Auteur : RÉSURRECTION

  • Éditorial

    Ce numéro de Résurrection est orienté vers le thème du Congrès Eucharistique International de Lourdes. Ce n’est pas que les publications manquent en ce domaine. Mais la basilique de Montmartre, qui pratique l’adoration eucharistique perpétuelle depuis cent ans et la réflexion théologique sur ce culte depuis plus de vingt ans, a cru avoir le droit de faire connaître elle aussi sa pensée. Celle ci a pris bonne note de l’accent mis par les responsables du Congrès sur les effets de lEucharistie et les exigences qui en découlent, spécialement sur le plan caritatif, social et même politique. Elle s’y rallie sans réticence; mais, dans la tradition des congrès eucharistiques, elle propose aussi d’approfondir les réalités révélées que sous entend l’expression  » pain rompu pour un monde nouveau »: la rédemption, l’actualisation du sacrifice ou mémorial, la présence réelle, le sacrement.

    Liminaire

    Pourquoi Résurrection a t il décidé de proposer à ses lecteurs un cahier sur le thème du congrès de Lourdes ? Trois raisons, semble t il, peuvent être avancées. Tout d’abord la préparation du Congrès suscite actuellement un immense intérêt, une occasion devait donc être saisie. D’autre part le thème du pèlerinage à Chartres organisé par la Basilique du Sacré Coeur sera précisément le thème du Congrès : Pain rompu pour un monde nouveau. Il était nécessaire de fournir aux animateurs de ce pèlerinage et aux participants les éléments de leur réflexion. Enfin, l’importance que les rédacteurs de Résurrection (membres des équipes du mouvement ou chapelains à la Basilique) attachent à l’adoration eucharistique, devaient les rendre particulièrement sensibles à la nécessité d’un approfondissement doctrinal.

    Le lecteur remarquera que dans ce cahier, contrairement aux habitudes, les articles sont courts et nombreux. Espérons que l’ouvrage sera de ce fait plus lisible et mieux utilisable.

    Après le texte des lettres du Pape et des évêques de France relatives au congrès de Lourdes on trouvera une étude des diverses publications proposées à l’heure actuelle. L’article de Mgr Charles sur la rédemption nous rappelle les dimensions fondamentales du Sacrifice du Christ actualisé dans l’eucharistie. Les quatre articles qui suivent portent sur des points d’exégèse qui ont une grosse importance. si l’on veut interpréter correctement les sources de notre foi. La présence réelle fondée dans l’Ecriture, affirmée par la Tradition, doit être prise au sens fort, présence à la manière d’une chose, et ce point de notre foi ne contredit nullement les requêtes d’une pensée scientifique. Voilà ce qui est affirmé dans les trois articles suivants. Trois articles examinent ensuite l’eucharistie comme sacrement, son lien avec une matière déterminée le mode de son efficacité, le sens de l’adoration. Il faut enfin aborder la question du monde nouveau que promeut l’eucharistie. Dans quelle mesure ce monde nouveau se réalise t il dans l’Eglise, dans la société temporelle. Trois articles sont consacrés à ces questions. Enfin nous n’oublions pas que l’eucharistie est célébrée liturgiquement, les deux derniers articles nous font goûter quelques richesses de cette liturgie.

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  • Quand Dieu habite en l’homme : la Grâce

    La théologie de la grâce ne serait elle qu’un prétexte pour donner libre cours à la pensée la plus spéculative et la plus hermétique ? un domaine réservé où les spécialistes peuvent opposer système à système pour cerner avec des mots humains ce qui dépasse toute notion et toute représentation, l’éternité créatrice face à la liberté créée ? S’il en était ainsi, les équipes Résurrection auraient hésité avant de pénétrer dans un tel domaine. Mais il se trouve qu’un retour aux sources leur a fait découvrir que la grâce, avant d’être un prétexte pour des disputes scolastiques, est une réalité existentielle, la réalité même de l’expérience chrétienne comme accueil du Dieu qui se donne.

    De cette expérience, il faudra bien en parler, non pas tellement pour défendre une idée, peut être pas non plus en vue d’une utilité pratique, mais d’abord pour en reconnaître l’origine en Dieu, pour en rendre grâce. C’est dans cet esprit d’action de grâce pour ce que Dieu a fait en notre faveur, que ce cahier de Résurrection a été entrepris.

    Le Nouveau Testament nous fournit l’expression la plus riche et en quelque sorte native de la grâce de Dieu. Hervé Soubias et Jean Bruno Durand en soulignent quelques aspects. L’enquête menée par Luc des Mazery dans l’œuvre immense de saint Augustin donne une approche intéressante de cet auteur, spécialiste s’il en est de la question. . Notre sujet nous imposait aussi une étude de la crise du XVI° siècle. Isabelle Ledoux a dégagé avec beaucoup de pertinence les grandes intuitions des Réformateurs et aussi certaines de leurs limites.

    Ce parcours historique nous conduit à quelques articles de synthèse. Nous avons d’abord repris un ancien article du numéro 11 de Résurrection dans lequel Michel de la Palud traite, de manière fort imagée, la fameuse question de grâce et de la liberté. Mais c’est Jean Marie Salamito qui nous montre comment le Christ seul est le lieu d’où puisse surgir une meilleure compréhension de l’action de la grâce dans une liberté humaine.

    Toute cette recherche théologique a une certaine incidence dans notre vie chrétienne. Marie Ange O’Connell montre comment l’effort peut trouver sa place dans l’abandon de l’homme à la grâce de Dieu. Marie José O’Connell tire quelques conclusions en ce qui concerne la prière. Enfin Emmanuelle Bourquin nous livre une analyse originale de l’entretien de Jésus et de Nicodème, analyse qui souligne le rôle de l’Esprit Saint.

    Espérons que ce modeste travail intéressera le lecteur et le conduira à accueillir le Dieu qui donne, en Jésus Christ, sa grâce.

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    Quand Dieu habite en l’homme : la Grâce

  • PRÉFACE

    Naguère, l’équipe de jeunes de Résurrection publiait un livre:  » Chrétien quelle est ta Foi ? « . Cent questions étaient étudiées, avec un sérieux et une concision, qui expliquent le succès du livre. Terminant la préface, je souhaitais que cet  » essai  » de jeunes soit  » transformé  » en but, comme on dit au rugby. Le résultat a été atteint.

    Résurrection tente un nouvel essai :  » Cent points chauds de l’histoire de l’Eglise « . Le travail est aussi difficile: mais des jeunes ont l’audace et le courage de ce projet !

    On connaît peu l’Eglise en son déroulement séculaire; on la juge souvent à travers des suppositions ou des approximations; on juge le passé à partir de vues actuelles, par manque de sens historique. Le nouveau livre vient donc à son heure, d’autant plus qu’il nous permettra de mieux comprendre le présent, de le relativiser, car, trop proche, il est séduisant ou redoutable !

    Aussi, je souhaite à ce second volume un aussi franc succès que pour le premier. En sport, on fait confiance à une équipe qui a gagné.

    + Cardinal A. RENARD

    INTRODUCTION

    Le succès de Chrétien, quelle est ta foi ? a conduit ses auteurs à récidiver. Mais, avec une audace renouvelée, ils se sont attaqués aux problèmes les plus difficiles de l’histoire de l’Eglise.

    Ce choix répond à une nécessité de l’heure. Jamais autant qu’aujourd’hui, le passé n’a fourni autant de thèmes aux films, téléfilms et autres spectacles diffusés largement. La culture, certes, profite de cet engouement; mais la vulgarisation historique ne rencontre pas toujours dans le public la formation nécessaire à l’exercice d’une saine critique. L’histoire à la façon de Victor Hugo ou d’Alexandre Dumas connaît de beaux jours.

    Cette naïveté ne va pas sans inconvénient quand il s’agit des événements qui tissent l’histoire de l’Eglise. Il est tentant en effet de monter en épingle auprès des incompétents certains épisodes qui lui font peu d’honneur et de ricaner lorsque les défenseurs de la vérité, de la morale et de la sainteté y manquent par trop. Certains s’en donnent à cœur joie, sans beaucoup de souci d’exactitude et sans tenir compte de ce que l’Eglise dit d’elle même.

    Pour rectifier cette vision malveillante, il faut une certaine culture en deux domaines : celui de l’histoire et celui de la théologie. Le premier est foisonnant de périodes, de faits, de civilisations diverses; le second réclame une certaine finesse d’esprit et une assez bonne familiarité avec la Révélation.

    Plusieurs des auteurs du présent recueil sont des étudiants en histoire, les mêmes ou d’autres ont déjà bien travaillé la théologie. Faute d’être des maîtres chevronnés, ils ont du moins le mérite de savoir où trouver les sources et de ne vouloir tricher en aucune de ces deux disciplines. Ils ont droit à la sympathie de tous ceux qui, grâce à eux, cesseront d’être troublés par des évocations historiques offensantes pour leur foi.

    Mgr CHARLES

    CENT POINTS CHAUDS

    Il ne faut pas avoir parlé bien longtemps avec des incroyants pour savoir que les grandes objections au christianisme ne sont plus aujourd’hui d’ordre philosophique, mais visent l’histoire de l’Eglise :  » Vous qui avez derrière vous vingt siècles d’histoire, vous n’avez pas fait mieux que les autres, vous avez même fait pire parfois « .

    Face à ces objections répétées et qui isolent arbitrairement toujours les mêmes faits, les chrétiens sont souvent démunis : ou ils se désolidarisent de l’Eglise passée, en faveur de l’Eglise qui se cherche aujourd’hui, et ils font bien peu sérieux. Ou ils affirment que la foi au Christ est une substance trop volatile pour apparaître dans le champ de l’histoire, et ils sont aussi disqualifiés pour idéalisme.

    Il est urgent que les catholiques assument leur histoire sans naïveté, mais aussi sans complexe. S’il existe des pages sombres dans le passé de l’Eglise, celle ci reste, pourvu qu’on la regarde sans a priori réducteur, la servante d’un extraordinaire projet sur l’homme qui a soulevé le monde et peut seule aujourd’hui lui donner une âme.

    Les étudiants des Equipes Résurrection (qui participent aux activités de prière et de réflexion du Sacré Coeur de Montmartre), ont voulu relever le défi. Etudiants en histoire, en lettres, en philosophie, mais aussi en sciences et en droit, jeunes universitaires, prêtres amis, ils se sont pendant un an attachés à 100 « points chauds » qu’ils présentent aujourd’hui.

    Après Chrétien quelle est ta foi ? les Equipes Résurrection reprennent la formule qui a fait leur succès : 100 sujets traités de façon synthétique, généralement sur deux pages, avec, cette fois-ci, une chronologie précise, une appréciation historique tenant compte des dernières recherches, un jugement théologique, des questions pour élargir la réflexion et une bibliographie très à jour. Ni un manuel d’histoire, ni une  » réfutation des objections », Cent points chauds de l’histoire de l’Eglise veut aider la réflexion et promouvoir une nouvelle manière de considérer le passé de l’institution fondée par le Christ.

    Le cardinal Renard, archevêque de Lyon, dit, dans son introduction, l’urgence de cette tâche et sa confiance dans ceux qui l’ont entreprise.

    AVANT DE LIRE CE LIVRE

    Un projet ambitieux

    Ce livre a été réalisé par des étudiants appartenant aux groupes de réflexion et de prière du Sacré Coeur de Montmartre et, en particulier, aux Equipes « Résurrection ».

    Leur intention est de présenter cent points chauds de l’histoire de l’Eglise et de donner à tous ceux qui s’intéressent à cette histoire des éléments d’information et de jugement.

    Ils n’entendent ni refaire un manuel , d’apologétique traditionnelle, ni écrire une nouvelle histoire de l’Eglise, mais contribuer, grâce à un livre d’accès facile, à éclairer quelques événements controversés.

    L’originalité de cette entreprise tient à ce qu’ils ont voulu distinguer le récit objectif des événements de l’appréciation que le chrétien doit porter sur eux. Si ce récit requiert impartialité et rigueur quels que soient les scandales ou les faits qu’il révèle, le jugement ne peut être fait qu’à la lumière de la foi, l’Eglise ne pouvant être jugée que par rapport à sa mission.

    Les six premiers chapitres de ce livre précisent les conditions et les limites de ce travail. Le reste de l’ouvrage retrace des épisodes connus ou moins connus dont le choix est sans doute arbitraire. Il a été fait sans crainte d’aborder les périodes troublées et les questions délicates. En revanche, les jugements qui sont portés témoignent avec vigueur de la foi que les auteurs portent en l’Eglise.

    Une tâche aussi ambitieuse ne s’accomplit pas sans erreur et, comme toujours en matière historique, ce livre suscitera des controverses. L’essentiel est que la lecture de ces pages, en apportant à des questions sans cesse posées aux chrétiens des éléments de réponse et des pistes de réflexion, les aide à devenir un peu mieux chaque jour des pierres vivantes de l’Eglise.

    Chaque article est divisé en 5 paragraphes

    Les faits

    Ce paragraphe donne les dates et les faits essentiels de l’événement considéré. Il permet de situer la chronologie et constitue la matière brute de l’histoire.

    Dans les cas contestés, on s’est aligné sur les dates de la Bible de Jérusalem (éd. du Cerf, 2e édit.), pour le Christianisme primitif, et de l’Histoire de l’Eglise par elle même sous la direction de J. Loew et M. Meslin (éd. Fayard) pour les périodes ultérieures.

    L’événement

    Cette partie a pour objet de placer l’événement dans son contexte historique en décrivant les lignes de force de son déroulement. L’analyse d’un événement permet de le ramener à ses justes proportions, d’en réparer les causes et d’en mesurer la portée. Elle évite les jugements hâtifs, les condamnations sans appel, comme les admirations naïves.

    Ce qui est en cause

    C’est dans ce paragraphe que sera donné le jugement théologique qu’il convient de porter sur l’événement. Pour ce faire, la question posée est rattachée à un problème fondamental rencontré par l’Eglise au cours de son histoire. A chaque fois, c’est un développement concret sur l’un ou l’autre aspect de l’expérience chrétienne qui est présenté et dans lequel l’auteur n’hésite pas à s’engager.

    Questions

    Quelques questions permettent au lecteur de prolonger sa réflexion, en suscitant des rapprochements éclairants. Elles montrent le plus souvent, que les réponses apportées n’ont pas épuisé le problème mais ont contribué à lui donner un éclairage nouveau, à le placer dans une perspective chrétienne.

    Bibliographie

    La bibliographie, volontairement réduite, donne au lecteur le moyen de s’informer plus complètement sur la question. On s’est contenté d’indiquer quelques ouvrages récents et accessibles, lorsqu’il en existe (voir ci dessous, la bibliographie de base).

    BIBLIOGRAPHIE DE BASE

    FLICHE A. et MARTIN V., L’Histoire de l’Eglise (Bloud et Gay); l’ensemble de l’œuvre représente 14 volumes.

    DANIELOU J. et MARROU H. I., Nouvelle Histoire de l’Eglise (Le Seuil).

    LOEW J. et MESLIN M., Histoire de l’Eglise par elle-même (Fayard).

    SOMMAIRE

    Ont contribué à la rédaction de ce numéro :

    Emmanuel BARATTE, Philippe BARBARIN, Catherine BERGOT, Marie BIENVENUE, Patrick de BONNIERES, Edmond BOUGAUD, François BOYE, Yves BRIEND, Béatrice CERCEAU, Marie-Hélène CONGOURDEAU, Albert DALLE, Claude DELIBES, Emmanuelle de MARS, Jean des DESERTS, Jean DUCHESNE, Richard ESCUDIER, Jean-Luc FABRE, Jean-Pierre FOURQUET, Gilles FUMEY, Michel GITTON, Marc GODINOT, Eric GUILLEMOT, Isabelle HOUEN, Christian HUM, Yvonne KAPPES GRANGE, François-Jérôme LEROY, Gérard MARCHAND, Jean de MATHAN, Philippe MOCH, Ellinor MORILLON, Philippe MORILLON, Donatienne MOUILLOT, Philippe NASZALYI, Xavier ROYER, Jean-Marie SALAMITO, Dominique SAGE, Florence TERRIEN, Christine TYBURN, Françoise VERGOBBI.

    Préface du Cardinal RENARD

  • Un christianisme sans Eglise ?

    Les questions les plus banales rejoignent parfois les plus spéculatives.  » Pourquoi devrais je passer par cette Eglise déterminée pour rencontrer Dieu ? « , se demande t on couramment.  » Pourquoi l’Eglise est elle incluse dans le dessein éternel de Dieu sur l’humanité? « , telle est la question du théologien. Les membres des équipes Résurrection se sont posé eux aussi ces questions, à la fois sous la forme banale et sous la forme élaborée. Conscients d’appartenir à une Eglise bien concrète, ils veulent rendre compte de la nature exacte de cette appartenance. Pour cela, ils ont exploré ce que l’Eglise avait déjà dit d’elle-même afin de chercher à leur tour et de proposer, dans les articles de ce cahier, leur propre manière de poser et de résoudre la question.

    Le numéro spécial sur les cent points chauds de l’histoire de l’Eglise avait déjà abordé un certain nombre de débats concernant l’histoire de l’Eglise. Nous avons voulu reprendre ici deux questions préalables à l’ecclésiologie. La première, traitée à fond par Jean Marie Salamito, porte sur les origines historiques de l’Eglise, le rôle de Jésus dans la naissance de l’Eglise. Philippe Naszalyi, quant à lui, s’interroge sur cette forme qu’a prise l’Eglise lorsqu’elle a suscité une chrétienté. S’agissait il toujours de l’Eglise du Christ ? Quelle signification a la disparition de cette forme ?

    Au seuil du monde moderne, Pascal est sans doute celui qui a le mieux pressenti les questions qui surgiraient dans ce monde, et l’étude que Vincent Carraud nous propose présente de ce fait, un intérêt tout particulier. Les quatre articles qui suivent prennent, chacun à leur manière, la question de fond : l’Eglise concrète comme réalité christique, humano divine. Pourquoi Dieu n’a t il pas limité son intervention historique à la personne du Christ, et pourquoi a t il prolongé cette intervention dans et par l’Eglise ? Marie Ange O’Connell s’efforce de saisir l’Eglise comme Tradition, au sens le plus fort : le don que Dieu fait de lui même dans l’Eglise. Pierre Julg montre que nul n’est sauvé sans prendre part d’une manière ou d’une autre à l’unique Eglise du Christ. Denis Marianelli souligne qu’en l’Eglise historique, c’est le Royaume de Dieu qui est déjà là, quoique pas encore achevé. Etienne Roulleaux Dugage essaie de percevoir le lien mystérieux qui unit le Christ à son Eglise.

    Accepter la nécessité de l’Eglise pour sa vie intérieure seulement est une manière subtile de la récuser. C’est pourquoi François Boye a voulu montrer que le discours de l’Eglise sur les réalités sociales n’est pas étranger à sa mission divine.

    Enfin, pour conclure cette réflexion, Isabelle Ledoux nous propose une méditation sur l’analogie entre la Vierge Marie et l’Eglise.

    Espérons qu’à travers ces diverses approches, le lecteur percevra la certitude qui anime les rédacteurs, que c’est dans l’Eglise seulement que l’on peut vivre intégralement sa foi chrétienne.

    Résurrection

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    RESURRECTION

    Un christianisme sans Eglise ?

  • Le sacerdoce apostolique

    Les mouvements de la basilique du Sacré Coeur de Montmartre orientent cette année leurs réflexions vers le mystère de l’Eglise. Il est heureux que Résurrection puisse leur proposer, en guise de préliminaire, ce numéro sur le sacerdoce apostolique. Car la question du sacerdoce est comme la jonction entre la christologie et l’ecclésiologie. Mais indépendamment des études propres à Montmartre, ce numéro présente un intérêt tout particulier, car, nous le savons tous, le sacerdoce apostolique ou ministériel est une question brûlante de notre temps. En ce qui concerne, par exemple, le dialogue oecuménique, il semble de plus en plus que la difficulté principale entre catholiques et protestants est actuellement le statut des ministres de l’Eglise. Il faut donc croire que ce qui est en jeu dans ce débat, touche au dépôt même de la foi et au mystère même de Dieu. Il est indispensable de mettre en lumière les raisons théologiques qui fondent l’attachement de l’Eglise catholique à la foi traditionnelle, afin de faciliter la discussion entre les frères séparés. D’autre part, une telle recherche permettrait aux catholiques de ce temps de résoudre, sans colère ni passions, les problèmes pastoraux qui actuellement apparaissent de toute part du fait de la diminution du nombre des prêtres et de la nécessaire collaboration entre prêtres et laïcs. En se lançant dans cette étude, les rédacteurs de Résurrection avaient conscience de toucher un point névralgique où se rencontrent le dogme, l’exégèse, l’histoire, le dialogue oecuménique, la pratique pastorale et la spiritualité. Ils s’y sont lancés malgré tout, conscients aussi de l’urgence d’un approfondissement de cette question.

    Le choix d’un point de départ conditionne l’ensemble du travail. Il nous a semblé impensable de parler du Sacerdoce apostolique sans avoir clairement dans l’esprit ce que peut signifier le titre de grand prêtre attribué à Jésus. C’est pourquoi, le premier article, rédigé par Jean Lestrade, est consacré à cette question. Un livre entier ne suffirait pas à traiter la question du Sacerdoce du Christ et de ses ministres dans le Nouveau Testament. Nous nous sommes contentés de l’analyse d’Edmond Bougaud sur le problème crucial de l’institution par Jésus du sacerdoce apostolique et d’une étude de Cyrille Olivier sur la seconde lettre de Saint Paul aux Corinthiens. Puis vient une enquête historique pour laquelle quatre périodes ont été choisies : les Pères, le Moyen Age, les Réformes protestante et catholique, le Concile Vatican II, avec une longue étude sur Bérulle.

    La deuxième partie du cahier est constituée d’articles de synthèse. Nous aurons une note d’Edmond Bougaud sur les trois fonctions (prêtre, prophète et roi) et une autre de Jean Lestrade sur les trois étapes du sacrement de l’ordre. JeanPierre Fourquet aborde de front la question de la différence entre le sacerdoce des baptisés et celui des prêtres. Mgr Charles, qui non seulement est particulièrement au courant des problèmes théologiques, pastoraux et spirituels du ministère sacerdotal, mais qui est encore un spécialiste de la pensée du Cardinal de Bérulle, nous propose en ces pages sa propre synthèse. Enfin, Jean Yves Coindreau nous livre une méditation, à la fois traditionnelle et originale, sur le célibat sacerdotal.

    A travers la diversité des approches, les rédacteurs ont conscience d’une certaine cohérence de leur pensée. Pour eux, le prêtre de la Nouvelle Alliance ne se ramène à aucun autre modèle que celui que le Christ a institué en choisissant ses apôtres. Le prêtre est celui qui permet à l’Eglise d’être l’Eglise du Christ. Puissent ils faire partager leur conviction au lecteur.

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    Le sacerdoce apostolique

  • {Le problème du mal}

    Au moment de mettre sous presse ce numéro sur le problème du mal, l’équipe des rédacteurs a été saisie d’une certaine appréhension. N’a t elle pas fait preuve d’outrecuidance en s’attaquant à un pareil sujet et surtout en choisissant un tel titre ? Tous ceux qui ont été au chevet d’un être cher ou témoin d’une grande misère savent que le mal et la souffrance sont d’abord une expérience qui nous dépouille de nos assurances avant d’être un problème qui suppose une solution. Notre monde est marqué par une grande révolte devant la souffrance de l’innocent, le scandale devant ces réalités qui ne supportent pas d’être expliquées par la raison froide et lucide de l’intellectuel. Et voilà qu’un groupe de théologiens en herbe prétend écrire sur le problème du mal ! Que le lecteur se rassure, ces étudiants, ces chercheurs, ces professeurs ont comme lui connu la révolte et le scandale. Mais ils sont chrétiens, ils sont fiers de leur foi en un Dieu puissant et bon, et qui nous aime infiniment. Ils ont voulu dire dans ce numéro que leur foi est raisonnable, que ce Dieu puissant et bon nous a donné en Jésus Christ une lumière extraordinaire sur la condition humaine. En d’autres termes, Résurrection a voulu entreprendre une  » théodicée « .

    Grave imprudence dira t on, combien s’y sont essayés et ont vu la vanité de leurs efforts ? Certes l’intelligence humaine livrée à elle même n’a jamais dit grand chose de satisfaisant. Mais il existe une manière chrétienne de justifier Dieu et celle ci a traversé les siècles et a soutenu la foi de millions de chrétiens grands et petits. On a simplement voulu ici s’inscrire dans cette tradition.

    Les trois premiers articles posent résolument le problème. Il est naturel de voir d’abord les attitudes non chrétiennes devant le mal et la souffrance : François Boye a voulu manifester les valeurs et les limites de ces attitudes. Puis Cyrille Olivier introduit l’explication chrétienne : c’est le péché des hommes qui a brisé ce monde. Catherine Bergot élève le débat : pourquoi Dieu a t il pris un tel risque ?

    Les trois articles suivants portent sur le péché originel. Nous savons bien sûr que l’auteur du récit de la Genèse ne raconte pas les origines comme un historien. Le récit doit donc être interprété. Il serait commode de n’y voir qu’un mythe, un récit symbolique. Jean Pierre Fourquet montre qu’on ne peut supprimer la réalité historique du péché d’Adam. Il faut par conséquent prendre en considération le point de vue des scientifiques sur les origines de l’homme, Eric Mahieu s’en est chargé.

    Michel Laurent étudie de son côté ce que l’on peut dire sur la transmission de ce péché originel.

    Puis viennent deux articles sur l’expérience du péché. Puisqu’on a clarifié la question du péché originel, Claude Delibes est en mesure de puiser dans le récit de la Genèse toute une psychologie de l’homme pécheur. Jean Luc Fabre, de son côté, examine les chemins par lesquels l’homme découvre son propre péché.

    Enfin, nous abordons le mystère de notre salut, de notre délivrance du péché. Edmond Bougaud propose quelques clarifications de vocabulaire qui devraient faciliter la lecture des textes du Nouveau Testament. Odile Hubert médite sur le sacrifice du Christ, Evelyne Magny envisage notre propre participation au salut par la Croix.

    Sur un sujet brûlant, les auteurs, tous très conscients des courants de pensées qui traversent le monde contemporain, ont voulu témoigner de leur foi. Y sont ils parvenus ? C’est au lecteur d’en juger.

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    Le problème du mal

  • OUVERTURE

    Seconde étape de notre réflexion et de notre travail d’année, ce cahier plonge dans le mystère de Dieu.

    Le précédent (n° 56 : L’accès à Dieu) abordait la question du point de vue de l’homme. Quelle démarche devons nous faire pour nous approcher de Dieu, découvrir son existence, fortifier notre foi et la défendre contre les attaques extérieures ? Dans sa prière quotidienne (Deutéronome 6, 4) le peuple d’Israël s’exhorte à orienter toute son attention (Écoute, Israël) et son amour ( » tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton coeur … « ) vers Yahvé. car , Yahvé notre Dieu est l’Unique Seigneur « .

    Plus que de l’homme et de son attitude croyante, il s’agit maintenant de ce Dieu unique. Que nous a t-il révélé de lui même ? Que pouvons nous dire de sa vie divine, de son attitude envers nous ? Il est clair qu’avec l’Incarnation du Verbe et le message de l’Évangile, le visage de Dieu nous apparaît de manière tout à fait nouvelle. En nous parlant maintes fois de son Père et du rôle de l’Esprit, le Christ nous a appris surtout que Dieu vivait en trois personnes, et saint Jean écrit que la vie de Dieu peut se résumer dans l’amour partagé entre elles. Mais nous laisserons pour la prochaine livraison une approche du mystère de la Trinité.

    Le Dieu unique, le Créateur tout puissant n’est pas connu aujourd’hui comme sous le régime de l’Ancienne Alliance. Dans l’événement majeur de l’Incarnation rédemptrice, Dieu lui même, Dieu tout entier, s’est engagé. Par la personne du Christ, il a révélé , le mystère caché depuis les siècles en Dieu  » (Colossiens I, 26), et cette révélation a retenti en nos langages d’hommes. Sans entamer nullement la transcendance de Dieu, elle a bouleversé ce que nous pouvons savoir et dire de lui (Jean Pierre Fourquet). Comme un aspect particulier de cette problématique, nous abordons le problème de la souffrance de Dieu. Cet état, incompatible avec la divinité, ne lui est pourtant plus étranger depuis la souffrance du Christ. Mais comment échapper à l’équivoque d’une telle affirmation ? (Gabriel Nanterre).

    Reste le rapport de Dieu avec les hommes et l’ensemble de l’univers. On l’éclaire d’abord par l’idée de création. Le monde et tout ce qu’il renferme vient de Dieu (Actes 14, 15 ; 17, 24) ; mais nous savons que tout à été fait par le Christ et pour lui (Gilles Bayet). C’est grâce au Christ, créateur de l’univers et premier né de toute créature que la sollicitude attentive de Dieu s’étend à chaque instant sur le monde. Sa Providence n’est rien d’autre que le bon plaisir de sa volonté, son dessein bienveillant (Ephésiens 1, 57 et 9 Paul Timoléon). La proximité entre le thème de la création et celui de la Providence est manifeste dès l’Ancien Testament. Au chapitre 8 du livre des Proverbes, le long discours de la Sagesse (en qui nous voyons se profiler l’image du Christ) en est une illustration célèbre. Tout au long du livre des Psaumes surtout, le visage de Dieu est saisissant de vie. Sa grandeur inaccessible et terrifiante n’altère nullement sa tendresse et sa miséricorde. Le peuple tour à tour chante sa magnificence, lui rend grâce pour sa délivrance et sa joie (Jean Louis Geringer et Philippe Barbarin).

    L’attitude de Dieu a aussi sa dimension personnelle. Le regard miséricordieux qu’il porte sur chacun de nous, nous pénètre et nous traverse de part en part. Quand il sonde nos reins et nos coeurs, Dieu nous connaît et nous fait connaître toutes les exigences de son amour véhément (Pascale Ballet). Mais ce que nous savons de plus profond sur l’être de Dieu et sur son amour pour nous, c’est le Seigneur qui nous l’a enseigné. Dans le Notre Père, il nous ouvre au mystère du Nom, du règne et de la volonté de Dieu, et d’abord à la joie de la filiation (Claude Delibes).

    En commençant son traité sur la prière, Origène exprime magnifiquement comment il est devenu possible à l’homme de comprendre quelque chose du mystère de dieu. Ce passage résume la ligne choisie par les divers articles qui suivent :

    Il est des réalités qui dépassent notre entendement, elles sont trop grandes, insaisissables pour la faiblesse de notre intelligence ( … ) Qui pourra nier qu’il est impossible à l’homme de sonder les cieux ? Qui oserait dire que l’homme peut pénétrer les desseins de Dieu ? Et pourtant, ce pouvoir, Dieu nous l’accorde dans le Christ. Le Sauveur ne veut pas seulement être le maître, mais devenir l’ami de ceux dont il était le Seigneur auparavant.

    RÉSURRECTION

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    Ouverture

  • OUVERTURE

    Une année de travail et de prières sur le mystère de Dieu s’achève avec ce cahier sur la Trinité. En marchant dernièrement sur les de Chartres, nous méditions sur le thème :  » Amour de Dieu, amour des hommes « . Et le sommet de ce pèlerinage fut la messe dans la cathédrale en l’honneur de la Trinité Sainte.

    Dieu en effet, notre Dieu, n’est pas seulement un unique Seigneur tout-puissant qui a manifesté sa bonté en créant à son image de chétives créatures pour lesquelles il aurait  » de l’amour « . Dieu lui-même, au fond de son être est amour. Avant la création et en dehors du temps, il vit en lui-même un amour ineffable, plus merveilleux encore que toutes les merveilles dont il est l’auteur. Lorsque saint Jean écrit que  » Dieu est amour « , il laisse entier le mystère de la vie divine, mais il nous dit tout sur Dieu.

    C’est dans la Trinité que culmine la Révélation chrétienne. Car la recherche de Dieu est le désir le plus profond de l’être humain, la source de son bonheur le plus vrai ; et ce que le Christ nous apprend de son Père et de la vie dans l’Esprit saint, était ignoré sous le régime de l’ancienne alliance.

    Pour aider le lecteur à cadrer sa réflexion théologique sur la Trinité, nous proposons au début de ce cahier trois articles de problématique. Le premier s’attaque à l’affirmation centrale et durement paradoxale de notre foi trinitaire : au niveau de l’absolu, l’Un est contemporain du trois. Dans cet article, M. Moreau passe en revue, pour l’expliquer brièvement, le langage trinitaire de la théologie. Deux articles sont ensuite consacrés au thème de la paternité et de la relation de filiation en Dieu (I. Houen) et à la découverte de l’Esprit de vie au carrefour des Écritures (F. Boye).

    Dans une partie touchant à l’imprégnation trinitaire de la spiritualité chrétienne, nous avons l’honneur de reproduire le texte d’une conférence donnée récemment par le R.P. M. J. Le Guillou sur  » L’expérience de Dieu dans l’Esprit « , où il reprend les traits principaux de son dernier livre : Les témoins sont parmi nous. L’étude suivante s’inspire des grandes écoles de spiritualité pour montrer que toute communication avec Dieu dans la prière est une expérience mystique de communion à la vie trinitaire (M. Cagin). Entre tous les êtres humains, la Vierge Marie, Mère de Dieu, a été un instrument privilégié de la réalisation du dessein de Dieu parmi nous : fécondée par l’Esprit, elle accomplissait la volonté du Père en donnant au monde son Fils et vivait ainsi un type de participation au mystère trinitaire, qui est exemplaire pour tout disciple du Christ (M. A. Corroy).

    Les articles suivants sont autant d’études particulières dont la plus utile pour notre lecteur sera sans doute la fiche technique sur l’histoire du dogme trinitaire. Quelques brèves pages sont consacrées à saint Athanase, à sa théologie du Saint Esprit (J. M. Dobrée) et à la lecture d’un fort beau texte où le patriarche d’Alexandrie unit dans une suite de comparaisons analogues la vie et l’œuvre de la Trinité en notre faveur (C. Bergot). Ce cahier se termine par un travail sur la théologie trinitaire de Martin Luther (P. Barbarin) ; en constatant la pauvreté des développements du Réformateur en ce domaine, on peut se demander si elle n’est pas à l’origine de certains développements tragiques de la christologie luthérienne, ou d’un refus partiel de la vie et de la théologie sacramentaires. Sans la communication de l’échange amoureux de la Trinité, les sacrements sont réduits à leur rôle de remède pour notre faiblesse rôle important mais secondaire, comme les oeuvres sont secondaires par rapport à la foi ; sans l’entrée dans la vie trinitaire par le mystère de la filiation, l’œuvre du Rédempteur n »est qu’un drame tragique, la chance ultime que nous avons d’échapper au néant de notre propre existence pécheresse, d’accéder au salut.

    Mais qu’est ce que le salut, sinon la possibilité désormais retrouvée de nous conformer au Fils qui est l’image du Dieu invisible, de rendre en nous mêmes l’image de Dieu ressemblante et, comme le dit saint Paul, de nous faire fils dans le Fils ? Tous les aspects de la vie et de la foi chrétienne baignent dans le mystère de la Trinité. N’importe quelle branche de la théologie chrétienne (anthropologie, christologie, sacramentaire…) dont on ne percevrait pas l’enracinement trinitaire, serait gravement faussée. En effet, la Trinité est à la fois le cœur et le fondement de la Révélation chrétienne. C’est dans la contemplation et la lumière de ce mystère. que l’homme peut redécouvrir en vérité toutes choses, lui-même d’abord, et Dieu son créateur et Père, surtout.

    RÉSURRECTION

    SOMMAIRE

    Ouverture

  • AVERTISSEMENT

    Le lecteur se sera étonné du titre de ce cahier, qui doit revenir sur un sujet vingt fois traité ici. Il sera plus étonné encore d’apprendre que depuis près de dix ans les équipes étudiantes de Résurrection ont pris en charge la rédaction de la revue, et qu’aucun numéro n’a porté ce titre depuis lors. Le fait est d’autant plus surprenant que les réunions de notre mouvement sont centrées sur l’étude théologique et l’adoration eucharistique qui nous relie à toute la fraternité de la Basilique de Montmartre.

    Certes, puisque ce mystère est au centre de l’histoire du salut (J. Lestrade), il a dû affleurer maintes fois dans nos travaux, mais nous n’avions pas encore essayé de le traiter de manière systématique. Un article cependant mérite une mention spéciale : c’est celui que Jean Luc Marion a publié dans le numéro 44 consacré à l’adoration, sous le titre :  » Présence et distance « . Dans cette étude capitale, il dégageait tous les aspects du dogme de la présence réelle et jugeait à cette lumière la théorie contemporaine de la transsignification. Il nous a semblé difficile de reproduire cet article et impossible de le remplacer ; nous y renvoyons donc le lecteur.

    Touchant la présence réelle, on trouvera dans cette nouvelle livraison une réflexion différente (de M. Moreau) s’opposant à deux tendances actuelles : l’une qui vise à minimiser les affirmations de la foi et l’autre qui critique philosophiquement la notion de présence, et préférerait parler du Christ comme du grand Absent. Plusieurs articles traitent ensuite du sacrifice : quel rapport y a t il entre le repas pascal et les sacrifices de l’Ancien Testament (J. Chambe) ? Un premier sondage dans la plus ancienne tradition patristique montre le lien entre l’Eucharistie et le martyre (Y. Barbarin) ; un autre dans les écrits du Moyen Age à nos jours rend compte de l’importance croissante prise par le thème du sacrifice (P. Barbarin). Par ailleurs, puisque la communion au corps du Christ accroît la communion des saints, l’article de Françoise Vinel évoque la réciprocité d’échanges entre le corps eucharistique et le corps ecclésial du Christ. Deux contributions enfin touchent à l’immense domaine artistique inspiré par l’Eucharistie. L’une examine le passage de la théologie dans la liturgie et la poésie chez saint Thomas d’Aquin (P. Descourtieux) et l’autre se livre à une analyse patiente d’un vitrail de l’Église Saint Étienne du Mont (L. Cremière).

    Nous tenons à remercier P. de Larminat qui participe à un groupe d’études sur le P. Marcel Jousse à Nantes, et qui a bien voulu, par amitié pour Résurrection, nous donner un aperçu de l’importance de cette oeuvre pour l’approche de l’enseignement eucharistique de Jésus.

  • OFFRANDE

    La liturgie met l’Église en tumulte. Alors qu’elle a pour fonction de réunir la foule éparse des fidèles dans l’écoute d’une Parole qui rassemble et dans la célébration de mystères qui construisent le Corps du Christ, la liturgie divise aujourd’hui les chrétiens. Et tandis que les soldats eux mêmes n’avaient pas osé déchirer la tunique sans couture du Crucifié, ceux qui se disent aujourd’hui ses disciples l’ont tailladée en tous sens. Non contents d’en avoir fait de la charpie, ils brandissent fièrement leur trophée et portent sur la place publique un différend qui n’est en fait qu’une blessure supplémentaire dans le corps meurtri du Rédempteur.

    Deux impasses

    Tous sont nos frères, certes, ceux qui trahissent la Tradition vivante de l’Église au nom de traditions prétendument immuables, comme ceux qui, fascinés par l’appel de la modernité, asservissent l’Église à l’histoire d’un monde auquel pourtant le chrétien, comme son Seigneur, n’appartient pas (Jean 17, 16). Tous sont nos frères, mais ils se conduisent en frères ennemis. Les premiers seraient bien en peine de dire à quelle date exacte on devra s’en tenir pour l’observance des prescriptions liturgiques, et pourquoi, au nom des  » décisions éternelles  » de Saint Pie V, il faut d’une part obéir à Pie XII qui restaure la liturgie de la nuit pascale (en 1951), et même à Jean XXIII quand il introduit la mention de Saint Joseph dans le Canon Romain (en 1961) et d’autre part désobéir à Paul VI, quand, faisant usage de la même autorité légitime, il ordonne une modification plus profonde de la liturgie. Les seconds, qui font moins de bruit dans la presse, mais pas dans les communautés chrétiennes, seraient courageux de relire aujourd’hui le texte du Concile Vatican Il et d’en saisir vraiment l’esprit, dont il se sont tant prévalus, pour examiner si les eucharisties sauvages, si les sermons où la conscientisation politique a chassé l’enseignement sur le Christ, sont vraiment une révision de la liturgie faite  » avec prudence, dans l’esprit d’une saine tradition  » (constitution Sacrosanctum Concilium, S. C; n° 4).

    Ces débats publics font grand bruit ; ils semblent n’indiquer que deux impasses, et pourtant nous avons la conviction que le chemin n’est pas difficile à trouver. Au lieu de faire exploser ses passions, et d’accroître le vacarme ambiant, il suffit d’écouter. La vie et la prière de l’Église, pour reprendre la comparaison de saint Basile sont comme un coquillage qui nous donne si nous savons l’écouter attentivement l’écho ou la rumeur de cette mer immense qu’est la vie divine. Les siècles de la vie de l’Église nous transmettent ce murmure ininterrompu, cette longue conversation renouvelée, où Dieu fait confidence à l’homme de son dessein de salut et de la splendeur de sa gloire, tandis que celui ci présente au Père toute sa vie esprit brisé ou cœur bondissant de joie en union avec le sacrifice rédempteur du Fils. Cette perspective dit assez comment la liturgie est à la fois le rocher immuable de la vie chrétienne et l’édifice hétéroclite où chaque époque a laissé sa trace. Elle porte la marque du Dieu éternel qui parle et qui donne, et de l’homme qui, dans la contingence de l’histoire, fait effort pour rendre au créateur tout honneur et toute gloire. Voilà la tension interne qui est à l’origine des conflits que suscite la liturgie. Pour certains, rien n’est contingent dans la liturgie, parce que c’est déjà le ciel sur la terre. Il n’est donc pas question pour eux d’adapter la liturgie à notre vie, car au regard de la louange céleste qui nous fait anticiper sur l’au delà, tout dans notre vie n’est qu’ombre et illusion. D’autres au contraire désirent accentuer le lien entre les réalités liturgiques et la vie des hommes pour bien montrer que le salut s’opère par une intervention directe de Dieu, non dans un monde éthéré, mais dans la pâte humaine, dans cette chair et cette terre que le Christ notre frère et notre Dieu a épousées.

    L’Eglise, maîtresse de liturgie

    Mais ne nous contentons pas de camper les deux positions, en émettant simplement le voeu qu’une situation d’équilibre se dégage, par l’ouverture des uns et la modération des autres. A cet égard, les principes qui ont guidé les changements demandés par le Concile Vatican II et mis en oeuvre depuis, peuvent nous éclairer. Le premier est l’importance de la liturgie ; par sa fonction de louange, elle unifie l’Église dans la tension vers Dieu et lui donne toute sa force (cf. S. C., n° 10) ; elle avive chez les chrétiens la requête la plus; exigeante de l’Évangile, celle de chercher la perfection du Père Céleste. Le second est la distinction entre une partie immuable qui nous vient directement du Seigneur et des Apôtres, et des aspects sujets au changement qui peuvent ou doivent varier au cours des âges (cf. S.C. n° 21). Le troisième principe est l’affirmation qu’une célébration liturgique n’est jamais une action privée, mais qu’elle engage toute l’Église comme un peuple solidaire, structurellement réuni autour de ses pasteurs les évêques et du successeur de Pierre, chargé de confirmer ses frères dans la foi (cf. S. C., n° 26). Ces points de repère doivent faire l’unanimité. La vie même de la Tradition implique certains changements que l’Eglise a connus et pratiqués de tous temps avec prudence souvent, avec hardiesse parfois. Les gestes et les paroles de la liturgie, si vénérables quand ils ont servi à tant de générations de nos pères pour exprimer leur foi et leur prière, sont pour la plupart contingents et soumis aux modifications que l’Église l’Église de Jésus Christ, et non pas quelques individus illuminés ou quelques communautés  » prophétiques  » veut leur faire subir. Or le Concile Vatican II a jugé opportunes certaines modifications ; et il en a tracé les grandes lignes. Le Père Gy o.p., consulteur de la Congrégation romaine pour les sacrements et le culte divin, qui nous fait l’honneur de préfacer ce numéro, écrivait au lendemain du Concile :  » La constitution conciliaire affirme à plusieurs reprises à la fois la volonté de rendre à nouveau la liturgie capable d’exprimer l’un à l’autre le Seigneur et l’homme de notre temps, et la volonté de conserver et d’honorer l’héritage spirituel et culturel de l’Occident dont la liturgie romaine est dépositaire  » (1).

    Aujourd’hui, ce désir du Concile a été traduit dans des décisions que l’autorité romaine et les évêques avec elle ont explicitement approuvées. Mais au lieu de réunir le corps ecclésial du Christ dans la prière et l’action de grâce, leur application dans les faits pose des problèmes et menace la communion catholique. Et de nombreux chrétiens aggravent par leur comportement ces dissensions ; refusant d’accueillir comme des fils cette parole de l’Église, ils s’en font au contraire les juges.

    Nous ne serons pas de ceux là. Ce cahier de Résurrection part chez l’imprimeur au milieu de la Semaine Sainte ; 1’Eglise entière s’apprête à vivre pendant quelques jours le point culminant de l’année liturgique. Dans l’affliction et l’allégresse, nous célèbrerons avec tous nos frères chrétiens le mystère pascal du Christ. C’est au Crucifié désormais ressuscité et vivant que nous voulons offrir ces modestes pages, fruit de notre labeur et de notre prière. Puissent elles contribuer à faire comprendre que la liturgie n’est ni une évasion esthétique ni un à côté du christianisme, mais qu’elle lui donne vie, comme le coeur du Christ fait sourdre l’eau vive.

     » C’est dans la confession des Personnes divines que consiste l’essentiel du mystère de la religion, et dans la participation aux rites et aux symboles mystiques que se réalise le salut « . (2)

    RESURRECTION

    N D.L.R. : Une fois par an, les membres de Résurrection invitent les étudiants des Cours spécialisés de théologie de Montmartre à participer à la rédaction de la revue. Le numéro 53 est le fruit de cette collaboration. A la demande de plusieurs lecteurs qui souhaitent mieux nous connaître, nous donnons à la fin du présent cahier quelques renseignements sur ses rédacteurs, espérant favoriser ainsi le dialogue avec nos lecteurs.

    1 Vatican II La liturgie, (coll. Unam Sanctam, n° 66), Paris, Le Cerf, p. 124.

    2 Grégoire de Nysse, Contre Eunome, P. G. 46, 880 B.