On s’est efforcé de décrire l’avancée de Dieu parmi les hommes ; on en a souligné le moment essentiel, celui de l’Incarnation ; on s’est attardé à mieux connaître l’humanité de Jésus qui est la manifestation de Dieu dans le créé ; on a encore une fois silhouetté les modes de présence et d’action de Dieu à partir du Christ ; on s’est arrêté à la présence eucharistique qui, en attendant le retour de Jésus, permet de le garder » à portée de la main « . Histoire et dépouillement des documents sans doute, mais qui se voudraient meilleure connaissance de Jésus-Christ et des moyens de l’atteindre.
Auteur : RÉSURRECTION
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Éditorial
Les éléments de solution que la Révélation apporte au terrible problème de la souffrance sont proposés par » Résurrection » dans l’ordre chronologique de leur divulgation. Néanmoins, pour satisfaire à une instante actualité, il a paru bon de les faire précéder de quelques questions. Les réponses que s’est efforcé d’y donner suggéreront peut-être aussi un ordre de réflexion utile en ce domaine.
1° Pourquoi poser le problème seulement au niveau de l’homme ? Pourquoi essayer d’y engager sa responsabilité et de le résoudre par l’unique histoire de ses relations avec Dieu ? Si la souffrance ne se manifeste que dans les êtres animés, elle ne correspond pas moins à une loi universelle des êtres, tous imparfaits et en transformation, puisque leur subsistance leur développement dépendent de la destruction des uns au profit des autres et que leur évolution même comporte toujours la liquidation des équilibres antérieurs…
La souffrance n’est pas seulement la conscience d’une douleur dont, par ailleurs, le rôle positif est incontestable. C’est le scandale d’un esprit qui perçoit une insupportable opposition entre son bien qu’il connaît et qu’il veut et un accident qui l’empêche. Elle suppose une certaine notion de la finalité en général et du destin de l’homme en particulier qui sont de l’ordre métaphysique, ainsi que le prouvent toutes lamentations humaines sur la souffrance.
2° Si Dieu est le créateur tout-puissant de ce qui existe, comment ne pas le tenir pour responsable de la souffrance ? Même si la créature l’a offensé, convient-il à sa bonté qu’il se soit vengé de si terrible façon ?
Dieu ne veut pas la souffrance ; elle lui fait horreur comme un sabotage de son oeuvre. Le péché (mal moral) en est la cause, non pas en ce sens que Dieu le sanctionne d’une punition choisie arbitrairement, mais en ce sens qu’elle en est la conséquence intrinsèque. Dieu seul sait et veut le bien de sa créature. S’écarter de cette sagesse et s’opposer à cette volonté c’est, immanquablement et en vertu du principe de non contradiction, engendrer le désordre est donc la souffrance.
Dieu a donné à l’homme la liberté, c’est-à-dire qui lui a délégué quelque chose de sa puissance et l’a élevé au-dessus de la situation de créature pour le faire partenaire de son amour. Conférée à un être qui reste néanmoins créé et donc dépourvu de la perfection divine, cette liberté peut s’égarer loin de la volonté divine dans un refus d’amour. Cet accident en quoi consiste le péché coupe l’homme de Dieu, ébranle son pouvoir sur les déterminismes qui lui étaient soumis, les détourne de leur fin et bouscule leur agencement harmonieux.
4° Il ne semble pas que les souffrances correspondent en chaque homme à ses péchés. Méchants à qui tout réussit, bons éprouvés, enfants torturés par la maladie et surtout cette terrible injustice du péché originel qui fait supporter à tous les hommes la punition d’une faute qu’un seul a commise…
Les relations entre Dieu et l’homme ne sont pas un dialogue isolé. C’est par l’ensemble des hommes parmi lesquels il est inséré dans le temps et l’espace que chacun est en communication avec Dieu, de telle façon que l’attitude plus ou moins ouverte des uns aide ou gêne les autres. Le péché déclenche donc des solidarités négatives entre les hommes et par eux dans le monde entier, d’où naissent des souffrance sans nombre dans le plus grand désordre.
Le péché originel – dont l’étude ne sera pas faite ici – n’est que la première de ces solidarités négatives. Ce n’est ni une faute ni ne punition partagée, mais la situation provisoire dans laquelle sont placés les hommes faits pour Dieu est séparé de Dieu.
C’est là le fond du problème ! Dieu a couru le risque de donner la liberté à une créature limitée donc faillible. Mystère de son dessin créateur D On comprend un peu pourquoi, voulant amener d’autres êtres que lui à l’existence, il a voulu aussi les faire rentrer dans le circuit de son amour par une créature intelligente et libre à laquelle il accorderait le privilège de son amitié. Mais pourquoi a-t-il voulu sortir de sa plénitude où rien ne lui manquait et s’embarquer pour cette dangereuse aventure de la création ? Des réponses ont été données, plus philosophiques que théologiques, semble-t-il. Si Dieu, en effet, a révélé les modalités de son dessein créateur, il n’en a pas divulgué la motivation profonde. Comment le pourrait-il sans introduire l’homme, avant l’heure de l’union totale avec lui, dans les profondeurs de cette vie divine dont le mystère d’amour généreux est à peine deviné ici-bas.
Ce qui est certain, au contraire, c’est que la création, ayant été voulue par Dieu, est bonne. Le risque valait la peine d’être couru puisqu’il l’a couru. Tout ce que l’homme sait par ailleurs de Dieu le prouve. Il devra attendre néanmoins la fin de l’entreprise pour en faire le bilan et constater expérimentalement quelle manifestation de la puissance et de la bonté divine elle fut.
6° Au lieu de spéculer, ne ferait-on pas mieux de travailler au progrès humain, dans l’espoir qu’une meilleure connaissance de l’homme, de ses relations avec les autres, et des autres réalités concrètes, finisse par diminuer et peut-être par éliminer toute souffrance de ce monde ?
L’homme d’aujourd’hui, certes, a porté remède à quelques maux particuliers. Néanmoins la bataille est confuse et rien ne laisse prévoir la victoire. Une maladie est éliminée, mais une autre arrive, une injustice sociale est atténuée, mais de grandes épreuves mondiales menacent. Tout se passe comme si chaque déploiement de forces humaines était empoisonné dans sa source et saisi par une intelligence malfaisante désireuse de contrecarrer le déroulement d’un plan bien agencé. C’est qu’il existe en effet une créature de grande classe, mais révoltée, l’Adversaire ou le Démon, qui exerce une influence maléfique sur l’homme à travers toutes ses activités parce qu’il agit sur sa conscience même. Le combat se poursuit au plus profond de l’homme non sans sa participation, mais avec des conséquences qui le dépassent.
7° Si l’héroïsme du Christ au milieu de ses souffrances est un exemple encourageant, si sa participation aux souffrances des hommes leur apporte une consolation fraternelle, si sa passion symbolise bien la condition humaine face à l’adversité et manifeste même une certaine pitié divine, qu’apporte-t-elle comme solution à la fois satisfaisante pour l’esprit et pratique pour la vie au problème de la souffrance ?
Aucun bien ne pouvant exister en dehors de la volonté divine, le Christ subit les conséquences de l’acte par lequel l’homme s’est opposé à elle, mais par son libre consentement il proclame l’excellence de cette loi et l’innocence de Dieu.
La solidarité dans laquelle il a établi l’homme joue son rôle négatif dans la passion du Christ qui souffre à cause de leurs péchés, mais son efficience est restaurée de façon positive puisque le Christ devient la tête d’un corps dont les chrétiens sont les membres.
La souffrance est une question que l’homme pose à Dieu. Son intelligence courte, ignorante des mécanismes subtils qui meuvent le monde, braquée sur des expériences individuelles et temporelles, inadéquate au mystère des vouloir divins, s’irrite de ne pas en recevoir la réponse souhaitée.
C’est qu’au contraire, la souffrance est plutôt une question posée à l’homme par Dieu : » Comment te trouves-tu de te refuser à ma volonté ? En ton expérience douloureuse ne découvres-tu pas que je suis ton seul bien et la source de tous les biens ? » Si le péché n’engendrait pas la souffrance, il n’y aurait aucune chance pour l’homme de revenir à Dieu.
De toute façon, la souffrance est la question essentielle qui domine les relations de l’homme avec Dieu. Selon la façon dont on y répond elle éloigne de Dieu ou elle ramène à Dieu. Puisse le Saint-Esprit à travers les pages de » Résurrection » faire son oeuvre de lumière, d’amour et de paix !
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Editorial
Le prêtre et nous
Le prêtre est certes un sujet d’actualité. Roman, théâtre, cinéma depuis dix ans y reviennent sans cesse. L’expérience des prêtres-ouvriers l’a introduit dans la presse la plus profane et par le fait même dans toutes les conversations. Les catholiques, qui prennent une part plus active à la vie de l’Eglise, essayent, non sans mal, de se situer par rapport à lui. Parallèlement, le petit nombre de prêtres en face des besoins accrus pose une question pressante.
Qu’est-ce donc que le prêtre ? Quelle est sa place dans le dessein de Dieu ? Quelle est l’attitude chrétienne en face de lui ? Problèmes inéluctables d’une extrême urgence !
Dieu, dans ses rapports avec les hommes, a choisis de passer par d’autres hommes : des médiateurs. Dans l’Ancien Testament, des hommes de Dieu : patriarches, législateurs, juges, rois, prophètes, prêtres, sages sont suscités par la sollicitude divine. Limités et parfois infidèles, l’Esprit de Dieu néanmoins est sur eux, et par eux la vie religieuse du peuple s’affirme.
Mais c’est vers et en Jésus que cette action culmine. En lui elle ouvre une plénitude qui comble en les dépassant tous les efforts antécédents. Il est vraiment le médiateur à un titre unique. Dans l’incarnation Son humanité a été totalement assumée par la personne divine. L’onction de la divinité, pour rester dans le style des anciens hommes de Dieu, l’a pénétré si parfaitement qu’il a mérité de porter de façon exclusive le nom de Christ, c’est-à-dire d’Oint. Dans tous les moments de sa vie, mais essentiellement à l’heure extrême de sa Passion, il offre à Dieu le sacrifice de louange, jonction totale de la liberté créée et de la volonté du Créateur, même à travers la souffrance, conséquence du péché. A l’égard des hommes, il est la Parole parfaite, expression des appels du Père et la source à partir de laquelle ils reçoivent l’Esprit de Dieu dont il est surabondamment rempli. C’est donc par Lui, en Lui et avec Lui que toute relation s’opère éternellement entre Dieu et les hommes.
Son action médiatrice réclamant une présence permanente sur la terre, à travers le temps et l’espace, il y demeure sous la forme sociale d’un corps (son corps mystique) composé de tous ceux qui ont été touchés, retournés, vivifiés par lui au baptême. Par participation au Christ, ils font monter de la terre, à travers leurs multiples activités orientées par la prière, l’accord que Dieu en attend. De sa part, ils sont signes et font signe aux hommes. Sa grâce dilatée en eux les atteints immédiatement.
Parmi eux le Christ a choisi quelques-uns pour qu’ils soient à l’égard de leurs frères, ce que l’ensemble est à l’égard du monde. Au-delà du baptême qui fait profiter tous les fidèles de la médiation du Christ, ces prêtres participent à la réalité médiatrice de Jésus-Christ. En cet état, ils offrent son sacrifice par la célébration eucharistique qui devient ainsi par surcroît le sacrifice des hommes. Ils influent sur les fidèles et ceux qui doivent le devenir, par une parole et par une action divinement assistées, spécialement efficaces dans les sacrements où le Christ passe inéluctablement. Par leur vie, qui Lui est uniquement consacrée, ils signifient aux hommes la nécessité et la possibilité de l’union à Dieu.
Quelle est la raison de cette loi de la médiation ? peut-être est-elle une réponse au délicat problème des rapports de Dieu avec la liberté humaine. La lumière et la puissance divine veulent atteindre l’homme sans l’anéantir, sans le bousculer, sans même le froisser. A travers une humanité intermédiaire, celle du Christ, celle des prêtres, celle de l’Eglise tout entière, elles le touchent de façon plus discrète et plus adaptée. De plus, elles réclament de lui une attitude plus objective ; devant l’altérité, c’est-à-dire la présence concrète du médiateur, l’homme perçoit la réalité du partenaire divin qui, pour répondre merveilleusement à ses propres besoins, n’en est pas pour autant la projection fallacieuse. Seulement, le risque est grand. Hors la réussite extraordinaire de l’unique médiateur Jésus-Christ, les hommes et le peuple de Dieu transmettent mal le signe que Dieu fait aux hommes. Ceux-ci seront toujours tentés d’excuser leur refus sur l’imperfection des moyens de transmission. Mais cette difficulté est elle-même génératrice d’un contact où l’homme a plus sûrement sa place. La grâce qui s’avance par le médiateur le rend capable de discerner à travers les déficiences de la transmission l’intention de Celui qui l’appelle et qui consent, dans son immense amour, à cette humiliation pour mieux le rencontrer.
Prêtres proprement dit ou tous ensemble médiateurs entre Dieu et les hommes, quelle responsabilité ! Comment l’assumer si on ne se situe pas sur un plan de pure, quoique humaine instrumentalité ? D’abord se laisser manier par Dieu. Lui seul sait où il veut aller et par où il veut passer. Sans une grande disponibilité, fruit d’une union exceptionnelle avec Dieu, le médiateur, loin de faciliter la jonction, y fait obstacle. Mais cette union n’est possible que suivant le chemin inauguré par le Christ, celui de la croix. C’est le seul qui conduise entre la liberté pécheresse et Dieu. Le médiateur, néanmoins, dans l’optique de l’Incarnation, doit agir positivement, utiliser les moyens d’influence, construire des communautés spirituelles, s’efforcer d’obtenir un résultat, mais il doit accepter que cet effort soit tout traversé des ruptures qu’y opposent les volontés qui se dressent et les nécessaires subordinations. On n’agit pas à coup sûr sur autrui ; on n’est jamais médiateur seul et l’on est soi-même soumis à d’autres médiateurs. C’est par ces brèches douloureuses d’une activité trop satisfaite d’elle-même, que passe Dieu. Elles sont une occasion de mesurer son extraordinaire condescendance qui désire se servir des hommes alors qu’Il est tout-puissant. Il faut bien que les intermédiaires se rendent compte qu’ils ne sont pas les maîtres. Et puis, il ne faut pas tricher : ne pas amenuiser le but à atteindre, ne pas en détruire le sens ou en rechercher surtout les apparences ; avant tout avancer dans l’union à Dieu, motif et moyen de tout sacerdoce, voir et servir Dieu dans les autres uniquement. Car il n’y a pas d’autre récompense à attendre, mais elle est merveilleuse, que la réalisation de la parole de Jésus à ses apôtres : je ne vous appellerai plus mes serviteurs, mais mes amis.
Le sacerdoce collégial de ceux qui ne sont pas prêtres tire toute sa réalité du sacerdoce des prêtres. Qu’ils l’exercent dans des activités qui, pour être confiées d’abord aux prêtres, n’en sont pas moins pour tous la forme première du sacerdoce, ou qu’ils le prolongent en un domaine plus profane où l’Eglise guide et dirige sans imposer toutes les attitudes concrètes, ils le vivront dans la mesure où ils vénéreront le sacerdoce des prêtres à travers lequel ils s’apparentent à celui de Jésus-Christ. Ils sauront apprécier leur situation, victimes ajoutées à celle de la croix, reconnaître leur très spéciale union au Verbe Incarné, et l’assistance supérieure qu’ils reçoivent de l’Esprit. Ils leur demanderont d’être prêtres, seulement prêtres. Ils leur offriront joyeusement une collaboration hiérarchique dans les choses religieuses. Sans complexe, ils admireront l’œuvre de Dieu en eux et souhaiteront passionnément que ceux qui sont aptes, surtout parmi les plus hautes valeurs humaines, aient assez de générosité pour se laisser entraîner par l’appel exclusif de Dieu.
Maxime CHARLES
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Dieu
Ce mot évoque l’ensemble des réalités religieuses, et en un sens, c’est assez juste. Pourtant, un certain nombre de problèmes concernent seulement ce qui est affirmé de l’être absolu et personnel. Ils doivent être considérés en eux-mêmes. A l’heure, en effet, où avec le Christ, on entre dans l’intimité trinitaire, où on découvre le dessein de salut et où on constate la présence de Dieu dans le monde d’aujourd’hui, il faut savoir tout de même un peu et sans erreur ce qu’Il est, ou au moins ce que l’on a le droit de mettre sous le nom qui le désigne. L’intelligence et la valeur du christianisme en dépendent, la prière aussi qui réclame une convenable notion de Celui avec lequel elle est dialogue.
On trouve ici une étude en quelque sorte historique des réflexions que l’homme a faites sur Dieu au cours des siècles. Elle offre les bases d’une connaissance cohérente et certaine parce que beaucoup d’entre elles ont été formulées ou inspirées à des degrés divers par Dieu lui-même : Ecriture Sainte, Pères et Docteurs, Définitions de l’Eglise.
Il reste à voir comment elles répondent aux questions que l’on se ose aujourd’hui à propos de Dieu. La théologie, en effet, n’est pas un jeu de l’esprit ou un exercice de fidélité, mais une lumière pour la vie la plus concrète.
Afin de favoriser ce travail, cinq plans sont proposés à la fin de ce numéro. Ils correspondent à des cours donnés à la basilique de Montmartre et à des cercles d’étude théologique entre laïcs, ceux des équipes Résurrection et Saint-Jean ; mais tous les lecteurs peuvent s’en servir pour vérifier l’actualité des perspectives chrétiennes sur le mystère de Dieu.
Résurrection
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La Trinité
S’il est un mystère invoqué sans cesse par la liturgie officielle de l’Eglise comme par la piété la plus populaire, c’est bien celui qui s’énonce par les mots les plus employés de la prière chrétienne : Au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit ! Paradoxalement, c’est aussi celui qui paraît le plus hors d’atteinte de l’intelligence humaine et, par le fait, celui auquel les chrétiens se réfèrent le moins. Selon la définition tronquée du catéchisme : c’est vraiment une vérité qu’il faut croire bien qu’on ne puisse pas la comprendre.
Sans prétendre le moins du monde faire complètement comprendre la Trinité, Résurrection veut, en ce premier trimestre 1961, permettre à ses lecteurs d’en comprendre quelque chose. Si Dieu a un peu livré aux hommes le secret de sa vie intime, ce n’est pas seulement pour éprouver leur intelligence par l’obéissance de la foi ; c’est aussi par cette confidence les inviter à resserrer leur union avec Lui.
La méthode employée ici est celle même que Dieu a suivie pour cette révélation. Elle n’a pas été faite directement ni de façon didactique. Dieu, au cours des siècles et même en la personne de Jésus-Christ, n’a laissé deviner son mystère intérieur que par des mots, des aveux, des attitudes dont l’Ancien et le Nouveau Testament, dominés pourtant par l’histoire du salut de l’homme, nous apportent l’écho. L’effort déraisonnable des rationalistes des premiers siècles pour soumettre la réalité suprême aux limites de l’esprit humain a néanmoins permis au Saint-Esprit d’inspirer à l’Eglise un vocabulaire précis qui fixe l’énoncé dogmatique selon la rectitude de la révélation. L’effort d’assimilation des chrétiens les plus éminents des siècles passés offre aussi un secours puissant aux chrétiens d’aujourd’hui. Certains, sur le plan intellectuel, qui est indispensable pour un contact vrai avec Dieu, ont lancé des comparaisons dont aucune n’est complètement satisfaisante, mais qui permettent à l’intelligence à la fois de s’ouvrir au mystère et d’expérimenter sa réalité irréductible. D’autres, sur le plan spirituel, se sont, au-delà des ombres, laissés saisir par le vertige de la vie même de Dieu, témoignant ainsi de son existence et de sa transcendance.
Le christianisme d’aujourd’hui ne doit pas abandonner l’exploitation du mystère essentiel. Lui seul, dans sa lumière inaccessible, permet de comprendre que la solution de tout problème est dans la relation. Les personnes créées ne se réalisent que dans leur communication avec d’autres personnes ; mais celle-ci est impossible sans la communication avec une Personne divine. Et si les hommes peuvent espérer cette dernière, c’est parce qu’il leur a été révélé qu’à l’intérieur de Dieu il y a déjà une communauté de Personnes dont les communications extérieures ne sont que l’extension.
En manifestant son amour aux hommes, Dieu leur a fait apercevoir qu’Il était Amour au-dedans de Lui-même. C’est donc en percevant quelque chose de cet amour interne que les hommes peuvent répondre convenablement à l’amour témoigné, avec conscience et liberté.
Mgr CHARLES
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Éditorial
C’est peut-être parce que les animateurs de cette Revue ont été transportés sur la colline de Montmartre, où une basilique appelle les chrétiens vers le Cœur du Christ, que leur attention s’est fixée avec insistance sur ce culte singulier que seuls parmi les chrétiens les catholiques connaissent, qui a eu depuis deux ou trois siècles un grand rayonnement et auquel, malgré papes et fêtes liturgiques, les générations actuelles ne s’adonnent guère.
Ils ne s’en étaient pourtant jamais personnellement désintéressés. Ils y devinaient de grandes richesses issues de la parole de Dieu et de l’expérience des mystiques. Ils y voyaient l’œuvre progressive mais très cohérente du Saint-Esprit dans son Eglise.
Ils y découvrent, maintenant plus encore, la réponse à plusieurs problèmes de l’heure : celui de la piété en un monde trépidant, celui d’une charité vraiment théologale en une société de philanthropes, celui des relations personnelles avec Dieu en un climat de pensée trop enfermé dans les sciences et les techniques.
Puisse ce simple essai, fruit de quelques instants arrachés à des prêtres et des laïcs trop occupés et nullement spécialistes, témoigner de l’actualité de ce culte du Cœur du Christ et de la grâce qu’il réserve à ceux qui veulent, au-delà des mots et des premières impressions, pénétrer davantage le mystère de Jésus.
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Editorial
Par un penchant spontané, l’homme a souvent tendance à » réifier » les choses religieuses. Il a un tel contentement à regarder dans une pharmacie les beaux rayons remplis avec ordre de flacons bien rangés et portant l’étiquette du produit contenu. Mais la pharmacie n’épuise pas la religion. Le dynamisme d’une vie spirituelle authentique disparaît lorsque des choses ont été substituées à des personnes vivantes. La religion demeure essentiellement relation de personnes.
La grâce, ce n’est pas quelque chose, c’est quelqu’un. Il n’y a rien entre Dieu et l’homme, aucun » tertium quid » interposé entre eux et que Dieu enverrait en le détachant de lui, et que l’homme aurait à recevoir ou refuser suivant l’opinion qu’il s’en fait.
La grâce, c’est Dieu en tant qu’il se révèle tourné vers l’homme, penché vers l’homme avec sollicitude, plein de miséricorde fidèle et de pardon généreux, c’est Dieu promettant un don mystérieux que les prophètes précisent progressivement, que le Christ révèle et mérite à la fois pendant les jours de sa venue visible, diffuse à partir de la Pentecôte dans l’Eglise : la présence vivifiante de son propre Esprit venant habiter le coeur des hommes pour les configurer au Christ et les ramener dans son mouvement vers le Père source de tout.
La grâce, c’est l’homme en tant qu’il est vraiment transformé par le don que Dieu lui fait de son propre Esprit, de telle sorte qu’ils devienne agréable aux yeux de Dieu, par sa ressemblance progressive au Fils bien-aimé qui a tout l’amour du Père. Ces transformations, l’Eglise a tenu justement à les analyser, à en préciser la portée. Elle a parlé de justification, de vertus, de dons du Saint-Esprit. Plus techniquement encore elle distingue grâce incréée (le don que Dieu fait de sa propre vie) et grâce créée (les rejaillissements en l’homme de ce don) ; grâce habituelle et grâce actuelle. Distinctions utiles pour voir clair et réaliser les différents aspects du lien nouveau que Dieu a voulu établir avec l’homme et des effets qu’il suscite. Mais il ne faut jamais oublier qu’il s’agit toujours de l’interpénétration de deux personnes, de la rencontre de Dieu qui veut généreusement nous envahir et de l’homme qui accepte ou refuse cette dépendance nouvelle où Dieu veut l’établir de plus en plus pour son bien.
» Abraham, c’est moi » (p. 5) veut montrer que les attitudes des hommes de l’Ancien Testament vis-à-vis de Dieu sont des attitudes permanentes de l’homme et que nous retrouvons dans les ouvertures et dérobades de nos pères, par rapport à Dieu qui les appelle.
» Dieu parle lui-même de la grâce » (p. 13) est une présentation des principaux textes de la Bible où se révèle ce mystère d’une présence transformante, dont nous venons de parler. Cet article est suivi de quelques définitions du magistère (p. 46) où l’Eglise a manifesté sa conscience du mystère de la grâce.
Un article sur Jésus comme modèle et source de notre transformation (p. 53) a voulu montrer sa part essentielle dans le mystère de la grâce et son action par rapport à celle de l’Esprit-Saint.
Au Père de Broglie a été demandée l’étude sur l’inhabitation des personnes divines et à Michel de la Palud celle qui tente d’éclairer les rapports de la grâce de la liberté.
Nos lecteurs retrouvent là la méthode théologique qu’ils connaissent bien : accueil des données de la Révélation, puis réflexion sur ces données pour éclairer les problèmes qu’elle ne peut manquer de poser à l’intelligence, réflexion qui ne veut pas amener à se dispenser de croire, mais provoquer à plus et mieux croire.
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(Le dialogue avec Dieu est-il possible ?)
Éditorial
Le dialogue avec la divinité a été, à travers l’histoire des hommes, un de leurs grands problèmes. Les religions y ont apporté leurs réponses différentes. Le monde moderne, avec ses exigences et ses peurs d’être dupe, avec son rythme et l’épuisement qu’il entraîne fait retentir contradictoirement des accusations et des plaidoyers quand il juge de la prière.
Ses griefs se parent d’arguments scientifiques. La prière ne serait que l’expression chez l’homme condamné à une solitude qui lui pèse, de son besoin d’avoir contact avec un autre capable de faire attention à lui. Parce que mon » moi » ne se constitue que dans un dialogue avec un » toi « , la prière serait une tentation pour obtenir une sorte de contact avec un partenaire illusoire dont les faibles ne peuvent se passer, incapables d’assumer la tristesse de leur solitude et de leurs limites. À cela, on peut répondre que les attaques contre une caricature n’affectent pas la réalité elle-même, que la prière est différente des déviations qui portent son nom, et que ce besoin d’une communion avec un autre qui me dépasse et me comble, bien loin de susciter cet autre que je fais exister parce que je le désire, est le signe de sa réalité et que je ne le désire que parce qu’il existe.
Mais si certains rejettent l’expérience de la prière, par peur de n’étreindre qu’eux-mêmes, beaucoup sentent confusément son intérêt de plus en plus vital. L’agitation, la dispersion de la vie citadine rendent désirables le recueillement, le silence intérieur où la personne peut se retrouver, se » recueillir « , prendre conscience de sa marche, vaincre le tourbillon qui entraîne et dépersonnalise.
À vrai dire, le chrétien, s’il est sensible au courant d’idées qui traversent le monde où il est plongé, et qui l’affectent lui-même, partiellement, tire de plus loin qu’eux ses jugements sur la prière. Les sévérités sur des déviations, toujours latentes mais jamais invincibles, ne font que souligner des dangers, sans affecter la vraie prière qui est réponse à un appel, bien plus que cri de l’homme vers un vide qu’il veut meubler. L’estime du recueillement et du silence manifeste les dimensions spirituelles de l’homme, mais a besoin de se préciser pour être plus qu’une hygiène mentale.
Dieu seul parle bien de Dieu. C’est lui qui peut nous apprendre ce qu’est la prière qui s’adresse à lui. Elle est moins un effort pour l’atteindre que l’accueil de sa présence nous soulevant vers Lui (article du P. Levaud, p. 3) ; elle est moins recherche de mon achèvement, que regard émerveillé vers Lui, quand il a révélé sa splendeur (article de M. Navarre, p. 8) ; les saints hommes de l’Ancien Testament et leurs cris inspirés (article de J. de la Morandière, p. 11) ; Jésus surtout avec son exemple privilégié (article de G. Maréchal, p. 20) montrent la prière qui plaît à Dieu. L’Eglise à leur suite, à travers vingt siècles d’expérience, découvre sous le souffle de l’Esprit-Saint, les modes variés et les étapes d’une prière qui veut prolonger celle que l’Ecriture a définie (article de M. Rouche, p. 26, et de F. Lefort, p. 40). Prière qui concerne tout chrétien, sans que ses formes supérieures soient réservées à une caste de professionnels privilégiés (article de J. Dusud, p. 44), et que des méthodes facilitent, car la grâce n’est pas exclusive d’une certaine technique et qu’elle suscite (article de H. Lestissac, p. 48). Une étude exégétique sur le Notre Père (article de R. Cazes, p. 57), montre que les mots ont plus de richesse que la routine ne le fait apercevoir. Un témoignage de laïc termine cet ensemble par une note personnelle intéressante.
Le dossier théologique sur le couple répond un problème très actuel du monde contemporain et veut montrer que l’homme de prière ne se perd pas dans une contemplation qui n’apporterait pas de lumières aux questions toujours délicates que pose la vie quotidienne.
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Retour à Dieu
Nous sommes à un âge théologique. Plus qu’à la Belle Epoque nous mesurons par rapport à Dieu nos problèmes et nos angoisses. Que ce soit pour le refuser, que ce soit pour lui consacrer notre destinée, le monde d’aujourd’hui prend parti à son sujet. C’est cette problématique que nous étudions initialement. Chez les littérateurs, qui ne parviennent pas tous, comme les héros de Françoise Sagan, à l’oublier ! Chez les philosophes, qui, s’étant toujours interrogés à son sujet, poussent la question à son degré le plus aigu ! L’inventaire mené par Charles Moeller et Pierre Colin révèle cette préoccupation actuelle dans les ouvrages que nous rencontrons sur les rayons des libraires ou dans nos bibliothèques. Les dénonciations elles-mêmes de l’idée de Dieu n’arrivent as à en faire l’économie ; Robert Fullot le démontre dans le cas privilégié du marxisme, qui, parti pour ruiner la religion, finit par s’ériger lui-même en nouvelle religion. Au contraire, dans un dialogue avec la psychanalyse, l’abbé Oraison montre comment une technique moderne pose elle-même la question religieuse et Jean-Pierre de Menasce, notant le même phénomène à propos de toutes les morales, en arrive, devant leur échec, à ne maintenir la validité que de la seule qui réussit la performance d’intégrer ce que toutes les autres ont dissocié. Ne serait-ce pas le vrai ?
De cette hantise de Dieu, paradoxalement conjointe à la conscience aiguë de nos difficultés à le rejoindre, le christianisme donne une explication que Michel Coloni retrace à grands traits. L’homme, fait pour Dieu, porte sa trace, mais ne pourrait, dans le péché, revenir à son Créateur si ce dernier ne prenait soin d’éduquer ce singulier pouvoir qu’il lui a communiqué de s’engager librement à son égard. Etienne Hamel décrit l’itinéraire de ce retournement de tout l’être vers Celui qui est sa source, tel que la Bible nous l’a montré en action, phénomène complexe où interviennent toutes les composantes de la personnalité mais davantage encore où s’exprime la collaboration de deux libertés, celle de Dieu et celle de l’homme, dans une unité qui est pourtant ce que l’homme eut revendiquer de plus personnel.
Dieu a fait l’homme pour Lui, de telle sorte que, selon le mot de saint Augustin, » son cœur est inquiet jusqu’à ce qu’il l’ait retrouvé « . il est bon que des témoignages illustrent cette démarche de l’homme revenant à Dieu, et en manifestent le contenu psychologique concret. Jean Sur, ayant interrogé des chrétiens et rapportant leur expérience, distingue les étapes de ce retournement qui, accompli avec une grande brutalité une première fois, réclame cependant d’être incessamment renouvelé pour que la personnalité, à tous les niveaux, consente à ce mouvement auquel seule sa fine pointe a initialement adhéré. André Mennesson, relisant les témoignages célèbres de conversions récentes, y discerne l’influence des divers facteurs qui sont nécessairement en jeu dans le mécanisme de la conversion. Dieu nous prend tout entiers et il est impressionnant que les convertis eux-mêmes en donnent le témoignage quand ils essayent de décrire l’itinéraire qui les a ramenés au Dieu vivant.
Résurrection
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Éditorial
Résurrection dans son premier numéro, choisissait la théologie. Etait-ce pour la satisfaction de posséder quelque connaissance secrète, capable d’assurer à un cercle d’initiés l’avantage de ceux qui savent sur ceux qui cherchent ? Cette théologie, était-ce un refuge ou un code ?
» J’ai toujours pensé que le monde moderne péchait contre l’esprit de jeunesse et que ce crime le ferait mourir « , écrivait Bernanos. Nous avons, laïques ignorants, préféré pour un temps les gros livres un peu rébarbatifs aux envolées jolies des manches et des enthousiasmes. Nous ne savons rien encore. Nous apercevons pourtant que nous savons beaucoup. L’esprit de jeunesse, au nom duquel tant de grosses bêtises s’accomplissent, nous l’avons trouvé dans nos bouquins épais…
alors, disons-nous, c’est dans la logique de notre théologie de devenir missionnaire. Nous avons entrepris une œuvre d’enseignement : nous la poursuivrons dans des numéros essentiellement théologiques. Nous sentons qu’il nous faut nous déployer, lancer à ce temps un appel véhément, lui communiquer cette certitude que la Vérité vient d’en haut et non d’en bas. Le monde moderne, de temps en temps, lance un beau ballon dont la peau bientôt se ratatine, et qui crève tristement… La jeunesse du monde se fane vite.
Nous sommes incapables, nous sommes inutiles, nous sommes lamentables. Toutes les objections qu’on nous fera sont là réunies et nous plaidons coupables.
Mais si nous n’avons rien à dire – ah non ! vraiment rien, et surtout as notre petite synthèse avec quelques majuscules rassurantes, un gargouillis indigné dans la voix et une bonasserie écoeurante et définitive, définitivement écoeurante – nous avons vu, nous avons cru, nous sommes sûrs que Dieu se servira de nous.
Qu’est-ce que prophétiser en 1958 ? Inventer un nouveau messianisme temporel, dans un style de pathos lacrymogène ? Nous ne sommes pas de ces prophètes ! Etudier l’enseignement de l’Eglise, la vérité vivante du dogme et de la morale – et en souffrant de se savoir si laids – crier quand même que là est l’authentique jeunesse ? Nous aimerions ce prophétisme-là !
Tous ceux que nous avons entraînés jusque là, car notre navire était sûr, nous les invitons aujourd’hui à une traversée lus périlleuse.
Cette tentative est difficile. Qu’on corrige nos erreurs, qu’on nous aide, qu’on nous reprenne. Mais aussi, qu’on nous soutienne et qu’on nous fasse connaître.
