » (Sg 10,1 ; cf. déjà Jb 15,7). Aussi, dit Ben Sirac le Sage, « au-dessus de toute créature vivante est Adam » (Si 49,17).

Avant ces textes très précis, nous rencontrons déjà le témoignage d’un des derniers prophètes : Malachie. Quand il parle de l’indissolubilité du couple, il renvoie, comme le fera Jésus plus tard, au premier couple de la Genèse et il fait allusion à Adam « le seul être fait par Dieu, qui a chair et souffle de vie et qui cherche une postérité » (Ml 2,15). Vers la fin de la tradition biblique de l’Ancien Testament, nous rencontrons, dans la prière toute simple des jeunes Tobie et Sarra au jour de leurs noces, l’expression spontanée de la foi d’Israël : « C’est toi, Seigneur, qui as créé Adam, c’est toi qui as créé Ève sa femme pour être son secours et son appui, et la race humaine est née de ces deux-là » (Tb 8,6).

La foi d’Israël tranche ici avec les croyances des païens qui ne remontaient qu’aux ancêtres fondateurs de la cité et de la nation, issus des dieux particuliers à celles ci. La foi en un Dieu unique et créateur exige que son alliance avec tous les hommes se fasse avec l’humanité dans sa source unique. Par-delà l’ancêtre du peuple, par-delà Jacob et même Abraham, Israël remonte dans sa foi jusqu’au couple d’Adam et d’Ève, premiers parents de toute l’humanité. Nous sommes là devant la trace et le signe du Dieu vivant de la Révélation.

Le nouveau testament scelle la foi au « premier Adam » (1 Co 15,45)

La nouvelle alliance va prolonger et consolider la révélation du premier couple de la Genèse à laquelle croit Israël. La généalogie de saint Luc, qui reprend en cela celle du Premier Livre des Chroniques, remonte jusqu’à « Adam, fils de Dieu » (Lc 3,38 ; cf. Jude, 14). Elle va de Jésus Fils de Dieu (cf. Lc 3,23 : « Il était, croyait-on, fils de Joseph ») à Adam fils de Dieu.

Saint Paul, dans son discours aux Athéniens dans le cadre de l’Aréopage, reprend la formule du Livre de la Sagesse. Pour les Grecs, comme pour tous les païens, chaque peuple, chaque cité descend de ses dieux à travers un ancêtre fondateur. Les païens sont les premiers polygénistes, ils sont les premiers à avoir postulé que l’humanité est issue de souches diverses et distinctes. A ces Grecs, saint Paul dit : « Dieu a fait habiter sur toute la face de la terre tout le genre humain issu d’un seul » (Ac 17,26 ; cf. 1 Co 11, 12 ; 1 Tm 2,13).

La réalité d’un premier couple est encore mise en avant quand saint Paul révèle le mystère du péché originel dont la doctrine était moins développée dans l’Ancien Testament que celle d’Adam et d’Ève comme premiers parents de tous les hommes. Puisque Jésus « devait mourir pour la nation (Israël), et non seulement pour elle, mais encore pour rassembler dans l’unité tous les enfants de Dieu dispersés » (Jn 11,51-52) ; puisque Jésus est mort pour tout homme sans exception car « tous ont péché et sont privés de la gloire de Dieu » (Rm 3,23), c’est donc que l’humanité tout entière est entrée dans le péché par la faute originelle de nos premiers parents. « Par un seul homme le péché est entré dans le monde » (Rm 5,12; cf. 1 Co 15,21) dit saint Paul qui insiste à chaque fois sur le rôle de source unique de ce premier homme en relation avec l’unicité du Christ rédempteur de tous (cf. Rm 5,15-19).

Mais ne nous y trompons pas. L’unité du genre humain dans le couple de ses premiers parents n’est pas d’abord une vérité déduite du dogme du péché originel, elle en est la condition préalable indispensable. Dans tous les textes cités antérieurement à ceux sur le péché originel, même dans celui de saint Paul s’adressant à l’Aréopage, c’est d’abord la face positive de la solidarité de l’unique famille humaine qui nous est révélée, dont le péché originel et sa transmission ne sont que la face négative et seconde. L’ombre témoigne indirectement de la lumière par l’obstacle qui l’engendre mais elle n’est pas le fondement de la lumière. S’il y a entre nous solidarité dans le péché originel, c’est qu’il y a d’abord solidarité dans la même nature et dans la même grâce données par Dieu pour nous à nos premiers parents.

Croire au premier couple contredit-il une vérité scientifiquement prouvée ?

Nous voici devant la question que tout croyant se pose aujourd’hui. Cette doctrine biblique du premier couple de l’humanité, que les plus anciens d’entre nous ont encore apprise au catéchisme, n’est-elle pas contredite par les découvertes scientifiques contemporaines ? Nous devons appliquer dans ce domaine un grand principe de la doctrine catholique. La réalité, et donc la vérité objective, ne peut être qu’une, mais elle peut être approchée par des voies différentes. Nous sommes ici dans un cas suprême d’approches différentes, par la Révélation et par les sciences, de la réalité d’un même mystère.

La Révélation, nous l’avons dit, atteint le fait du premier couple, mais à travers un « comment » symbolique d’ordre mythique. Mais cela est vrai à condition de s’entendre sur le terme de « mythe ». Le mythe n’est pas une fable, une allégorie sans aucun lien avec la réalité, ne comportant qu’un enseignement moral sur la condition permanente des hommes et leur comportement habituel. Le mythe est un récit de type poétique qui nous permet d’atteindre en vérité à travers ses symboles une réalité première ou ultime, d’ordre métaphysique ou surnaturel. A travers le mythe du couple d’Adam et d’Ève dans la Genèse, c’est un couple, ce couple originel, que notre foi atteint. Mais nous ne devons pas nous attacher à chacune des images mythiques du « comment » : celles-ci doivent être interprétées selon leur genre littéraire qui n’est pas celui d’un témoignage historique descriptif.

La science, de son côté, s’approche de cette même réalité de l’origine de l’humanité par la multiplicité des observations qu’elle opère et, des hypothèses explicatives par lesquelles elle essaie d’en rendre compte rationnellement. La science est toujours en chantier, car elle s’intéresse au comment et c’est seulement sur le comment, en ce qu’il a de mesurable, qu’elle a prise. C’est par le comment qu’elle conçoit des hypothèses sur le réel lui-même. Sur les origines de l’homme, deux sciences se sont penchées, se penchent encore et se pencheront toujours, étant donné l’obscurité de la question et le peu d’observations dont nous disposons pour en rendre raison scientifiquement : la paléontologie et la génétique.

La paléontologie face à la question : qu’est-ce que l’homme ?

La paléontologie procède par comparaison anatomique des fossiles humains ou préhumains. Seulement, ces fossiles sont rares, compte tenu qu’ils sont séparés dans l’espace par des continents, dans le temps par des milliers et des millions d’annéesCf. Yves COPPENS, Pré-ambules : les premiers pas de l’homme, Paris, 1988, pp. 23-28. Philip V. TOBIAS, La paléoanthropologie, Paris, 1992, p. 68.. C’est pourquoi en paléontologie les hypothèses se succèdent et se critiquent sans cesse. Il n’y a ni à le déplorer, ni à s’en réjouir. C’est tout simplement la manière normale de procéder pour une science dont les données d’observation sont sans cesse renouvelées par de nouvelles découvertes de fossiles. Cela relativise néanmoins une certaine suffisance scientiste de la paléontologie du XIXème siècle.

Les paléontologues restent pour la plupart attachés au transformisme issu de Darwin. Pour eux les espèces évoluent à cause de changements génétiques minimes qui, par le jeu du hasard et de la sélection naturelle au cours des siècles, finissent par produire des espèces nouvelles. Ils voient un processus continu entre les derniers ancêtres communs aux hommes et aux singes qu’ils appellent hominoïdés, puis les premiers hominidés qui s’en séparent il y a sept ou huit millions d’années, puis les premiers hominiens qui apparaissent il y a trois ou quatre millions d’années ; puis « l’homme debout » et « l’homme habile » fabricant d’outils, jusqu’à l’homme qui a notre anatomie et date d’environ 100.000 ansJean CHALINE, L’évolution biologique humaine, PUF, 1982, p. 111. Jules CARLES, Op. Cit. pp. 106-108 sur le polygénisme des paléontologues..

Mais la question à laquelle se heurte la paléontologie n’est plus d’ordre scientifique mais d’ordre philosophique et, pour le croyant, théologique. A partir de quel stade sommes-nous en présence du fossile d’un homme ? Les espèces successives du genre hominidé ont toutes disparu : il ne reste que la nôtre. Quand apparaît notre espèce ? Dans une anatomie comme la nôtre, il y a 100.000 ans environ. Mais cela suffit-il pour dire que ces restes sont ceux d’un homme tel que nous, c’est-à-dire dans une perspective philosophique complète et donc susceptible de rendre compte du donné révélé, animé par une âme spirituelle et immortelle ?

Il faut chercher un critère plus décisif que l’outil comme signe de l’humain véritable. « S’agit-il d’outils primitifs, on ne saurait écarter que des vertébrés supérieurs qui n’étaient encore que des hominiens, aient été capables de les faire. La psychologie animale ne nous montre-t-elle pas qu’en général, à cet égard, les ressources de l’imagination non accompagnée de raison vont nettement plus loin que ne porte à croire d’ordinaire un préjugé courant ?Jacques MARITAIN, Op. cit., pp. 159-160. ». Le signe d’un rite funéraire trace une frontière plus sûre entre un hominien d’une espèce proche de la nôtre et l’homme à proprement parler. A la différence de tous les animaux, l’homme, parce que comme dit Pascal « l’homme passe l’homme », ne laisse pas le cadavre de ses congénères à l’abandon comme quelque chose d’insignifiantJules CARLES, op. cit., pp. 50-54. Jean CHALINE, op. cit. pp. 98-101.. Le rite mortuaire, quel qu’il soit, est la première expression de la perception obscure de l’immortalité de l’âme que l’homme porte en lui. Le rite funéraire, avec son pressentiment de l’au-delà, puis l’art des grottes préhistoriques, nous permettent de supposer que cet homme était doué de langage, que c’était un homme tel que nous : mais cela date d’environ 50.000 ans seulementCf. Ibid., p. 108. La Chapelle-aux-Saints, en Corrèze, le plus ancien reste funéraire connu, est datée par le carbone 14 d’il y a 45.000 ans environ.. C’est donc à une date relativement récente que se pose la question de l’origine de notre espèce, celle à laquelle appartiennent tous les hommes d’aujourd’hui de quelque race qu’ils soient, celle des « fils d’Adam ».

La génétique et l’hypothèse du premier homme

Par rapport aux paléontologues, volontiers transformistes et polygénistes, les généticiens, eux, constatent qu’on n’a pas pu produire en laboratoire une seule espèce nouvelle. On a pu multiplier presque à l’infini les variétés génétiques d’une espèce donnée sans jamais arriver à la transformer en une espèce nouvelle. Ils constatent des caractères héréditaires stables, même sur des millénaires. C’est le cas de ce qu’il est convenu d’appeler les races humaines : malgré leurs différences génétiques, elles restent une unique espèce humaine.

Ceci amène beaucoup de généticiens à voir le surgissement d’une espèce nouvelle comme un changement accidentel dans les chromosomes qui sont la structure génétique fondamentale du vivant. Cette mutation chromosomique leur semble trop importante et trop identique pour se produire en même temps chez de multiples individus. L’espèce leur apparaît comme issue d’un individu ou d’un couple mutant. Ce serait aussi le cas de l’hommeCf. Denis BUICAN, La génétique et l’évolution, Paris, PUF, 1986, p. 93. Cf. aussi Jules CARLES et Paul CASSAGNES, L’origine des espèces, Paris, 1981, éd. PUF.. Certains d’entre eux orientent actuellement leurs recherches sur les origines du premier couple à partir de la possible mutation d’une paire de jumeauxCf. ibid., pp. 93-96, rendant compte des travaux de Jérôme LEJEUNE et de Jean de GROUCHY..

La foi confrontée aux recherches scientifiques

La foi chrétienne, devant ces approches multiples des sciences qui étudient les origines de l’homme, n’a pas à essayer de faire concorder telle hypothèse scientifique avec le « comment » symbolique de la Genèse. C’est ce qu’on a appelé le concordisme, qui n’est qu’une apologétique infantile.

Elle ne doit pas se réfugier non plus, comme beaucoup sont tentés de le faire aujourd’hui, dans le discordisme. La réalité, et donc la vérité objective, est une. Si la réalité du premier couple est atteinte par la foi grâce à la Révélation, la science dans ses tâtonnements incessants y tend à sa manière. Il n’y a pas de double vérité : une vérité scientifique et une vérité religieuse. Mais il y a une approche de cette unique vérité qui est différente quand elle est scientifique et quand elle est religieuseOn trouvera une mise au point sur ce problème à propos des origines de l’homme dans un article de vulgarisation à l’intention d’un large public chrétien : Jérôme LEJEUNE, « Biologie, conscience et foi », revue Il est vivant, n° 52, 1985, pp. 22-34..

La foi chrétienne n’a pas non plus à arbitrer entre les diverses hypothèses scientifiques qui doivent se critiquer entre elles selon leur méthode propre. Elle peut néanmoins suivre avec intérêt celles qui approchent de plus près le fait révélé. Mais elle ne fondera jamais la certitude de sa foi sur une hypothèse scientifique, aussi concordante puisse-t-elle apparaître avec le fait révélé.

Or, dans ce domaine, à moins d’extrapoler la science hors de son domaine et de la dégrader en idéologie, il n’y aura pas de vérité scientifique démontrée concernant l’apparition de l’homme tel que nous sommes. Cela exige des croyants une vigilance critique pour ne pas prendre comme une vérité scientifiquement prouvée une hypothèse explicative consciemment ou inconsciemment sous-tendue par une philosophie contestableCf. Etienne GILSON, D’Aristote à Darwin et retour, Paris, 1971, éd. Vrin.. Il est bon de savoir que le magistère suprême de l’Église, en particulier à travers l’Académie pontificale des sciences, et par différents colloques organisés périodiquement sous ses auspices, suit de très près toutes les recherches des scientifiques dans ce domaine.

Il n’y aura pas de nouvelle affaire Galilée dans la question des origines de l’homme. De son côté, l’Église a mieux pris conscience de la liberté religieuse et de l’autonomie de la recherche scientifique dans son ordre propre. De leur côté, les paléontologues ne peuvent pas dire, quand ils rencontrent un fossile, s’ils sont en présence de l’homme tel que nous sommes, et les généticiens ne peuvent pas examiner les chromosomes de ces restes minéralisés. Les astronomes, eux, pouvaient dire ce qu’était le soleil. D’ailleurs, s’il y a eu condamnation de Galilée par l’Église, on le sait mieux aujourd’hui par l’étude de l’ensemble des archives, c’est que sans doute, dans la théorie de Galilée, il y avait des extrapolations métaphysiques qui mettaient en question plus que le mouvement du soleil autour de la terreCf. P. THUILLIER, « L’Église doit-elle mettre fin au « scandale Galilée » ? » dans La Recherche, juin 1988, n° 200, et les réponses des PP. MAYAUD et de COSTABEL dans La Recherche, avril 1989, n° 209..

Par-dessus tout, la théologie ne doit pas se laisser tenter aujourd’hui par un concordisme à rebours. Il est triste de voir certaines conceptions théologiques aller jusqu’à vider le péché originel de son caractère premier de péché personnel, celui de nos premiers parents, pour faire concorder la foi avec une hypothèse polygéniste qui est elle-même en régression parmi les hypothèses scientifiques. C’est de la pire apologétique, celle qui réduit le dépôt de la foi à une opinion humaine non certainement vérifiée.

La confession de la foi par la tradition et le magistère

Il est vrai qu’avec le couple originel nous sommes devant quelque chose d’inimaginable, et cependant cela fait partie de notre foi. On ne peut pas se le représenter car le « comment » reste très mystérieux. Inconcevable, parce que la foi à un premier couple dont nous sommes tous issus se heurte à un tabou psychologique profond, au tabou de l’inceste, qui est une loi inscrite en nous de manière immémoriale. Mais n’y a-t-il pas là justement le signe a contrario d’une inspiration divine révélatrice ? Il fallait une puissante motion divine sur la foi d’Israël pour que l’auteur de la Genèse, et ceux des autres livres sacrés après lui, ose affronter et transgresser l’interdit de l’inceste en nous présentant le premier couple humain, alors que cette interdiction était si fortement affirmée dans la Loi donnée par Dieu à MoïseCf. Lv 18,7-18; 20,12-14-17 ; Dt 27,20-22-23. Mais le cas de l’inceste de Tamar avec son beau-père Juda, qui n’est pas condamné par la Bible (Cf. Gn 38,26 ; Rt 4,12), se rapprocherait des incestes primitifs parce qu’il constitue la seule possibilité d’engendrer une descendance, dans ce cas celle qui aboutira, par Pérèç (Cf. Nb 26,21) et David (Cf. 1 Ch 2,3 ss), au Messie (Cf. Mt 1,3-6)..

Non seulement l’Écriture mais toute la Tradition qui l’interprète est unanime pour confesser la réalité du couple originel, aussi bien dans le judaïsme rabbiniqueCf. Émeric DEUTSCH, « Le mythe de l’enracinement et le judaïsme », dans Les Nouveaux Cahiers, n° 107 (hiver 1991-1992), p. 54. que chez les Pères et les docteurs de l’ÉgliseCf. déjà le pape Pélage I en 557 qui confesse, en dehors de toute référence au péché originel : « Tous les hommes ressusciteront, eux qui seront, à partir d’Adam et jusqu’à la fin du monde, nés et morts avec Adam et sa femme qui eux ne sont pas nés d’autres parents » (Denzinger-Schönmetzer, 443)..

Le magistère de l’Église garde ce dépôt de la foi et le défend quand il est attaqué. De manière solennelle, en 1950, le pape Pie XII a rappelé que s’il n’y a pas de contradiction entre la foi une certaine hypothèse évolutionniste en ce sens que « le corps humain a pu être tiré d’une matière déjà existante et vivante »Gervais DUMEIGE, La foi catholique, Paris, 1975, éd. L’Orante, n° 268., il n’en va pas de même pour l’hypothèse polygéniste. « On ne voit, écrivait Pie XII, aucune façon d’accorder pareille doctrine [dans laquelle « Adam désigne l’ensemble des multiples premiers pères »] avec la foi dans le péché originel, qui tire son origine d’un péché vraiment personnel commis par Adam et répandu en tous par génération »Ibid., n° 269. et « non par imitation » comme l’avait déjà précisé le concile de TrenteIbid., n° 277.. Les hommes ne naissent pas innocents et ce n’est pas la société qui les rend mauvais.

Mais on ne croit pas au premier couple d’abord par déduction à partir du péché originel. On affirme positivement l’unité naturelle et la solidarité du genre humain tiré d’une source unique. Aussi Pie XII fut-il déjà auparavant amené à la défendre dans sa première encyclique d’octobre 1939, au moment où le racisme nazi étendait son pouvoir sur l’Europe au début de la deuxième guerre mondiale. Le pape osa dire ceci : « La première de ces pernicieuses erreurs est l’oubli de cette loi de solidarité humaine et de charité dictée et imposée par la communauté d’origine et par l’égalité de la nature raisonnable chez tous les hommes à quelque peuple qu’ils appartiennent (…). L’Écriture nous montre comment, du premier couple, tirèrent leur origine les autres hommes (…). L’Apôtre des Nations, à son tour, se fait le héraut de cette vérité, qui unit fraternellement tous les hommes en une grande famille, quand il annonce au monde grec que “Dieu a fait sortir d’un seul toute la descendance des hommes pour qu’elle peuplât la face de la terre” (Ac 17,26-27) » Encyclique Summi pontificatus, 20 octobre 1939, 3..

Ce n’est pas seulement le magistère passé mais, à sa suite, les derniers papes qui ont tenu à réaffirmer la même vérité révélée. En 1968, le pape Paul VI confesse, dans son Credo du peuple de Dieu, la foi en la réalité de « nos premiers parents, constitués par Dieu dans la sainteté et la justice »La foi catholique, op. cit., n° 52/9.. Et notre pape actuel, Jean-Paul II, a tenu à préciser dans sa catéchèse sur la Genèse, à propos du « premier être humain, homme et femme, qu’il a reçu de Dieu la grâce sanctifiante, non seulement pour lui-même mais pour ses descendants »Allocution du 10 septembre 1986 ; cf. JEAN-PAUL II, Le créateur du ciel et de la terre : catéchèse sur le Credo II, Paris, 1988, éd. du Cerf.. Et il a repris à son compte, en le citant dans cette même catéchèse, le refus que Paul VI, à la suite de Pie XII, avait opposé à l’hypothèse polygéniste« Il est évident qu’elles vous sembleront inconciliables avec l’authentique doctrine catholique ces explications données au sujet du péché originel par quelques auteurs modernes qui, partant d’un polygénisme – supposé et non démontré – nient, plus ou moins clairement, que le péché, d’où ont découlé tant de maux dans l’humanité, soit avant tout la désobéissance d’Adam “premier homme”, figure de l’homme futur, “commise au début de l’histoire” » (PAUL VI, 1966, Acta Apostolicae Sedis, LVIII; cité par JEAN-PAUL II le 11 octobre 1986, op. cit., p. 216).. Il est bon que tous les catholiques sachent que, sur ce point, telle est la foi que confesse l’Église dans son magistère ordinaire.

L’Église confrontée au racisme idéologique

Si l’Église affirme si fortement à notre époque sa foi en un Dieu qui passe par un couple unique à l’origine de l’humanité, c’est qu’il constitue le seul verrou absolument sûr contre toute forme de racisme idéologique. Les pères du polygénisme, à partir du XVIIIème siècle, ont tous été racistes et c’est dans la logique des chosesCf. Stephen J. GOULD, La mal-mesure de l’homme, Paris, 1983, pp. 39-77. Cf. chez le même auteur l’utilisation raciste d’un certain évolutionnisme, op. cit., pp. 132-137. Le racisme est cependant sans fondement scientifique. A l’opposé de ce que nous avons dit de la différence entre les sexes, la différence entre les races n’est qu’une « petite différence ». D’un point de vue génétique, les différences entre deux races globalement prises sont infiniment moindres que les différences entre deux individus d’une même race« Les chercheurs américains R. LEWONTIN et M. NEI ont cherché à analyser la diversité globale de l’ensemble des hommes en une part due aux écarts entre les grands groupes classiquement admis (blancs, jaunes, noirs), une part due aux écarts entre nations appartenant à un même groupe, enfin en une part due aux différences entre individus d’une même nation : ces parts sont respectivement de 7 %, 8 % et 85 % », dans Albert JACQUARD, Éloge de la différence, Paris, 1978, éd. du Seuil, pp. 107-108. Ces chiffres se passent de commentaires..

La richesse du patrimoine génétique de l’humanité est telle que l’individuation est plus riche de différence que ce qui nous apparaît comme une différence raciale. Celle-ci nous frappe parce qu’elle est commune à un groupe d’hommes et qu’elle s’accompagne donc souvent d’une culture différente. Mais en fait la différence raciale n’est qu’une des multiples formes que prend ma rencontre avec l’autre qu’est mon prochain. En conséquence l’Église s’est toujours opposée à l’endogamie, à l’enfermement des mariages à l’intérieur d’un groupe avec interdiction de métissage. Elle a permis le mariage entre tout fils d’Adam et toute fille d’Ève à quelque race qu’ils appartiennent. Elle a même permis, par la bouche même de saint Paul (cf. 1 Co 7,12-14), le mariage entre chrétiens et non-chrétiens, ne s’estimant pas en droit d’aller contre l’alliance fondamentale de Dieu avec toute l’humanité dans le couple, même quand elle déconseille avec l’apôtre ces « attelages disparates » (2 Co 6,14).

L’Église a reconnu le caractère humain des Indiens d’Amérique, à peine le nouveau monde avait-il été découvertBulle Sublimis Deus du pape Paul III en 1537, qui déclare les Indiens « vrais hommes » malgré ceux qui ont l’audace d’affirmer qu’il faut les réduire en servitude comme des animaux sans âme. Il soutenait par là la lutte du grand dominicain Bartolomé de Las Casas depuis sa première dispute théologique en 1519 en présence de l’empereur Charles Quint. Cf. François de FONTEYFE, Le racisme, Paris, 1985, éd., PUF.. Elle a accepté que dans sa maison ses enfants se brassent et a dénoncé les lois limitant le mariage, dans l’Allemagne nazie comme dans l’Afrique du Sud de l’apartheid, et une atteinte aux droits fondamentaux de la famille et de la personne humaine qui doivent passer avant les dispositions de la loi civileLa condamnation la plus complète du racisme idéologique a été donnée par le pape Pie XI dans son encyclique de 1937, Mit brennender Sorge, contre le racisme néo-païen du nazisme.. La notion de race pure est une impasse : elle ne conduit pas à la pureté mais à la dégénérescence.

L’Église défend encore aujourd’hui la nature humaine issue du premier couple, dans toute sa richesse et toute sa variété. Elle la défend aussi dans la stabilité de sa structure génétique fondamentale et elle s’oppose à toute manipulation génétique sur l’homme, à tout eugénisme ou sélection dans l’espèce humaine, à toute utilisation du corps de l’homme comme s’il ne s’agissait que d’un matériau génétique. « C’est toi, Seigneur, dit le psalmiste, qui m’as tissé dans le sein de ma mère ; je te rends grâces pour tant de mystère, prodige que je suis et que tes œuvres » (Ps 138,13-14). Notre texture génétique, chromosomique, est sacrée.

L’Église se retrouvera peut-être seule un jour à défendre la nature humaine contre une idéologie technocratique prête à manipuler l’homme dans son patrimoine spécifique. Elle est heureuse quand elle peut le faire avec d’autres hommes de bonne volonté ; mais si elle devait se retrouver seule, elle ne pourrait pas se dérober à sa mission qui est de témoigner de l’homme fait à l’image de Dieu. Elle partage cet héritage biblique avec le peuple d’Israël par qui elle l’a reçu de Dieu. C’est à cause de cette vérité biblique sur l’unité du genre humain à partir du premier couple que le racisme nazi entreprit d’anéantir Israël et d’attaquer l’Église« L’antisémitisme n’est pas une simple composante de l’idéologie raciste. C’est un rouage essentiel, car il n’y a pas d’état racial possible à moins d’extirper au préalable la vision juive de l’homme », P. Jean DUJARDIN, « Lutte raciale ou conflit religieux ? De la question historique à la question théologique », dans Les Nouveaux Cahiers n° 107, hiver 1991-1992, p. 52..

L’Église devant le racisme spontané

Le racisme idéologique et pseudo-scientifique est aujourd’hui en recul, Dieu merci. Cependant l’Église reste vigilante car il peut venir empoisonner un racisme spontané, qui n’est que la peur devant la petite différence raciale ou le désagrément dû à des comportements ethniques et culturels qui ne sont pas les nôtres. Ce racisme-là, il est potentiellement en nous tous. Il faut faire attention à ne pas commencer par le culpabiliser de manière moralisante car on ne ferait que l’exacerber.

Il faut oser parler paisiblement de notre peur ou de notre gêne devant des groupes humains que nous ressentons comme différentsCf. Albert MENTI, Le racisme, Paris, 1982, éd. Gaillardes, pp. 133-141.. L’Église éduque progressivement ses enfants à s’accepter différents au sein de sa maternité commune. Sa catholicité s’efforce d’assumer positivement le défi mondialiste de notre temps. Ce phénomène social international est dû au développement d’un marché mondial des denrées et de la main-d’œuvre, ainsi qu’à la facilité des moyens de communications multiples et rapides. Mais il tend aujourd’hui à développer une idéologie mondialiste qui durcit et absolutise le droit de l’homme à la non-discrimination. En interdisant systématiquement, au nom de ce principe invoqué abusivement, tout choix de voisinage ou toute politique d’immigration, on ignore un respect, inspiré par la prudence, des mentalités collectives lentes à évoluer et on risque de susciter des réactions de peur et de violence qui sont à l’opposé de l’intégration recherchée. Un moralisme mondialiste n’est pas le meilleur chemin pour une éducation des comportements spontanés capable de nous apprendre progressivement à accepter nos différences en reconnaissant en elles des richesses de cette nature humaine commune que nous avons reçu de nos premiers parents.

La solidarité raciale est menacée dans notre monde, parce que des masses humaines, par le jeu de l’économie mondiale et des communications internationales, se trouvent arrachées à leur contexte culturel d’origine et jetées, sans préparation aucune, dans des mégapoles où elles sont brassées sans être vraiment intégrées. Il suffit de prendre le métro à New York, et maintenant aussi à Paris ou à Londres, pour découvrir cette humanité orpheline, morcelée et juxtaposée en mosaïque, habitée par l’indifférence vis-à-vis de l’autre quand ce n’est pas par la violence et par la peur.

L’Église veut guérir cette peur en éduquant l’homme par sa maternité. Son universalité n’est pas nivellante comme celle du mondialisme. Elle ne veut pas ignorer les différences, mais elle voit les hommes de « toute race, toute langue et toute nation » (Ap 5,9) comme membres de l’unique famille humaine que Dieu a créée à partir du premier couple. L’Église joue ce rôle de nouvelle Ève dans notre monde actuel, quels qu’aient pu être les contre-témoignages de ses enfants au cours de l’histoire. D’ailleurs, à côté de ces contre-témoignages, il y a cette fraternité universelle qui lui est connaturelle et qu’un frère Charles de Jésus, le père de Foucauld, a incarnée à notre époque.

Il n’est pas étonnant, dans le contexte d’une humanité qui vit aux dimensions planétaires, que cette maternité de l’Église appelle, au sein du ministère apostolique comme un pôle unifiant, le pape, dans son rôle contemporain de « père commun ». En lui se reconnaissent bien sûr les catholiques de toutes races, qui se rassemblent dans un coude à coude fraternel sur la place Saint-Pierre à Rome. Mais vers lui aussi se tournent spontanément bien des populations du Tiers-Monde, qui sont souvent des populations de couleur, parce qu’elles se sentent reconnues, honorées par lui. Quand, arrivant chez eux, il embrasse leur terre ou un de leurs enfants, il incarne comme une icône de la catholicité, de la véritable universalité qui ne nivelle ni n’oppose et qui partant exorcise la peur. Le monde a besoin que toutes nos communautés d’Église deviennent des lieux de maternité catholique où se refait l’unité que Dieu a voulue pour le genre humain quand il l’a tiré du couple de nos premiers parents.

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