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N° 79 · décembre 1998-janvier 1999

Éditorial


Sujet inépuisable que celui-ci. Chez les chrétiens, surtout jeunes, la vocation est parfois vécue comme une épreuve. Aurais-je la vocation? La perspective de quitter le monde, de se priver des joies légitimes de la famille et des distractions de la vie parait le corollaire inévitable de la vocation. Et a priori nul n’est tenté de mener une vie si peu normale. Même si la liberté, l’initiative que semble souvent conférer l’état religieux (surtout le sacerdoce pour les hommes) a des côtés attirants, on redoute d’avoir un jour cette fameuse vocation. D’où le manque de liberté intérieure de beaucoup, la peur, lorsque la prière devient plus sérieuse et exigeante. Oui à Jésus, mais pas trop. Ne répète-t-on pas ces slogans : « avec lui, on donne un peu, il prend tout », « pas d’amour sans croix ». D’où la remarque de Sainte Thérèse : « si vous traitez ainsi vos amis, ne vous étonnez pas d’en avoir si peu ! ». Pour beaucoup de jeunes chrétiens, il faut avoir avec Dieu des rapports polis mais pas trop intimes, sait-on jamais !

Pour sortir de cette impasse, il faudra nous rappeler que la vocation, c’est d’abord l’état du chrétien, de tous les chrétiens : ils sont les « appelés de Jésus-Christ » (Rm 1,7). Dieu nous a mis à part pour être des saints, chacun à notre manière, il nous a discernés dans le Christ avant la fondation du monde. Être appelé, c’est simplement avoir effectué cette première rupture avec le monde qui s’appelle le baptême, et avoir ensuite persévéré, par sa conversion personnelle, dans la suite de Jésus.

Jadis, quand la société tout entière professait le christianisme, ce côté d’appel était plus difficile à percevoir et on comprend qu’il se soit presque totalement transféré sur la vie religieuse ou sacerdotale. Mais nous sommes bien obligés de reconnaître que l’on n’est pas chrétien par la naissance, on l’est par vocation, même si on a eu la chance de naître dans une famille chrétienne.

Sans doute pour réaliser sa vocation baptismale et donner forme à cet appel à la sainteté, il s’agira dans la majorité des cas de choisir, comme on dit, un état de vie (mariage, vie consacrée, monastique, sacerdoce…). mais vocation ne se confond pas avec état de vie, pour plusieurs raisons. Certains états de vie sont provisoires (les mariés peuvent être veufs, par exemple), il arrive par ailleurs que certains aient hésité entre plusieurs voies et se soient finalement sanctifiés dans un chemin atypique ‘comme Saint Benoit Joseph Labre qui ne put jamais être moine comme il le souhaitait. Notre époque est riche en ce sens de cas difficiles où l’absence de vocation (ou au moins d’attrait et de disposition pour un état de vie clair) est en fait un chemin de sainteté ô combien exigeant. De tout temps, il y a eu des catégories de gens pour qui le choix d’un état de vie ne se posait même pas (malades, infirmes etc…) et dont on peut au moins penser qu’ils avaient une vocation. L’échec même d’un état de vie n’interdit pas toute vocation. Ce n’est finalement qu’au soir de notre vie que nous saurons quelle est notre vocation: cette courbe unique que nous avons eu à tracer et qui, à travers échecs et avancées, nous a préparé à la rencontre du Christ.

Ceci posé, il y a bien lieu de s’interroger sur ce qui fait l’originalité et la grandeur des voies particulières que l’Église depuis l’origine porte comme un richesse en son sein: la vie consacrée et le sacerdoce apostolique. Tous deux sont évidemment des conséquences de la vocation baptismale : unis au Christ et donc mis à part, mis à par et donc immolés. La vie religieuse, dans l’incroyable variété de ses formes, présente comme un raccourci un peu risqué : ceux qui y sont appelés savent un jour que Dieu veut pour eux ce choix plus radical, et ils en reçoivent à la fois l’attrait et les forces. Le sacerdoce, outre ce même appel à une vie radicalement évangélique, comporte aussi l’appel objectif de l’Église qui requiert certains de ses fils à devenir avec le Christ médiateur, bergers, prêtres pour les autres. La vocation sacerdotale, c’est donc ce double appel, scellé par l’ordination, qui fait d’un homme un autre Christ.

Mais le trésor de l’Église ne s’arrête pas là et toute vocation enrichit le patrimoine commun, toute vocation est au service de toutes les autres.

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