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Numéro 187 · Avril 2023

Les pauvres sont évangélisés

La pauvreté à travers les âges
Jean-Benoît Poulle

L’expérience de la mendicité
Une Petite Soeur de l’Agneau

Fraternité et pauvreté
Cardinal Philippe Barbarin

Éditorial, p. 11-14

Ce numéro de la revue Résurrection s’attache à aborder le sujet de la pauvreté. Depuis le début du pontificat de notre pape François, nous voyons combien ce sujet lui est cher. « Année de la miséricorde », attention portée aux phénomènes migratoires, aux banlieues pauvres des villes, livre où il répond aux questions des personnes vivant dans la rue, visite aux enfants des décharges de Manille…

Le pape ne fait ici que témoigner d’une attention qui est celle de toute l’Église.

Si l’Église n’est pas seule à s’occuper des pauvres elle a toutefois une manière bien particulière de le faire. Jean-Benoît Poulle nous introduit dans ce regard de l’Église, en étudiant la pauvreté à travers les âges. Il souligne comment le Christ est venu bouleverser les regards, comme le dit saint Paul aux Corinthiens : « de riche qu’il était, il s’est fait pauvre pour vous, afin de vous enrichir de sa pauvreté1 ». Il nous décrit alors la riche histoire de l’investissement de l’Église au travers de multiples œuvres de charité sur plus de 2000 ans, mais aussi la nourriture spirituelle que l’Église y a trouvée. Si l’Église s’occupe des pauvres d’une manière matérielle, elle s’occupe aussi de leur salut. Donner à manger, fournir un toit et apporter le Salut est resté longtemps tout un. Ce fut l’action de saint Vincent de Paul dont nous parle, dans ce numéro, Pierre-Henri Beugras. « Monsieur Vincent » a renouvelé la formation des prêtres, il a créé un ordre de femmes consacrées non cloîtrées qui se dévouaient à l’évangélisation et au service (chose inédite à son époque) et il a mis en place une multitude d’œuvres de charité : hospices, orphelinats, soupes populaires, mais aussi écoles, œuvres pour améliorer la condition des galériens… Pour lui, tirer de la misère ceux qui étaient accablés et leur parler du salut apporté par le Christ relevaient du même mouvement que prêcher l’Évangile aux riches et leur rappeler leur devoir de venir en aide à ceux qui sont dans le besoin. La charité du Christ n’a qu’un élan pour tous les hommes, un seul élan qui demande à chacun de faire le pas qui le fera grandir en sainteté.

Mais depuis environ un demi-siècle, une idée s’est répandue selon laquelle l’Église profiterait des dons matériels qu’elle fait aux pauvres pour les faire adhérer à la proposition de la foi. S’est alors développé tout un courant qui a cherché à distinguer au maximum l’aide matérielle apportée aux pauvres et l’annonce de l’Évangile. Ludovic Laloux, historien, nous retrace ce mouvement qui a prédominé pendant de longues années dans l’Église et qui n’a aujourd’hui pas encore totalement disparu.

Que penser d’une charité qui ne dit pas son nom, de chrétiens animés de leur intimité avec le Christ, qui s’investissent dans de multiples œuvres généreuses, sans prononcer le nom de Celui qui brûle en eux ?… La foi chrétienne n’a pas à rougir d’elle-même, le chrétien n’est qu’un porteur de lumière, c’est le Christ qui touche les cœurs et convertit. L’évangélisateur n’est qu’un messager. Il faut ajouter que si l’homme a un corps et a besoin de nourriture pour le faire vivre, il a aussi une âme qui a tout autant besoin de nourriture. Pierre-Henri Beugras et Ambroise Koenig nous montrent à travers les figures de saint Vincent de Paul et de Léon Bloy la profonde unité, la profonde cohérence qui consiste à s’occuper du pauvre dans son intégralité, dans toutes les composantes de son humanité. C’est aussi ce que viendra nous rappeler le saint pape Paul VI dans son encyclique Populorum progressio2 en nous parlant d’humanisme intégral et de développement intégral de l’homme et de nos sociétés. Il faut s’occuper de toutes les dimensions de notre humanité et de tous les hommes.

Cette approche intégrale est chère à l’association Fidesco, qui envoie depuis plus de 40 ans des volontaires au chevet des différentes formes de pauvretés. Pour eux, il est bien clair qu’il faut aider à sortir de la misère tous ceux qui en sont affligés, mais réaliser cet objectif avec la richesse de notre foi chrétienne. Leur association est d’ailleurs née d’un appel de certains évêques africains demandant que leur soient envoyés des coopérants humanitaires animés d’une foi vivante et rayonnante. Fidesco a eu la gentillesse de nous partager son expérience et ses réflexions dans ce numéro de Résurrection. Riche aussi est l’expérience des petites sœurs et des petits frères de l’Agneau, qui ont fait le choix de vivre pauvrement parmi les pauvres pour leur donner un témoignage de l’amitié de Dieu. Ils ont une vie de mendicité et de prière, se nourrissant de ce qu’on leur donne. Ils ouvrent ainsi aux plus démunis la possibilité de donner. Ils nous partagent ici quelques-unes des merveilles qu’il leur est donné de voir. Dans leur vie, ils ne vont pas vers les pauvres sans le Christ, ils se sont attachés à Jésus et à la pauvreté et ils vont vers tout homme comme de pauvres mendiants. Le miracle, c’est que ce sont les pauvres qui viennent vers eux et vers le Christ. Il y a sûrement beaucoup à méditer sur les fruits de telles vies données.

« Heureux les pauvres de cœur », nous dit le Christ au tout début des Béatitudes, en nous parlant sur la montagne… Il déclare les pauvres heureux, ce qui crée un certain malaise. Pouvons-nous aborder avec de telles paroles tant de personnes qui souffrent de la faim, de la maladie, des atrocités de la guerre ou de toute autre misère ? Il y a un mystère dans la pauvreté qui trouve sa place au cœur de l’Évangile. Un mystère qu’il nous faut chercher à comprendre. Le pape François dans sa lettre apostolique Evangelii Gaudium a une très belle expression : il nous invite à « ôter nos sandales devant la terre sacrée de l’autre3 ». Les formes de pauvreté sont souvent plus larges que les représentations que nous en avons. Qu’est-ce que la pauvreté ? N’y a-t-il que la pauvreté matérielle qui afflige l’homme ? Et qu’en est-il de la pauvreté intérieure ? La pauvreté de nos sociétés parfois gavées de biens matériels mais vides de sens ? Et la pauvreté de notre péché ? Sommes-nous tous pauvres ? Sommes-nous tous égaux face à la pauvreté ? Le cardinal Barbarin, don Jean-Rémi Lanavère, don Augustin Azaïs et le frère Albert-Henri Kühlem nous aident à entrer dans

ce grand mystère et dans la sagesse de l’Église qui a su y puiser des richesses en abondance pour notre chemin de salut.

Notes de bas de page
  1. 2 Co 8, 9. ↑
  2. Paul VI, Encyclique Populorum Progressio, 1967. ↑
  3. Pape François, Exhortation apostolique Evangelii Gaudium, 2013, § 169. ↑

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