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N° 79 · déc. 98-janv. 99.

Sacerdos in aeternum : une question


La tendance à sacraliser la personne du prêtre, qui s’est faite jour notamment dans le contexte de la Réforme catholique, n’en est pas à son premier coup de force sur les textes. Sacerdos alter Christus, le prêtre : un autre Christ, a repris purement et simplement l’ancienne formule Christianus alter Christus, le chrétien, un autre Christ. De même pour le thème du « prêtre pour l’éternité », naguère couramment appliqué aux prêtres de l’Église découle, à une transposition près, du psaume 110 (109), « tu es prêtre à jamais » appliqué au Messie. Mais cette transposition est-elle fondée ?

J. MaritainApproches sans entraves (Paris, Fayard), p.510-531; Revue Thomiste 1971, p.463-479., après d’autres, a fait remarquer que les ministres de l’Église faisaient partie de l’économie sacramentelle, économie évidemment caduque lors de la Parousie. Si le prêtre joue un rôle capital dans ce monde-ci pour réaliser la présence actuelle du Christ, ce rôle n’aura plus de sens quand le Christ sera « tout en tous ». Plus récemment, un ouvrage important dû au père Daniel Bourgeois, L’un et l’autre sacerdoceParis, Desclée, 1991., a caractérisé la différence entre le sacerdoce baptismal (celui des fidèles) et le sacerdoce ministériel (celui des prêtres) en faisant du premier la réalisation même de la divinisation de l’homme, tandis que le second est le moyen, pour le temps de cette vie, d’établir les hommes dans cette plénitude. Moyen éminemment transitoire, puisque, le résultat une fois obtenu (il ne l’est jamais tout à fait sur cette terre, mais il le sera un jour), le moyen n’a plus de raison d’être.

Un sacerdoce hiérarchique

Cette synthèse visait implicitement ou explicitement une vision du sacerdoce attribuée tantôt au Pseudo-Denys, tantôt à l’École FrançaiseSur le sacerdoce chez Bérulle et dans l’École Française, cf. Yves Krumenacker, L’École française de spiritualité (Paris Cerf 1998), p. 199-208; p. 401-404; finalement peu porté à voir l’originalité de Bérulle; par contre, on se reportera avec intérêt à Denys Dutertre (= Maxime Charles), « Prêtre seulement d’après Bérulle », in Résurrection, ancienne série n° 61 (1979), p. 47-66, auquel nous empruntons la citation ci-dessous., à travers son représentant majeur, le Cardinal de Bérulle. Pour cette dernière, le sacerdoce serait un état de sainteté supérieur à celui des laïcs, mais qui se diffuserait sur ces derniers. Dans cette perspective, la hiérarchie de l’Église serait éternelle comme celle des anges. D’où le reproche, lancé par le père Congar, d’avoir transformé l’ecclésiologie en une « hiérarchologie », l’Église-communion en une société rigide et sacralisée.

Passons pour l’instant sur les malentendus qui aboutissent à une telle caricature. Mais commençons par nous poser la question essentielle soulevée par toutes ces réflexions. Le sacerdoce n’est-il qu’un moyen et, si oui, peut-il être rendu caduc par l’achèvement du salut ? Les textes conciliaires auxquels on se réfère volontiers sont loin d’être aussi explicites qu’on voudrait le dire. Vatican II« Le sacerdoce commun des fidèles et le sacerdoce ministériel ou hiérarchique, s’ils diffèrent essentiellement et non pas seulement en degré, sont cependant ordonnés l’un à l’autre, puisque l’un comme l’autre participe à sa façon de l’unique sacerdoce du Christ » (LG 10). parle d’une « ordination » réciproque des deux sacerdoces, ce qui peut se comprendre de plusieurs façons, mais semble plutôt indiquer un rapport constitutif et permanent.

Sacerdoce des baptisés et sacerdoce ministériel

Avant tout, il nous faut sans doute nous poser la question de ce que l’on considère comme le sacerdoce des baptisés, puisque c’est le but dont le sacerdoce ministériel est censé être le moyen. Pour faire bref, on peut dire qu’il y a deux manières de concevoir ce sacerdoce, dans la ligne de celui du Christ.

L’une qui part des formules de l’épître aux Hébreux et qui fait du prêtre « celui qui est chargé d’offrir les dons et des sacrifices » au profit des autres. Dans le cas du baptisé, il ne peut guère s’agir que d’une offrande sacrificielle de sa vie dans la ligne de Rm 12, 1 : « Offrez vos personnes en sacrifice saint capable de plaire à Dieu ». Le sacrifice rejoint à la fin le perfectionnement intérieur de celui qui s’immole avec le Christ comme dit le Concile : « ils exercent leur sacerdoce par la réception des sacrements, la prière et l’action de grâces, par le témoignage d’une vie sainte, par l’abnégation et la charité active » (LG 10).

Dans l’autre, on retiendra plutôt l’idée que le prêtre est – comme le Christ – un médiateur, c’est-à-dire celui qui met en relation. D’autant plus que le sacerdoce, aussi bien pour le Christ que pour le baptisé, ne va pas sans les deux autres fonctions de prophète et de roi, dont la première au moins connote fortement une médiation par la parole. Le Concile cite 1 P 3, 15 : « Soyez toujours prêts à justifier votre espérance devant ceux qui vous en demandent compte ».

Les deux sens ne sont évidemment pas à opposer. La médiation du Christ s’opère certes au titre de son Incarnation qui le constitue comme Homme-Dieu, mais elle ne s’effectue en acte que dans son sacrifice qui abolit la distance créée par le péché entre Dieu et l’homme. On peut dire que le sacrifice du Christ, en établissant l’humanité du Christ dans un état d’immolation définitive, rend transparente la médiation du Christ : son humanité définitivement offerte rend Dieu présent à chaque occasion où elle entre en tangence avec l’expérience humaine : « Si le grain de blé tombé en terre ne meurt as, il reste seul… ». Comme pour Abraham, la fécondité de la médiation repose sur le sacrifice.

Mais pour le baptisé, il faut prendre parti : le sacerdoce est-il une manière comme une autre de dire la coopération du chrétien avec la grâce de Dieu dans une vie conformée au Christ ou inclut-elle un aspect de médiation ? Inclut-elle notamment la dimension missionnaire rappelée à Vatican II et qui n’est pas, malgré une idéologie répandue, limitée à la transformation des structures, à l’imprégnation du message chrétien dans les réalités temporelles, mais bien dirigée vers la proposition explicite de la foi« Tous les fidèles ont le devoir et le droit de travailler à ce que le message divin du salut atteigne sans cesse davantage tous les hommes de tous les temps et de tout l’univers. » (Code de droit canonique, 1984, can.211). ? Nous pensons qu’il est impossible d’exclure cet aspect, comme le prouve encore une fois la mention conjointe de la dignité prophétique du baptisé. Le baptisé est prêtre parce qu’il est l’instrument actif et sanctifié dont se sert Dieu pour atteindre et sanctifier à leur tour ceux qui ne font pas partie de l’Église visible.

Si on soutient cette position, on constate que le sacerdoce du prêtre et celui des fidèles laïcs ne sont pas en vis-à-vis, mais plutôt montés « en série » : le prêtre « sacerdotalise », si on peut dire, le laïc qui est destiné à sanctifier le monde. C’est le même courant qui part du Christ et qui touche les hommes de manière à leur permettre de donner ce qu’ils ont reçu. Le schéma donner / recevoir, aussi ancien que le christianisme, caractérise déjà le rapport de Jésus et de ses disciples (Mt 10, 18), comme du Christ et de son Père (Jn 17, 8), de l’apôtre et de ses disciples (1 Co 15, 3).

La grâce du sacerdoce

Mais ici se lève une objection de principe : si l’on veut rendre compte des rapports entre Dieu et les hommes en termes de hiérarchie, c’est-à-dire de transmission étagée, ne convient-il pas de faire intervenir à bien plus juste titre (plutôt que la hiérarchie sacerdotale des ordres de l’Église) la hiérarchie de sainteté.? Elle seule est fondée en effet sur une participation permanente à l’être de Dieu. La grâce (grâce gratis data) qui fait le prêtre ne le transforme pas, puisqu’il n’y a pas que de saints prêtres, et, de toute évidence, il ne la transmet pas comme telle, sinon tous les laïcs recevraient le sacerdoce, tandis que le saint sanctifie parce qu’il est sanctifié, la grâce donnée et reçue est ici univoque (grâce sanctifiante, gratum faciens).

La notion de hiérarchie de sainteté, dont il faudrait cerner l’origine historique, vient probablement d’une réflexion sur la Vierge Marie dont la médiation unique a longtemps été tenue pour quasi-sacerdotale (d’où les spéculations infinies du haut Moyen-Age sur le sacerdoce de la Sainte Vierge) ; la distinction opérée par la scholastique entre grâce ministérielle et grâce sanctifiante a semblé régler le problème : l’une donne des pouvoirs sacramentels sans la sainteté, l’autre donne la sainteté sans les pouvoirs sacramentels. Le prêtre reçoit donc un « caractère » qui ne le sanctifie pas et qu’il ne transmet pas, mais qui est une pure et simple habilitation à son rôle cultuel.

Une telle réduction de l’être sacerdotal à une mécanique sans conséquence sur sa vie est inacceptable. D’ailleurs les mêmes auteurs sont bien obligés de concéder que l’ordination, outre la grâce gratis data, confère une grâce (sanctifiante, cette fois-ci) qui aide le prêtre à accomplir dignement sa mission. On réintroduit par là l’idée que Dieu transforme son instrument pour le conformer à Lui et que le prêtre est médiateur d’une lumière qu’il a reçue. Si le prêtre n’est pas toujours un saint, ce n’est pas parce que l’ordination n’établirait pas le prêtre dans un état de sainteté particulier, c’est parce qu’il peut cesser (en tout ou en partie) de coïncider avec l’être nouveau qu’il est devenu, comme un baptisé peut manquer à sa vocation baptismale.

La notion de hiérarchie de sainteté comme alternative à la hiérarchie ecclésiale est donc critiquable. S’il y a médiation, il n’y a pas transmission étagée (que peut vouloir dire un ordre croissant ou décroissant de sainteté?). D’autre part, la maternité divine de Marie l’établit, par rapport aux hommes, dans un rapport original qui n’est évidemment pas sacerdotal, puisqu’il n’est pas dans la ligne (christique, masculine) des initiatives du Seigneur pour nous agréger à son Corps. Par contre, le sacerdoce baptismal, comme celui des prêtres fait partie de cette chaîne d’initiatives qui manifeste et réalise la « philanthropie » divine. « Dieu a tant aimé le monde qu’il a envoyé son Fils unique », « comme le Père m’a envoyé, je vous envoie ! »…

La médiation sacerdotale

Mais alors, qu’est-ce qui fait la distinction « non de degré mais de nature » (Vatican II, LG 10) qui sépare le sacerdoce du prêtres et celui des baptisés ? C’est que l’action sacerdotale, qui s’exerce en particulier par les sacrements d’eucharistie et de pénitence, fonde l’apostolat des laïcs et se situe à un niveau non transposable. La médiation sacerdotale est préalable et fondatrice, elle communique ce qu’elle a reçu, la relation avec Dieu en Jésus-Christ et la possibilité de mettre en relation, mais non la manière (essentiellement sacramentelle). dont elle transmet ces dons. L’apostolat sacerdotal inclut l’apostolat des fidèles baptisés mais se dessaisit de tout ce qui ne lui est pas particulier pour le partager avec ses frères. Nous retrouvons ici dans un registre à peine différent le lien qui unit les prêtres à leur évêque. La médiation épiscopale est évidemment particulière en ce qu’elle inclut non seulement la transmission sacramentelle de la vie divine, mais le fondement même de cette transmission dans le pouvoir d’ordonner. L’apostolat de l’évêque inclut donc et fonde celui du prêtre, qui n’a pas seulement les mêmes « pouvoirs » que l’évêque sur l’eucharistie et la pénitence, mais les a par dépendance de l’évêque, non une fois (le jour de son ordination), mais toujours, en ce sens que la seule eucharistie légitime est celle qui est célébrée en accord avec l’évêque.

Cette vision de la hiérarchie suppose admis que la grâce est essentiellement relation et que cette relation doit toujours être médiatisée, non par un intermédiaire, qui par définition ferait nombre avec les deux termes, et les séparerait lors même qu’il les unit, mais bien par un médiateur dont la fonction – garantie dans le cas du Christ – est précisément de ne rajouter aucun troisième terme entre Dieu et l’homme, la médiation de l’Envoyé consacré par le Père est précisément de s’effacer, d’être totale transparence. Paradoxalement, il s’agit d’une « médiation immédiate ».

Or, la médiation sacerdotale est de ce type, par fondation. L’ordination, à bien y regarder, n’est pas l’habilitation à exercer certains pouvoirs, mais une conformation à la situation du Christ, dont tous les actes humains sont, en vertu de l’union hypostatique, actes de Dieu. Le « je » du prêtre est assumé par le Christ, au point que, dans les principaux actes sacramentels, ils se confondent (« je te pardonne », « ceci est mon Corps »). Le prêtre n’est donc pas seulement le bénéficiaire de la divinisation, mais, dans la mesure où il en est l’agent, il participe au mystère de l’union hypostatique, est assumé par Dieu un sujet humain qui ne cesse pas d’être humain, mais qui n’est plus seulement un instrument « disjoint », pour parler le langage de saint Thomas, mais un instrument « conjoint » : un instrument conjoint est un instrument tellement uni à l’agent principal qu’il forme avec lui un seul sujet, il n’a pas de « subsistance » propre (telle la main par rapport au corps), tandis qu’un instrument « disjoint » (un outil par exemple) a une subsistance propre.

La question est de savoir si une médiation, quelle qu’elle soit, fût-elle celle d’un fidèle laïc, n’implique pas d’être un instrument conjoint : quand un baptisé prie pour le monde, se sanctifie et fait de l’apostolat, n’est-il pas, comme le prêtre, mais dans un autre domaine, instrument conjoint de la grâce du Christ, son « je » n’est-il pas jusqu’à un certain point le « je » du Christ ? Y aurait-il alors des instruments plus ou moins conjoints que d’autres, comme dans une plaisanterie célèbre, il y avait des hommes plus ou moins égaux que d’autres ?

La pensée du Cardinal de Bérulle qui nous a aidé à préciser le rôle du prêtre comme instrument conjoint du Christ ne nous est ici d’aucun secours, car il n’envisage nulle part à notre connaissance la place de la médiation laïque. Partant de la divine constitution de l’Église, telle qu’il la contemple aux origines, il déclare : « Il faut savoir que l’Église est divisée en deux parties toutes deux saintes, si nous considérons son institution et son origine : l’une est le peuple, l’autre est le clergé ; l’une reçoit la sainteté et l’autre l’influe ». Ici au moins, le schéma donner / recevoir qu’il emploie pour le prêtre dans son rapport à l’évêque, puis à propos du prêtre par rapport aux fidèles ne se redouble pas dans un nouveau « donner » confié au sacerdoce des baptisés. On comprend pourquoi, dans ce contexte, il lui était facile de répartir entre le clergé et le peuple deux dignités : celle de « participer à la nature divine » (relevant de tous les baptisés) et celle de « participer à l’union hypostatique » (relevant des seuls prêtres). Nous aurions plus de mal à la faire.

Et pourtant, le sacerdoce des prêtres représente bien, dans la transmission de la relation avec le Christ, un maillon original, comme nous l’avons montré plus haut : il fonde celui des laïcs et lui est d’une certaine manière préalable ; plus fondamental, il est aussi plus permanent. Le sacrement de l’ordre consacre toute la personne du prêtre, le marque bien au-delà des actes sacramentels, ou plus généralement ministériels, qu’il a à poser, c’est toute sa vie qui est établie d’emblée en état d’envoyé consacré, institué entre Dieu et le monde pour rapprocher Dieu des hommes et offrir l’homme à Dieu dans un acte de totale adoration. Dira-t-on alors que le prêtre réalise en lui l’essence du sacerdoce, dont les fidèles laïcs ne reçoivent qu’un prolongement plus ou moins partiel ? Mais alors que reste-t-il de l’idée de consécration baptismale ? Si elle n’est pas celle d’un médiateur, on en revient à employer le mot sacerdoce dans deux sens différents dans le cas des ministres de l’Église et dans le cas des fidèles laïcs.

Un seul médiateur : le Christ

L’erreur vient peut-être du fait qu’on cherche à envisager ces médiations pour elles-mêmes, alors qu’elles fonctionnent toutes ensemble. C’est la même médiation, celle du Christ, seul vrai médiateur, qui met en mouvement ces divers paliers, et leur donne de s’engendrer l’un l’autre, gardant toujours leur spécificité. Le laïc n’est pas incomplètement prêtre, il l’est par participation, tout comme le prêtre ministériel n’existe que par l’évêque.

Le diaconat, dans la mesure où il semble transgresser le schéma hiérarchique (le prêtre ne suscite pas des diacres qui à leur tout susciteront des chrétiens), rappelle que la hiérarchie de l’Église ne fonctionne pas selon le principe de raison suffisante, qu’il y a une richesse qui déborde et qui peut amener non pas une mais deux dérivations de la médiation épiscopale : le prêtre et le diacre. Si le prêtre est nécessaire à la constitution du Corps du Christ, en transmettant la vie divine dans les principaux sacrements, le diacre semble porter une autre grâce qui est celle du service gratuit, du surcroît de sens, il atteste que tout de l’évêque ne passe pas dans le prêtre (même si le prêtre, ce qui est le cas depuis des siècles, a reçu les deux ordinations)Nous nous inspirons ici d’un travail encore inédit d’Alain Grau.. La question se pose donc : cet organisme qui n’est évidemment pas limité à un simple rôle fonctionnel n’est-il posé par Dieu que pour ce monde-ci ? Perd-il toute pertinence dans l’eschatologie ?

Il est certain que, dans la mesure où nous avons bâti tout l’exposé précédent sur la notion de médiation, on se demande ce qu’il restera à médiatiser dans la Jérusalem céleste où « Dieu est tout en tous », où il n’y a plus à s’instruire les uns les autres (1 Jn 2,27), où il n’y a plus de Temple (Ap 21,22), etc. Y aurait-il un sacerdoce ? Mais la notion de médiation, si elle est prise dans le sens donné plus haut, n’indique pas forcément un manque. Refléter Dieu, le donner à voir et à aimer, le partager, sont des attitudes qu’il ne faut pas écarter de la béatitude, elles rapprochent notre mission d’adorateur de la charité parfaite à laquelle nous sommes appelés. Si Dieu est tout en tous, c’est dans la mesure où tous sont transparents, où la médiation est enfin parfaite sans aucune interposition du péché. En ce sens, aimer Dieu et aimer le prochain, ce sera enfin tout un. La médiation au lieu de s’effacer dans la gloire connaîtra enfin son accomplissement.

Ceci est facilement admissible, mais vaut apparemment de relations qui ne sont pas hiérarchiques : tout sauvé est le Christ pour ses frères. Chacun donne à voir l’amour pour tous les autres.

Peut-on néanmoins réserver la place pour l’idée suivante : appelés à être tous frères, nous n’en perdons pas notre généalogie. Un simple rapprochement : on a peut-être oublié un peu vite que si « le salut vient des juifs », cela ne veut pas dire que le peuple d’Israël n’a plus aucun rôle à jouer pour l’Église. « Les dons de Dieu sont sans repentir » nous dit saint Paul. Il serait quand même étrange que l’organisme de grâce qui nous a engendrés à la foi, qui nous a insérés concrètement sur le cep, qui a fait de nous des membres actifs du Corps du Christ disparaisse purement et simplement. N’étant pas seulement fonctionnel, il exprime la manière définitive dont Dieu se communique au monde. En ce sens, les douze apôtres assis sur douze trônes continuent à juger les douze tribus d’Israël. Si les apôtres continuent d’être l’assise de la Jérusalem céleste, pourquoi pas les évêques, les prêtres et les diacres ?

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